La Russie à la conquête du marché chinois du gaz

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Commodesk - Après des années de désaccords sur les prix, les discussions reprennent entre la Chine et la Russie sur des contrats de gaz naturel. Mais entre-temps, la Chine a déjà signé de nombreux accords pour diversifier ses approvisionnements.

La Russie et la Chine, via les compagnies d'Etat Gazprom et CNPC, ont relancé ce mois-ci leurs négociations sur de futures livraisons de gaz naturel. Les premières discussions sur une coopération gazière datent de 2004 et ont abouti en 2009 à la signature d'un accord-cadre sur la vente de 68 milliards de m3 par an de gaz naturel russe à la Chine, pendant 30 ans. Mais, depuis, les deux parties ne parviennent pas à s'accorder sur les prix.

Les négociations portent aussi sur la voie à privilégier pour les livraisons. Deux routes complémentaires sont envisagées :

- La voie Ouest : le gaz transiterait par le futur gazoduc Altaï, qui ne sera construit qu'une fois trouvé un accord sur les prix. Il doit permettre de livrer à la Chine le gaz des gisements matures de Sibérie occidentale, qui alimentent actuellement l'Europe. Le gazoduc franchirait la frontière sino-russe située entre le Kazakhstan et la Mongolie, et aurait une capacité de 30 milliards de m3 par an.
- La voie Est relierait à la Chine les gisements en cours de développement de Sibérie orientale, pour une capacité de 38 milliards de m3, par l'extrême est des deux pays.

Discussions et coups de bluff

Les deux parties affirment que les négociations avancent, mais les annonces ressemblent parfois à des coups de bluff. A l'issue d'une visite de deux jours d'officiels chinois en Russie, le directeur de Gazprom, Alexeï Miller, annonçait le 7 décembre à des journalistes locaux avoir proposé un rabais pour la Chine sur les prix par la voie Ouest  - la voie que Gazprom mettait jusque-là le plus en avant. Le vice-Premier ministre chinois, Wang Qishan, affirmait quant à lui le même jour que les deux pays devraient accorder la priorité à la voie Est, et envisager une coopération sur la voie ouest. Le 11 décembre, Gazprom a finalement fait part de l'avancement de son projet de développement du gisement de Chayanda (Est) et de construction du gazoduc qui le relie à Vladivostok, susceptible d'être prolongé jusqu'en Chine.

Le 9 décembre, possible hasard de calendrier, les dirigeants de la Chine et du Kazakhstan - concurrent de la Russie - ont affirmé leur volonté de renforcer leur coopération énergétique, y compris sur la construction d'un gazoduc destiné à augmenter les capacités de livraison.

Envolée des besoins chinois en gaz naturel

Les deux pays ont toutefois tout intérêt à se mettre d'accord. Pour la Russie, qui cherche à diversifier ses acheteurs, la Chine est une destination stratégique. Sa proximité permet de raccorder leurs réseaux de gazoduc pour des coûts relativement faibles, ce qui laisse les capacités de GNL, en cours de développement, disponibles pour d'autres destinations.

Pour la Chine, il s'agit d'assurer ses futurs besoins en gaz, tout en obtenant les meilleurs prix. Car, si la Chine n'est actuellement que le quatrième pays consommateur de gaz naturel avec 130 milliards de m3 en 2011, soit 4% de la demande mondiale, ses besoins augmentent à un rythme frénétique : ils ont quintuplé ces dix dernières années, alors que sa production domestique n'a dans le même temps « que » triplé. La demande chinoise pourrait atteindre 300 à 400 milliards de m3 à l'horizon 2020, et plus de 500, voire 600 milliards de m3 en 2030. Et ce en raison, notamment, de la volonté du gouvernement de réduire dans son mix énergétique la part du charbon, très polluant. L'objectif est que le gaz naturel représente 10% de la consommation énergétique du pays dès 2020, contre 4% actuellement.

Des ressources domestiques encore à développer

La Chine n'est devenue importatrice nette qu'en 2007, mais, depuis, le décrochage entre consommation et production s'est accentué. Entre 2010 et 2011, selon les chiffres de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), la part des importations dans sa consommation de gaz naturel est ainsi passée de de 12% à 22%...

Pour garantir son approvisionnement, la Chine compte partiellement sur ses propres ressources, encore largement inexploitées. Le pays se concentre notamment sur les réserves offshores, et souhaite se lancer dans le gaz de schiste, dont les ressources sont supposées très importantes. Mais la production de gaz de schiste ne pourra pas débuter avant 2020, à supposer que les gisements soient économiquement viables. Si le gouvernement espère un doublement de la production de gaz naturel en 2020, et un triplement en 2030, la Chine devra néanmoins continuer d'augmenter ses importations.

Un marché extrêmement convoité

Mais la Russie, qui est loin d'être son seul fournisseur potentiel, ne peut pas imposer si facilement ses conditions. Et, à mesure que les négociations s'enlisent, la Chine signe d'autres contrats qui réduisent les opportunités pour Gazprom.

La Chine importe par exemple depuis 2009 du gaz du Turkménistan, à des prix bien plus intéressants que ceux proposés par les Russes. La Chine a ainsi importé 14 milliards de m3 de gaz turkmène en 2011, sur un contrat de 30 milliards de m3 qui a été étendu en 2012 à 50 milliards de m3 par an - soit près de 40% de la consommation chinoise en 2011...

La Chine a aussi récemment signé des contrats de livraison de moindre envergure avec l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, ainsi qu'un accord sur la construction d'un nouveau gazoduc avec la Birmanie.

Les compagnies chinoises importatrices continuent aussi de signer des accords d'importation GNL, malgré son prix plus élevé. Le GNL représente actuellement plus de la moitié des importations du pays, de provenances variées (Australie, Qatar, Indonésie...). Signe que les achats sous cette forme restent d'actualité, plusieurs compagnies chinoises ont investi ces derniers mois dans des projets de GNL en Australie ; et, selon les données de l'EIA, la Chine ajoutera, d'ici 2015, 76 millions de m3 à ses actuels 56 millions de m3 de capacité journalière de regazéification.

En raison de son poids colossal sur l'évolution de la demande de gaz naturel, la Chine sert à justifier de nombreux grands projets gaziers initiés dans le monde. Mais, si géant qu'il soit, ce marché aura des limites, surtout si le pays parvient à passer à la vitesse supérieure pour sa production domestique. Le temps semble donc compté pour Gazprom.

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