La Russie a frappé à plusieurs reprises des zones turkmènes en Syrie

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    par Jack Stubbs et Humeyra Pamuk 
    MOSCOU/ISTANBUL, 27 novembre (Reuters) - Les avions russes 
ont visé à plusieurs reprises des zones peuplées de Turkmènes 
depuis le début de leurs frappes en Syrie fin septembre, selon 
une analyse des éléments fournis par le ministère russe de la 
Défense. 
    Ces bombardements ont suscité la colère de la Turquie, qui a 
abattu mardi dernier un bombardier russe Sukhoï-24 à sa 
frontière avec la Syrie. 
    Avant même cet incident, le plus grave depuis un demi-siècle 
entre la Russie et un pays de l'Otan, Ankara avait condamné les 
raids aériens russes sur les villes et les villages du nord de 
la province de Lattaquié, où vivent de nombreux Turkmènes, des 
Syriens d'origine turque. 
    Selon les chiffres du ministère russe de la Défense 
rassemblés par Reuters, les attaques ont visé au moins 17 sites 
dans ces zones turkmènes depuis le 30 septembre. 
    Les missiles russes ont ainsi détruit des dépôts de 
munitions, des centres de commandement et une usine de 
fabrication d'engins explosifs à Salma, Ghmam et Kesladshuq, à 
l'ouest de la montagne alaouite. 
    Salma, une ville peuplée majoritairement de Turkmènes, a été 
bombardée au moins huit fois. 
    Les avions russes ont aussi frappé quinze objectifs dans un 
rayon de 13 kilomètres autour de cette ville contrôlée par des 
rebelles soutenus par la Turquie. 
    "Les Russes bombardaient intensément des villages turkmènes 
avant même la destruction de leur Su-24", a déclaré Samir Alo, 
qui dirige le Haut Conseil des Turkmènes de Syrie. "Des milliers 
de familles turkmènes ont dû fuir vers la frontière." 
     
    EXODE 
    Le président russe Vladimir Poutine a juré de punir les 
djihadistes de l'Etat islamique (EI) qui ont détruit le mois 
dernier un avion charter russe au-dessus du Sinaï et a depuis 
ordonné une intensification des frappes. 
    Mais selon la Turquie, les Etats-Unis et d'autres pays de 
l'Otan, les raids russes ont également visé des groupes rebelles 
syriens qui s'opposent à l'EI, permettant ainsi aux djihadistes 
de progresser dans certains secteurs. 
    Moscou affirme pour sa part ne frapper que l'EI et les 
autres "groupes terroristes" en Syrie. 
    Selon un dirigeant kurde syrien, les Turcs ont abattu le 
chasseur-bombardier russe mardi dernier parce que les groupes 
rebelles soutenus par Ankara perdaient du terrain dans ce 
secteur. 
    "Nous sommes très inquiets de voir ces bombardements russes 
qui affaiblissent la coalition anti-EI", a déclaré un 
responsable turc. "Comment combattre l'EI si on bombarde les 
rebelles qui luttent contre lui ?", s'est-il interrogé. 
    Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé jeudi qu'il 
n'y avait pas de djihadistes de l'EI dans la province de 
Lattaquié et que 300 rebelles modérés, dont de nombreux 
Turkmènes, avaient été tués par les frappes russes en plus d'un 
mois. 
    D'après des sources officielles, quelque 300.000 Turkmènes 
vivaient dans le nord de la province de Lattaquié avant la 
guerre qui a éclaté en 2011. Murat Kavakdan, un responsable 
humanitaire de la IHH Humanitarian Relief Foundation, a affirmé 
qu'il n'en resterait aujourd'hui que 25.000, les autres ayant 
été chassés par les combats. 
    Selon une enquête Reuters publiée en octobre, près de 80% 
des frappes aériennes russes durant les trois premières semaines 
 d'engagement ont visé des groupes rebelles autres que l'EI. 
    Le ministère russe de la Défense n'a pas répondu aux 
questions écrites de Reuters. 
 
 (Avec Suleiman Al-Khalidi à Amman; Guy Kerivel pour le service 
français) 
 
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