La rémunération des grandes patrons au niveau d'avant la crise

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PARIS (Reuters) - La rémunération totale des dirigeants des grandes entreprises cotées françaises s'est stabilisée en 2011 à des niveaux proches de ceux qui prévalaient avant la crise, selon une étude présentée mardi par le cabinet Proxinvest qui montre qu'elle reste largement déconnectée des performances, en particulier à long terme.

La rémunération totale moyenne annuelle des quarante dirigeants du CAC 40 a atteint 4,25 millions d'euros en 2011, en hausse de 4% par rapport à l'année précédente, soit près de dix fois le plafond imposé par le gouvernement à la rémunération des dirigeants des entreprises publiques.

Elle est aussi près de deux fois plus élevée que celle des 80 autres présidents exécutifs du SBF 120, qui constitue l'univers étudié par le cabinet de conseil de vote en assemblée générale dans son rapport sur la rémunération des dirigeants des grandes sociétés cotées françaises réalisé pour la quatorzième année consécutive.

Pour Proxinvest, la rémunération totale comprend la part salariale - fixe, variable et autres dont les avantages en nature - et la part actionnariale - stock-options et actions gratuites valorisées à la date d'acquisition - mais exclut les régimes de retraite supplémentaires, "faute de transparence suffisante".

En 2007, la rémunération totale moyenne des dirigeants du CAC 40 s'était établie à 4,73 millions et celle de leurs homologues du SBF 80 atteignait 2,22 millions.

En 2011, quatorze dirigeants français au lieu de onze en 2010 ont perçu une rémunération égale ou supérieure au plafond recommandé par Proxinvest de 240 Smic, soit actuellement 4,6 millions d'euros.

Retraité des indemnités de départ, en particulier du versement anticipé de 16,2 millions d'euros de bonus différés au patron de Publics, Maurice Lévy, la rémunération moyenne des patrons diminue de 3% pour le CAC 40 et 2,2% pour ceux du SBF 80, après des hausses de respectivement 32% et 50% l'année précédente.

ÉCHEC DE L'AUTORÉGULATION

L'ampleur de la baisse aurait pu être plus significative au regard de l'exercice 2011 marqué par une baisse des multiples de valorisation, une crise bancaire, une baisse de 17% du CAC 40 et un recul de 10% des bénéfices nets cumulés des entreprises entrant dans la composition de l'indice, relève Proxinvest.

Cette déconnexion entre rémunération et performance souligne l'échec de l'autorégulation en matière de rémunération, a estimé Pierre-Henri Leroy, le président fondateur de Proxinvest.

Après avoir plafonné dès le mois de juillet la rémunération des dirigeants des entreprises publiques à 450.000 euros annuels, le gouvernement a lancé en août un consultation sur celle des patrons du privé et annoncé le dépôt d'un projet de loi sur le sujet, attendu pour le début 2013.

Une mission d'information sur la transparence de la gouvernance des grandes entreprises est par ailleurs en cours dans le cadre de la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Elle doit rendre ses conclusions d'ici la fin de l'année.

L'un des enjeux d'un texte législatif est l'introduction en France du "say on pay", soit le vote des actionnaires en assemblée générale sur la rémunération des dirigeants.

Les actionnaires sont déjà amenés à se prononcer sur les attributions d'actions gratuites, les stocks-options, les indemnités de départ, les retraites chapeaux et les jetons de présence des administrateurs.

En revanche, la rémunération fixe et variable des dirigeants d'entreprise et mandataires sociaux relève du conseil d'administration et de son comité des rémunérations.

L'Autorité des marchés financiers a préconisé mi-octobre que les actionnaires se prononcent en assemblée générale sur la question mais à titre consultatif donc non contraignant.

UN FIXE À UN MILLION D'EUROS

Le salaire fixe moyen des dirigeants du CAC 40, qui représente environ un quart de leur rémunération, a dépassé en 2011 le million d'euros, un chiffre qui "devient la norme" selon Loïc Dessaint, directeur associé de Proxinvest.

Cette part fixe progresse plus vite que l'inflation avec une hausse de 9,4% depuis 2006 pour les dirigeants du CAC 40 et de 18,6% pour le SBF 120, note Proxinvest qui souligne que la partie variable du salaire est généralement exprimée en pourcentage du fixe.

Les bonus annuels au titre de 2011 ont certes baissé de 8,6% au sein du CAC 40 et de 10,2% dans le SBF 80 mais depuis 2006, ces parts variables ont progressé de 7% pour le CAC 40 et de 23% pour les 80 autres sociétés de l'indice SBF 120.

Malgré cette baisse, les bonus annuels sont restés à un niveau élevé à 124% du fixe, relève Proxinvest.

"Certains bonus comme ceux versés par Carrefour, GDF Suez, Scor (...) attestent que la part variable n'est pas toujours en ligne avec la performance perçue par l'actionnaire", note le cabinet en référence notamment au parcours boursier des entreprises concernées.

L'exercice 2011 s'est caractérisé par une poursuite de l'extinction du recours aux options d'achat ou de souscription d'actions qui sont passées dans le CAC 40 de 51,5% de la rémunération totale en 2006 à 11,5% ou 487.000 euros en moyenne, souligne par ailleurs Proxinvest.

La rémunération en actions gratuites est en revanche passée de 3,7% du total en 2006 à 15,9% ou 873.000 euros en 2011.

L'ensemble de ces éléments de rémunération actionnariale qui représentait 55% de la rémunération moyenne du CAC 40 en 2006 avait considérablement chuté jusqu'à un point bas en 2009 et reste en proportion relativement faible à 28% du total, selon Proxinvest.

Pour le cabinet, cette tendance et les conditions d'attribution de la rémunération actionnariale expliquent que 16% seulement de la rémunération totale des présidents exécutifs du CAC 40 repose sur des conditions de performance à long terme correspondant à la réalisation d'objectifs à une échéance d'au moins trois ans.

"Ce manque de lien entre rémunération et performance à long terme est très préoccupant pour les investisseurs", relève Proxinvest.

"Il devient urgent qu'administrateurs et comités de rémunération mettent fin à la hausse des fixes, réduisent considérablement les bonus annuels au profit d'une vraie rémunération à long terme liée à la performance", recommande le cabinet.

Les dirigeants des grandes entreprises françaises ne sont toutefois pas les mieux payés d'Europe, selon une étude comparative rendue publique la semaine dernière par le réseau d'organisme de conseil de vote en assemblée générale Expert Corporate Governance Service (ECGS), dont Proxinvest fait partie.

Réalisée sur la base des informations fournies par près de 400 sociétés membre de l'indice MSCI Europe dont près de 70 françaises, elle montre que la rémunération moyenne des dirigeants des grandes entreprises françaises ressortaient ainsi à 3,48 millions d'euros en 2011.

Ils se classent ainsi au cinquième rang en Europe derrière leur homologues britanniques (5,43 millions), allemands (4,35 millions), suisses (4,17 millions) espagnols (4,07 millions) et italiens (3,75 millions).

Marc Joanny, édité par Jean-Michel Bélot

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  • m.young le mardi 11 déc 2012 à 20:22

    Bravo Proxinvest !