« La Russie et le CAC 40... » par Eric Galiègue du Cercle des analystes indépendants

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Premier fournisseur de gaz de l'Europe, Moscou n'hésitera pas à augmenter sensiblement ses prix pour parvenir à ses fins.
Premier fournisseur de gaz de l'Europe, Moscou n'hésitera pas à augmenter sensiblement ses prix pour parvenir à ses fins.

La situation conflictuelle entre la Russie, premier fournisseur de gaz de l'Europe, et l'Ukraine est à prendre très au sérieux par les investisseurs estime Eric Galiègue, président du bureau de recherche Valquant et membre du Cercle des analystes indépendants, qui recommande la prudence malgré le trend haussier actuel sur les marchés actions européens.

Notre  scénario demeure très favorable aux actions à moyen terme, et ce depuis de nombreux mois. Nous pensons que les actions doivent continuer à s'apprécier, et que ce cycle haussier restera  dans les annales comme l'un des plus puissants et plus longs. Néanmoins, la vie boursière n'est pas un long fleuve tranquille, étant ponctuée d'épisodes de stress extrêmes et souvent éphémères. Le cycle haussier de 1995-2000 a été marqué par un épisode particulièrement baissier (octobre 1998), et par la cessation de paiement de la Russie... Le CAC 40 a perdu jusque 20 %, avant de repartir de plus belle : la tendance haussière n'a pas été remise en cause, et a pu reprendre pendant plus de 18 mois...

« La Russie et le CAC 40... » par Eric Galiègue du Cercle des analystes indépendants
« La Russie et le CAC 40... » par Eric Galiègue du Cercle des analystes indépendants

Nous croyons possible un tel épisode pour les prochains mois. Notre cartographie dynamique  des risques, conçue pour les investisseurs, a identifié une montée des risques dont le principal, aujourd'hui, est la situation en Ukraine. La partie d'échecs qui s'y déroule actuellement demeure très inquiétante. La complaisance du marché nous semble étonnante, car la situation est beaucoup plus grave qu'en Libye ou en Syrie.

La Russie veut contrôler l'Ukraine politiquement et financièrement de manière à éviter un accord d'association avec l'Union Européenne et surtout une éventuelle adhésion à l'Otan. Tant qu'un pro russe ne sera pas à la présidence de l'Ukraine, la Russie étranglera ce pays parmi les plus pauvres de l'Europe. Déjà, le rattachement de la Crimée à la Russie va priver l'Ukraine des redevances que payait la flotte de l'ex-Armée  Rouge, basée en Crimée, soit près de 3 % du PIB, qui, rappelons-le a baissé de 80 % depuis la chute du rideau de fer, pour atteindre à peine 300 mds d'¤, soit la moitié de celui de la Pologne. Ensuite, la Russie a augmenté le tarif du gaz vendu à l'Ukraine, de plus de 50 % ! Les troubles à l'ordre public fomentés par les russophones en Ukraine de l'Est, et stimulés par la Russie, témoignent de la détermination de ce pays à poursuivre son travail de sape contre la partie réputée pro européenne de l'Ukraine...

Aujourd'hui, les désordres sont tels qu'il n'est pas certain que les élections présidentielles du 25 mai prochain pourront être organisées...

Les conséquences économiques  de cette situation sont naturellement néfastes en Europe de l'Ouest (céréales, matières premières,...). La croissance attendue par le FMI pour l'Europe est limitée à 1,3 % en 2014, et à 1,5 % en 2015 : c'est dire la fragilité de la dynamique économique européenne... Les « bruits de bottes » à l'Est peuvent affecter la conjoncture européenne. Nous identifions plusieurs courroies de transmission.

Le prix du pétrole et du gaz, voire son embargo, est la plus évidente. La Russie est le premier producteur mondial de pétrole, et le premier fournisseur de gaz de l'Europe (30 % environ, dont 80 % passent par l'Ukraine). Pour atteindre ses objectifs, elle n'hésitera pas à priver l'Europe de gaz, ou à en augmenter sensiblement le prix, comme  elle l'a déjà fait en 2006 et en 2009.

Le jeu des sanctions et contre-sanctions économiques et financières peut dégénérer très vite. Il peut  perturber le commerce et d'une façon générale l'activité économique en Europe de l'Est et Centrale, dont dépend une partie de la prospérité allemande. Si les occidentaux peuvent bloquer les avoirs de certains oligarques russes, la Russie peut décider la nationalisation de différents actifs détenus partiellement par les entreprises occidentales (Renault dans Avtovaz, Total et les majors occidentales dans les champs pétrolifères sur la Caspienne, etc...)

Le risque d'affrontement militaire direct et de la diffusion d'images de violences perpétrées par l'armée régulière russe ou par des extrémistes de tous poils, est de nature à choquer l'opinion occidentale et pourrait affecter des indicateurs comme la confiance du consommateur ou le sentiment économique. Elle pourrait aussi catalyser une hausse de l'aversion au risque des marchés financiers.

Comme, de surcroît, la saisonnalité des marchés devient défavorable, nous recommandons la prudence depuis quelques semaines. Une correction de 10% au moins serait la bienvenue et permettrait à ceux qui ont raté les gains de 2012-2013, de monter dans le nouveau train de la hausse...

Eric Galiègue

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • flexmoul le jeudi 10 avr 2014 à 17:36

    Tout ça à cause d'une bande de brels comme FH qui sont à la botte d'Obama

  • rj99 le jeudi 10 avr 2014 à 17:04

    Quand les peuples européens comprendront-ils qu'ils sont sous l'influence américaine qui ne tient pas à une Europe trop forte ? Quand les peuples européens comprendront-ils que leur intérêt serait de jouer la carte de la grande Europe avec la Russie ? Evidement avec la Russie dans l'euro celui-ci pourrait triompher du dollar ou tout au moins imposer une monnaie internationale neutre

  • jeeve_fr le jeudi 10 avr 2014 à 15:58

    c'est la réincarnation de Bernard Blier ?

  • Berg690 le jeudi 10 avr 2014 à 12:31

    C'est beau la confiance, a moins que...