La répression en Syrie a fait 4.000 morts, selon l'Onu

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GENEVE/BEYROUTH (Reuters) - La situation en Syrie est assimilable à une guerre civile, qui a fait environ 4.000 morts depuis le début de la contestation contre le président Bachar al Assad mi-mars, estime Navi Pillay, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.

Cette évaluation chiffrée des violences politiques fournie jeudi intervient alors que la Ligue arabe et l'Union européenne poursuivent leurs efforts pour faire pression sur le gouvernement syrien, sans résultats tangibles.

"Nous évaluons le bilan à 4.000 morts, mais en fait les informations fiables qui nous parviennent sont bien supérieures à cela", a déclaré Navi Pillay à Genève.

"J'avais dit en août devant le Conseil de sécurité que lorsqu'un nombre croissant de déserteurs menaceraient de prendre les armes, il y aurait guerre civile. Désormais, c'est ainsi que je caractérise ce qui se passe", a-t-elle dit devant la presse

Après avoir approuvé des sanctions économiques et financières le week-end dernier, la Ligue arabe a placé 17 ressortissants syriens sur la liste des personnalités interdites de séjour dans les Etats membres de l'organisation.

Y figurent Maher al Assad, frère du président et chef de la Garde républicaine, les ministres de la Défense et de l'Intérieur et des responsables du renseignement et de l'armée.

Le cousin du chef de l'Etat, l'homme d'affaires le plus riche du pays, se trouve également sur cette liste de laquelle Assad lui-même est absent.

PAS DE FRONT UNI

Le comité de la Ligue arabe chargé de surveiller l'application des sanctions recommande une suspension des liaisons aériennes avec la Syrie à partir de la mi-décembre.

Mais il souhaite exclure des mesures d'embargo les céréales, les médicaments, le gaz et l'électricité afin de ne pas pénaliser la population civile.

Ces propositions doivent être présentées aux ministres de l'organisation régionale, qui se retrouveront samedi à Doha.

Mais, dès à présent, elles ne font pas l'unanimité.

Le Liban, qui entretient des intérêts religieux et des liens stratégiques et commerciaux très étroits avec la Syrie, et l'Irak n'entendent pas observer ces mesures restrictives.

Cette absence de front uni au sein des pays arabes se double d'un soutien actif de l'Iran qui, selon la Grande-Bretagne, aide son voisin à réprimer les manifestations anti-Assad.

De son côté, le Koweït a publié jeudi une directive de son ministère des Affaires étrangères appelant ses ressortissants à quitter la Syrie afin de "garantir leur sécurité" et à ne pas se rendre dans ce pays pour le moment.

L'UE VISE LES ACTIVITÉS PÉTROLIÈRES

Les Européens travaillent quant à eux à la mise au point d'un nouveau train de sanctions économiques.

Ils ont ajouté douze personnalités et onze organismes à leur liste noire, dont la General Petroleum Corporation, société nationale pétrolière, selon des diplomates.

La liste devrait être rendue publique vendredi matin mais le détail des mesures envisagées n'a pas été précisé par les responsables européens.

Le Trésor américain a, lui, imposé des sanctions contre l'oncle d'Assad et contre un général ainsi que contre deux organismes qui financent le régime.

La Syrie fournit un peu moins d'un pour cent de la production mondiale quotidienne de pétrole mais les revenus qu'elle en retire constituent une ressource importante.

Ces sanctions, dit-on dans les milieux diplomatiques, vont compliquer la tâche des entreprises occidentales opérant sur le sol syrien. Elles pourraient être confrontées à une situation de "force majeure" qu'elles ne peuvent ni anticiper ni contrôler.

En marge de cette activité diplomatique, six personnes ont été tuées et cinq autres grièvement blessées lors d'une intervention de l'armée dans la ville d'al Trimsa, habituellement calme, dans la province d'Hama, un des hauts lieux de la contestation.

A Dael, sept soldats ont été tués dans une embuscade tendue à un convoi de troupes mercredi, ce qui a entraîné de nouvelles interventions militaires et le déploiement de blindés autour de la localité, selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme.

L'agence de presse officielle Sana fait état, elle, de la mort de plusieurs gardes-frontières et de l'arrestation de personnes qualifiées de "terroristes armés qui se sont infiltrés par la frontière (avec la Turquie)".

Stephanie Nebehay à Genève et Douglas Hamilton à Beyrouth; Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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