La Russie envisage des mesures inédites pour tenir son budget

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    MOSCOU, 10 février (Reuters) - A court d'options pour 
combler le trou creusé dans son budget par la chute des cours du 
pétrole, la Russie envisage désormais des mesures qui auraient 
été jugées impensables il y a quelques mois encore.  
    Deux sources financières haut placées ont déclaré à Reuters 
que les autorités concernées discutaient actuellement de la 
possibilité d'influencer l'évolution du rouble face au dollar 
dans le but de doper les recettes fiscales.  
    Une telle stratégie n'irait pas jusqu'à l'annonce publique 
d'un objectif de taux de change et la banque centrale russe - 
indépendante - a réaffirmé que la valeur du rouble était fixée 
par le marché.  
    Mais l'institution n'a pas forcément besoin, pour influencer 
l'évolution de la parité rouble/dollar dans un sens favorable au 
budget, de renouer avec une politique d'objectif de parité de 
change, a expliqué l'une des sources. En effet, le rythme et le 
montant de ses opérations sur le marché des changes peuvent 
affecter la vigueur du rouble.  
    Le déficit budgétaire russe pourrait se creuser de 2.500 
milliards de roubles (28,7 milliards d'euros) cette année si le 
prix du baril de pétrole reste proche de 30 dollars, ce qui 
compromettrait l'objectif affiché d'un déficit limité à 3% du 
produit intérieur brut (PIB). 
    Le gouvernement a déjà évoqué la possibilité de puiser dans 
les caisses du Fonds de réserve souverain, de relever la 
fiscalité des carburants, de vendre des actifs publics ou 
d'augmenter les dividendes des entreprises publiques pour 
alimenter les caisses de l'Etat.  
    Une porte-parole du ministère des Finances n'a pas répondu à 
des demandes de commentaires mais une source au sein du 
ministère a estimé qu'une variation d'un rouble du taux de 
change rouble/dollar se traduisait par un impact de 35 à 40 
milliards de roubles pour le budget.  
     
    PRIVATISATIONS ET DIVIDENDES 
    Pour influencer le niveau du rouble, la banque centrale 
pourrait accélérer le rythme auquel elle reconstitue ses 
réserves de change, puisque cela revient à vendre du rouble sur 
le marché.  
    L'an dernier, la banque centrale a dit qu'elle continuerait 
d'augmenter ses réserves d'or et de devises étrangères, avec 
pour objectif un niveau "confortable" de 500 milliards de 
dollars (445 milliards d'euros) contre 371,3 milliards 
aujourd'hui. Cet objectif n'a depuis pas été abandonné, a dit 
une source.  
    Un affaiblissement du rouble face au billet vert aurait pour 
effet d'augmenter les recettes pétrolières en roubles, puisque 
le pétrole vendu à l'étranger est facturé en dollar. Mais il 
aurait aussi des effets néfastes, en favorisant l'inflation et 
en renchérissant certains postes de dépenses publiques.  
    "Je crois que la monnaie ne doit pas être sérieusement 
considérée comme un outil de résolution des problèmes. Elle peut 
être considérée uniquement comme une sorte de facteur de 
rééquilibrage", estime ainsi Dmitri Polevoï, chef économiste de 
la banque ING à Moscou.  
    Parmi les autres mesures envisageables et moins risquées, 
les privatisations devraient rapporter jusqu'à 800 milliards de 
roubles à l'Etat cette année selon l'objectif du gouvernement, 
mais elles risquent de devoir être effectuées à des prix 
déprimés. Quant à la hausse des dividendes des entreprises 
publiques, elle a aussi son revers en privant ces sociétés de 
moyens d'investir.  
    L'économie russe s'est contractée de 3,7% en 2015 et le 
produit intérieur brut (PIB) pourrait encore diminuer de 1% 
cette année.  
 
 (Margarita Paptchenkova, Darïa Korsounskaïa et Elena 
Fabritchnaïa; Marc Angrand pour le service français) 
 
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