La rougeole réapparaît aux USA, et avec elle un débat sur le vaccin

le
0

par Emily Stephenson WASHINGTON, 4 février (Reuters) - La résurgence de la rougeole en Californie a ravivé aux Etats-Unis un débat sur la nécessité de la vaccination qui se double de considérations électoralistes au moment où se prépare la course à la succession de Barack Obama. Au terme de décennies de campagnes de vaccination, la rougeole est considérée comme officiellement éradiquée aux Etats-Unis depuis l'an 2000 par le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Des cas ont été enregistrés depuis en raison de contamination de voyageurs non vaccinés de retour ou en provenance de l'étranger. En quatorze ans, le CDC en a recensé entre 37 en 2004 et 644 en 2014. Une nouvelle épidémie a éclaté en décembre dernier en Californie et une centaine de personnes ont contracté depuis la maladie. Le "patient zéro" de cette épidémie est un visiteur étranger qui a séjourné dans le parc d'attraction Disneyland d'Anaheim dans une période comprise entre le 15 et le 20 décembre. Un collège californien de Palm Desert a interdit l'accès aux élèves non vaccinés, une crèche a fermé après la détection d'un cas. Le CDC a exhorté pour sa part les Américains à se faire vacciner pour stopper la propagation de la rougeole. Mais cela ne va pas de soi dans un pays où des théories aujourd'hui réfutées par la recherche ont établi naguère un lien entre vaccination et autisme et qui continuent d'influencer une part non négligeable de la population. D'après les statistiques officielles du CDC, en 2013, près de 92% des bébés de 19 à 35 mois ont reçu un vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole). "Un débat en 2015 sur la vaccination a le charme surréaliste d'un passé oublié, un parfum subtil venant du XIXe siècle", a ironisé mardi sur son fil Twitter l'ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud. "AUCUNE RAISON DE NE PAS NOUS FAIRE VACCINER" Pourtant, dans un sondage publié fin janvier sur les différences de perceptions entre la communauté des chercheurs et l'opinion publique, le Pew Research Center a révélé que 30% des Américains interrogés estimaient que les parents devaient avoir le droit de ne pas faire vacciner leurs enfants. Et la proportion augmente chez les générations plus jeunes: 37% des moins de cinquante ans partagent cet avis, contre 22% chez les plus de cinquante ans. Barack Obama a relayé l'appel du CDC en demandant aux parents de faire vacciner leurs enfants. "Nous avons examiné cela maintes et maintes fois. Nous avons toutes les raisons de nous faire vacciner, aucune de ne pas le faire", a-t-il dit en début de semaine dans une interview accordée à NBC. D'autres responsables politiques, parmi lesquels de possibles candidats aux primaires républicaines et démocrates qui désigneront les adversaires du prochain scrutin présidentiel, en novembre 2016, ont pris position. "La science est claire: la Terre est ronde, le ciel est bleu et les vaccins marchent", a twitté Hillary Clinton, considérée comme la favorite pour l'investiture du Parti démocrate. Côté républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio ou le gouverneur de Louisiane Bobby Jindall se sont prononcés sans équivoque pour la vaccination. "Il n'existe absolument pas la moindre recherche médicale ou donnée qui établisse un lien entre les vaccinations et la survenue de l'autisme ou quoi que ce soit de ce genre. Par conséquent, tous les enfants d'Amérique devraient être vaccinés", a dit Rubio à la presse. ARRIÈRE-PENSÉES ÉLECTORALES D'autres ténors républicains ont fait entendre cependant une voix discordante. Rand Paul, sénateur du Kentucky et ophtalmologue de profession, a rapporté sur CNBC avoir entendu parler de cas où des vaccins ont provoqué des "troubles mentaux". En déplacement à Londres, le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, a adopté lui une position qu'il a voulu "équilibrée". Il a confié à la presse que ses enfants étaient vaccinés mais a ajouté que les parents devaient avoir une "possibilité de choix". L'historien Robert Johnston, qui enseigne à la University of Illinois de Chicago, interprète la sortie du gouverneur Christie, qui appartient à l'aile modérée du Parti républicain, comme une tentative de séduction à destination des républicains de l'Iowa. Les "caucus" organisés dans cet Etat conservateur du Midwest donneront dans moins d'un an le coup d'envoi des primaires. L'immixtion du gouvernement fédéral dans la vie privée y est vue avec méfiance. "L'Iowa est la première étape de toute campagne présidentielle. Les caucus de cet Etat exercent une influence démesurée sur toute la primaire et ont contribué à pousser spectaculairement vers la droite le programme du 'Grand Old Party'", écrit-il dans une tribune publiée par Reuters. "Depuis le milieu du XXe siècle, une solide proportion de républicains de base en sont arrivés à considérer que les médecins et les chercheurs travaillent à la mise en oeuvre d'une pensée unique mécanique et contraire à la religion qui viole à la fois le bon sens et la liberté de l'Amérique", ajoute Johnston, qui travaille sur un essai consacré à l'histoire des controverses entourant les campagnes de vaccination. (avec Amanda Becker et Dan Whitcomb; Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant