La retraite à 60 ans rétablie pour 110.000 personnes

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INFOGRAPHIE - Un Français sur trois ou quatre échappera désormais au recul de l'âge légal décrété en 2010. Le Medef juge la mesure inquiétante pour les entreprises.

Chose promise, chose due! Le gouvernement a rendu publiques mercredi les modalités du décret de retour partiel à la retraite à 60 ans qui sera publié «début juillet» après la consultation du Conseil d'État et des caisses de retraite. Grâce à cette réforme, 110.000 personnes «ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans et ayant la durée de cotisation requise» pourront partir en retraite chaque année dès leur soixantième anniversaire fêté. Une avancée qui portera donc à un peu moins de 200.000 par an - soit un retraité sur trois ou quatre, selon les années - le nombre d'assurés non concernés par le report de l'âge légal de départ à 62 ans décrété en 2010.


«Cette mesure a été validée par l'élection de François Hollande à la présidence de la République et avait été largement débattue au moment du conflit sur la réforme Woerth, justifie Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, en réponse à Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui s'était plainte mardi d'un manque de concertation sur ce dossier sensible. Elle est identifiée, attendue et soutenue par l'opinion. L'engagement pris devant les Français est donc tenu.» Et ce, à dix jours du résultat des élections législatives...

Le dispositif, arbitré par François Hollande et Jean-Marc Ayrault, coûtera moins cher qu'annoncé: 3 milliards par an en 2017 (2 de moins que ne l'estimait le projet du PS), si bien que la hausse d'un demi-point sur cinq ans des cotisations retraite employeurs et salariés sera au final inférieure de 40%. «Nous avons entendu les craintes du patronat sur l'impact de cette mesure sur les régimes complémentaires, et cette hausse limitée donne donc des marges de man½uvres aux partenaires sociaux», explique la ministre.

Chiffrage au doigt mouillé

Reste une inconnue sur le nombre de bénéficiaires (et sur le coût), qui pourrait être supérieur à celui mis en avant. Marisol Touraine est en effet incapable de donner une ventilation par population des cohortes concernées. «Les chiffres sont difficiles à croiser, et je peux juste vous dire que la mesure portera plus sur les chômeurs», avoue-t-elle, estimant au doigt mouillé à «plus ou moins 10.000 personnes» la marge d'erreur chaque année.

Une autre question se pose sur la méthode de concertation. Non seulement le gouvernement n'a communiqué aux partenaires sociaux aucun élément chiffré lors de la phase de discussion, mais les syndicats et le patronat ont appris les modalités précises de ce retour partiel à la retraite à 60 ans au moment où Marisol Touraine faisait sa communication en Conseil des ministres. Et ce après qu'elles ont été divulguées sur le site Internet du Monde. «Même si les partenaires sociaux n'en connaissaient pas les modalités précises, je leur avais dit que la borne du milliard d'euros ne serait pas dépassée en 2013, se défend la ministre. Cela n'a donc pas été une surprise pour eux.» Un incident néanmoins fâcheux pour un exécutif qui a mis les partenaires sociaux au c½ur de son processus de réforme...

Sans surprise, les syndicats se sont tous félicités de ce «premier pas positif», tout en regrettant que telle ou telle population ait été oubliée et donnant rendez-vous au gouvernement à l'automne pour la «concertation élargie» - dixit Marisol Touraine - sur une nouvelle réforme des retraites. Quant au patronat, il juge la mesure «inquiétante pour la pérennité financière des régimes de retraite et la compétitivité des entreprises.» Là aussi, une réaction sans surprise.

La France à la traîne en Europe

Un à un, les pays européens, surtout les plus fragilisés, contraints à des plans d'austérité, réforment leur régime de retraite. L'âge légal à 65 ans devient de plus en plus la règle. C'est le cas en Autriche, Belgique, Grèce, Portugal ou Italie. L'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas et le Danemark l'ont porté, eux, à 67 ans.
C'est pourquoi Berlin plaide pour une généralisation à 67 ans dans toute l'Europe. Le record revient à la Grande-Bretagne avec un passage progressif à 68 ans d'ici à 2046. La Suède, enfin, a supprimé la notion d'âge et instauré la retraite à la carte.

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  • gyere le jeudi 7 juin 2012 à 15:45

    Le tableau apparaissant dans cet article, relève de la publicité mensongère..... Regardez le bien, la CONDITION qui est INDISPENSABLE, n'y figure pas et fait croire au lecteur que seul l'âge justifie le départ en retraite... Le futur retraité ne lira pas le laïus qui le précède, ni celui qui le suit!!!!!

  • gyere le jeudi 7 juin 2012 à 15:34

    "Retraite: le gouvernement veut dépenser son enveloppe" c'est bien là un raisonnement de "fonctionnaires".... Il est hors de question de faire un euro d'économie, ce n'est pas inscrit dans le dogme socialiste.

  • blogsjv le jeudi 7 juin 2012 à 10:18

    Très bien, mesure tendant à plus de justice.Maintenant reste à mener une réflexion de fond sur notre système de retraite par répartition qui est voué à disparaître vu la situation démographique, sociale et économique du pays.

  • M9810937 le jeudi 7 juin 2012 à 10:18

    ce qui est triste c'est que ceux qui partent à la retraite ont la responsabilité de ne pas avoir fait suffisament d'enfants pour leur payer cette retraite... et en plus on va nous attaquer sur le quotient familiale alors que justement maintenant le nombre d'enfants est revenu à ce qu'il faut : le PS n'a RIEN COMPRIS et ne fait pas payer les responsables !

  • M2135936 le jeudi 7 juin 2012 à 09:56

    Toujours aucune disposition pour établir l'équité entre public et privé.38 milliards de cout net dans le budget de l'État pour les pensions : insupportable.

  • M2135936 le jeudi 7 juin 2012 à 09:53

    Excellente mesure qui va permettre de ne pas voir le chômage exploser.on ne mesure pas non plus l'économie sur les allocations chômage et le Rsa versés aux seniors.A quoi bon garder des seniors dont les entreprises de Mme Parisot ne veulent pas, à Pole Emploi.

  • M2135936 le jeudi 7 juin 2012 à 09:49

    Cette mesure est cohérente et juste, mais je déplore son financement qui aurait pu être assuré par l'augmentation de la Tva au taux normal ou par un taux à 25% sur des produits de luxe

  • vaudou le jeudi 7 juin 2012 à 09:44

    Cela me rappelle les 35h. On a vu les conséquences.

  • cgerbaud le jeudi 7 juin 2012 à 09:42

    Ce qui est dramatique dans cette mesure, c'est qu'elle est financée par des côtisations supplémentaires sur les salaires....ce qui va encore rendre la France moins compétitive....et augmenter nos couts déjà 30 à 40 % plus élevés que nos voisins.....qui eux ont tous pris tous des mesures pour financer une partie du social par la Tva ... Mais c'est hélas le dogmatisme qui prévaut sur le pragmatisme avec Mr Hollande!

  • M3736841 le jeudi 7 juin 2012 à 09:17

    Ce n'est pas parce que des personnes 7J/7 qu'il faut généraliser. ces personnes auraient certainement voulu autre chose.