La reprise du marché du travail ralentit aux Etats-Unis

le
0
RALENTISSEMENT DE LA REPRISE DU MARCHÉ DU TRAVAIL AUX ÉTATS-UNIS EN SEPTEMBRE
RALENTISSEMENT DE LA REPRISE DU MARCHÉ DU TRAVAIL AUX ÉTATS-UNIS EN SEPTEMBRE

par Lucia Mutikani

WASHINGTON (Reuters) - L'économie américaine a créé nettement moins d'emplois qu'attendu en septembre, suggérant une pause dans la reprise du marché du travail qui justifie a posteriori la décision de la Réserve fédérale de différer le début de normalisation de sa politique monétaire.

Le département du Travail a recensé la création de 148.000 postes non agricoles en septembre alors que les économistes interrogés par Reuters en anticipaient en moyenne 180.000.

Le chiffre d'août a été toutefois revu en hausse, à 193.000 au lieu de 169.000 initialement annoncé, mais celui de juillet a été révisé sensiblement en baisse à 89.000 -un plus bas depuis juin 2012- contre 104.000 estimé précédemment.

Seule note positive, le taux de chômage -calculé à partir d'une enquête distincte auprès des ménages- a reculé à 7,2%, son niveau le plus faible depuis novembre 2008, alors que les économistes l'attendaient majoritairement stable à 7,3%.

La statistique mensuelle de l'emploi, l'une des plus suivies par les marchés financiers, a été publiée avec plus de deux semaines de retard en raison de la fermeture partielle des services fédéraux américains entre le 1er et le 16 octobre.

Sa livraison de septembre donne à penser que la dynamique de la reprise a commencé à ralentir avant même le bras de fer entre démocrates et républicains sur le budget qui a paralysé l'administration fédérale pendant plus de deux semaines.

Le 18 septembre, à l'issue de sa réunion monétaire, la Réserve fédérale avait pris les marchés à revers en annonçant un maintien de ses rachats d'achats au rythme de 85 milliards de dollars par mois, alors qu'elle avait jusque-là laissé prévoir une réduction de ses mesures de soutien.

WALL STREET APPRÉCIE, PAS LE DOLLAR

"La mauvaise statistique de l'emploi publiée aujourd'hui justifie pleinement la décision prudente de la Fed en septembre", affirme Joseph Trevisani, stratège chez WorldWideMarkets à Woodcliff Lake dans le New Jersey.

"L'assouplissement quantitatif va probablement continuer à plein régime jusqu'au premier trimestre et il suffira d'un autre mauvais chiffre de l'emploi pour relancer les spéculations sur une augmentation des rachats d'actifs. Ce n'est pas bon pour le dollar, mais cela va revigorer les marchés d'actions."

Le dollar a reculé face au yen et à l'euro en réaction à la statistique de septembre, touchant même un plus bas depuis novembre 2011 contre l'euro à plus de 1,37.

Wall Street a de son côté gagné du terrain à l'ouverture, tandis que le taux de rendement des emprunts à 10 ans a reculé pour se rapprocher de 2,53%, son plus bas niveau depuis trois mois.

"Le chiffre de 148.000 créations d'emplois n'est pas mauvais en soi mais il y a six mois la moyenne était à plus de 200.000", remarque Cary Leahey, de Decision Economics à New York.

"Du coup cela amène les gens à revoir leur analyse des conditions actuelles. Avec le risque d'une nouvelle crise budgétaire dès la mi-janvier, pourquoi la Fed lèverait-elle le pied maintenant? Il devient du coup difficile d'imaginer que la Fed commence à réduire ses rachats d'actifs avant que la situation budgétaire soit totalement clarifiée."

Le compromis entre démocrates et républicains qui a mis fin au "shutdown" fédéral n'a, de fait, que mis fin temporairement à la crise, d'autres échéances, comme pour le relèvement du plafond de la dette, se présentant au début 2014.

Les économistes jugent que la paralysie des services gouvernementaux pendant la première quinzaine d'octobre aura un impact allant jusqu'à 0,6 point de pourcentage de moins pour la croissance annualisée au quatrième trimestre, ce qui devrait inciter également la banque centrale à la prudence.

La prochaine réunion monétaire de la Fed aura lieu la semaine prochaine, mercredi et jeudi.

Dans le détail, les administrations fédérales ont créé le mois dernier 22.000 postes, après déjà une hausse de 32.000 en août. Le secteur de la construction a créé 20.000 emplois et celui de la distribution 20.800, mais les créations nettes de postes n'ont été qu'au nombre de 2.000 dans l'industrie.

Le secteur des loisirs et de l'hôtellerie en a perdu 13.000, plus forte baisse depuis décembre 2009, et dans le secteur de l'informatique le rebond n'a été que de 4.000 après 17.000 emplois perdus en août.

Lucia Mutikani; Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant