"La Religieuse", ode à la liberté par un adepte du polar

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Pauline Etienne incarne "La Religieuse", à sortir mercredi 20 mars. Renaud Monfourny / Le Pacte. All Rights Reserved.
Pauline Etienne incarne "La Religieuse", à sortir mercredi 20 mars. Renaud Monfourny / Le Pacte. All Rights Reserved.

(AFP) - Avec "La Religieuse", adapté du roman de Diderot, le réalisateur et auteur de polars Guillaume Nicloux livre une ode à la liberté d'une étonnante modernité.

Le long métrage, en salle mercredi en France, a été présenté au dernier Festival de Berlin.

Au coeur de l'histoire, qui débute en 1765, Suzanne Simonin, 16 ans, contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres alors qu'elle aspire à vivre dans "le monde".

Incarnée par la jeune actrice belge Pauline Étienne ("Élève libre", "Le bel âge", "Qu'un seul tienne et les autres suivront", "Paradis perdu"), Suzanne est confrontée au couvent à l'arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique et notamment celui de mères supérieures (Françoise Lebrun, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert) tour à tour bienveillantes, cruelles ou un peu trop aimantes...

Mais contrairement à l'héroïne de Diderot, résignée, elle résiste et lutte coûte que coûte pour sa liberté.

Guillaume Nicloux a dit avoir adapté librement le roman qu'il a lu adolescent et qui l'a marqué de façon "indélébile". Il a toujours voulu l'adapter au cinéma.

"J'ai longtemps été encombré par l'image anticléricale véhiculée sur cette oeuvre. Alors je suis revenu à ce qu'elle est profondément: une ode à la liberté. Et les choses ont été beaucoup plus claires", a-t-il expliqué.

Le choix de Pauline Étienne, 23 ans, en Suzanne s'est imposé au réalisateur qui dit avoir trouvé en elle l'idée qu'il se fait de "la grâce".

Antifanatisme

L'actrice dit elle-même avoir cherché à "être" Suzanne, personnage "d'une force incroyable" et elle interprète une novice crédible, vivante, humble et lumineuse en dépit des épreuves terribles qu'elle traverse.

Construit comme une intrigue policière - Suzanne découvre un lourd secret familial -, le film associe une esthétique du détail à des dialogues incisifs et économes qui renforcent la présence des personnages.

Motivée par le travail avec le réalisateur "qui se refuse à faire de la littérature, encourage l'instantané, la sécheresse", Isabelle Huppert interprète une mère supérieure, tout comme Louise Bourgoin et Françoise Lebrun.

"J'aime mon personnage. Il faut aller au-delà de la caricature pour trouver sa justesse et ça a été naturel. Elle a des sentiments très humains pour cette jeune fille et Dieu est très loin à ce moment-là. C'est un personnage qui ne comprend pas ce qui lui arrive, c'est un vrai effarement, et elle en meurt, c'est très universel", a déclaré l'actrice.

Louise Bourgoin a dit avoir pris "beaucoup de plaisir" à jouer une mère "cruelle". "Elle est cruelle, mais je l'ai jouée gentille. Mère Christine a beaucoup d'empathie pour Suzanne en l'obligeant à porter un cilice en crin de cheval, à se déshabiller, c'est beaucoup plus pervers", a-t-elle ajouté avec ironie.

Guillaume Nicloux s'est totalement détaché de l'adaptation cinématographique qu'en avait faite Jacques Rivette en 1967 et dit avoir obéi à un "principe hitchcockien" pour réaliser son film: lire, refermer le livre et laisser travailler son imaginaire.

Interrogé sur l'actualité du thème, il explique que sa fille adolescente a lu le livre et l'a trouvé très actuel. "On était à quelques heures du procès d'une femme dont le mari avait coupé les oreilles et le nez parce qu'elle refusait de coucher avec lui... Sans jeter l'opprobre sur les religions, on voit que Diderot s'opposait au fanatisme religieux. Mon adaptation s'appuie sur cette vision-là", a-t-il déclaré.

"En France il y a des gens qui condamnent encore l'avortement, une longue lignée d'hommes qui imposent leur hégémonie. On continue de faire croire que la parité est acquise, mais on continue de diffuser une idéologie extrêmement réactionnaire", a-t-il ajouté.

ls/da/fa/il

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