La question des Roms loin d'être évacuée en France

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LA QUESTION DES ROMS RESTE POSÉE EN FRANCE
LA QUESTION DES ROMS RESTE POSÉE EN FRANCE

par Marine Pennetier

LA COURNEUVE, Seine-Saint-Denis (Reuters) - "Si on nous force à partir, je ne sais pas où nous allons aller", soupire Monteana.

A 42 ans, cette Rom originaire de Roumanie, arrivée en France il y a sept ans, n'en est pourtant pas à sa première expulsion.

Il y a quatre ans, cette femme a dû quitter avec son mari et ses quatre enfants le campement informel qu'ils occupaient près du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) à la suite d'une décision de justice.

Depuis, elle a rejoint le "Platz", l'un des plus anciens bidonvilles de Roms d'Ile-de-France niché au fond d'une zone industrielle de la Courneuve à quelques encablures de l'A86, qui pourrait être évacué prochainement. Le délibéré est attendu pour le 30 août.

"Ici, on a nos habitudes, les hommes travaillent, les femmes préparent le repas, vont faire les courses", souligne Monteana, dans sa "maison", une pièce très bien tenue faite de bric et de broc.

Dehors, dans les étroites allées du "Platz", les effluves de lessive se mêlent aux odeurs des déchets amassés derrière les habitations. Une femme passe la serpillière devant sa porte sous l'oeil d'une poignée d'hommes assis sur des chaises bricolées tandis qu'une autre donne le biberon à son nourrisson. Accroupis par terre, des enfants s'amusent avec une bonbonne d'eau et des jouets en plastique.

Un an après la circulaire du 26 août 2012 sur les évacuations de campements illicites de populations roms, ONG et militants des droits de l'homme dressent un bilan amer de la politique menée par le gouvernement de gauche.

Le texte, fruit d'un compromis gouvernemental, demandait aux préfets d'anticiper et d'accompagner les démantèlements des "campements illicites", notamment en cherchant des solutions de relogement et en procédant à un diagnostic social.

La circulaire, mise en place par la nouvelle majorité de gauche, avait été saluée à l'époque par les défenseurs des droits de l'homme qui y voyaient un changement de cap trois ans après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy. Mais depuis, sur le terrain, la situation piétine et les changements concrets se font attendre sur fond de regain de propos anti-Roms.

AUCUNE MESURE PRISE

"Au cours du diagnostic, les personnes qui ont des traitements en cours, les femmes enceintes, les enfants scolarisés sont recensés mais derrière il n'y a rien, aucune mesure qui garantisse la continuation des soins et de la scolarisation", souligne Livia Otal, coordinatrice de la mission Roms de Médecins du Monde, très actifs en Seine-Saint-Denis via des missions médicales et de médiation.

Début juillet, une soixantaine de Roms installés dans un campement à Deuil-la-Barre, dans le Val D'Oise, ont ainsi été expulsés conformément à une décision de justice rendue fin 2012.

L'évacuation a été d'autant plus mal vécue par les Roms et les associations de défense des droits de l'homme que les membres de la communauté faisaient preuve d'une volonté réelle d'intégration.

"Les enfants étaient scolarisés, vaccinés mais malgré tout cela ils ont été expulsés du jour au lendemain sans proposition de relogement ou de scolarisation, sans suivi social", pointe Livia Otal. "C'est un travail de deux ans qui s'effondre."

"La chasse aux Roms est extrêmement coûteuse avec dix cars de CRS pour chaque expulsion. Pire, depuis plus de vingt ans, les enfants ne sont toujours pas scolarisés, donc la précarité est accentuée pour les générations futures".

Selon European Roms Right Center (ERRC) et la Ligue des droits de l'homme, le nombre d'évacuations de lieux de vie occupés par des Roms étrangers en France par les forces de l'ordre est en forte augmentation au deuxième trimestre 2013 (5.482) comparé au premier trimestre (2.883).

En juin, le Défenseur des droits Dominique Baudis s'est inquiété de la situation dans les campements de Roms et a rappelé l'importance "de ne pas laisser errer sans suivi médical des personnes qui, en raison de leur conditions de vie très précaires, ont plus de risques de développer certaines pathologies infectieuses."

Début août, la Commission nationale consultative des droits de l'homme demandait quant à elle "la mise en oeuvre stricte" de la circulaire pour garantir l'accès au droit commun des populations Roms présentes en France.

PAS DE POLITIQUE

"On a un président qui a pris des engagements, un Premier ministre qui est plutôt sensible à ces engagements, deux ministres engagées, Marie-Arlette Carlotti et Cécile Duflot, qui considèrent qu'une bonne partie des Roms ont vocation et ont la volonté de rester en France", souligne Laurent El Ghozi, cofondateur de RomEurope.

"Et de l'autre côté on a Manuel Valls plus, à l'écoute des élus locaux qui sont légitimement en difficulté et de la population dont on alimente les sentiments xénophobes, qui dit la République c'est d'abord le respect de la loi, c'est qu'on ne va pas s'installer sur un terrain qui ne nous appartient pas."

"Résultat, il n'y a pas de véritable politique", déplore-t-il.

Pour Marion Cadier, chercheuse pour Amnesty International, le problème tient au fait que la circulaire du 26 août est dépourvue de toute valeur juridique.

"Il y a une volonté du gouvernement mais ce n'est pas suffisant, on se rend compte que sur le terrain la situation est relativement la même, les personnes habitent dans des campements informels où les conditions de vie sont très compliquées et subissent expulsions après expulsions", souligne-t-elle. "Dans les faits, les personnes se réinstallent dans des campements informels, certaines disent ne plus se souvenir combien de fois elles ont été expulsées."

"Le problème, c'est que la circulaire du 26 août est une sorte de note d'instruction facultative que les préfets dans les faits sont libres d'appliquer ou pas. Il faut qu'il y ait une interdiction claire et contraignante de la pratique d'expulsion forcée", dit-elle.

LES CHOSES AVANCENT

Au gouvernement, on reconnaît "que les choses avancent lentement mais elles avancent".

"Le gouvernement entend en finir avec les campements de grande taille et trouver une alternative", indique une source gouvernementale. "Tout le monde s'accorde sur un point : si les campements dépassent 80 ou 100 personnes, ils deviennent ingérables en terme de conditions de vie, de conditions sanitaires, d'accès à l'eau et à la scolarisation."

L'idée est donc d'éclater les grands campements pour favoriser les camps à taille humaine, de 30 à 50 personnes maximum, indique-t-on de même source. Un sous préfet va être nommé pour l'île de France en septembre et les 4 millions d'euros débloqués pour 2013 pour financer des projets vont être renouvelés l'année prochaine.

"Quand on aura commencé à régler le problème de l'Ile-de-France, on aura fait une grand partie de chemin et on aura montré que c'est un problème soluble", souligne cette source.

Quant au problème des réseaux, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est convenu lors d'une visite en Roumanie début juillet de renforcer la coopération judiciaire et policière avec Bucarest pour "lutter contre la criminalité organisée qui exploite des êtres humains à la mendicité, à des trafics ou à la prostitution".

Edité par Patrick Vignal

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  • michevey le dimanche 25 aout 2013 à 10:00

    Le problème des Roms, qu'ils soient français ou étrangers, c'est qu'ils vivent en marge de la société et qu'ils ne connaissent que les droits et pas les devoirs. C'est aussi valable pour certains de nos immigrés.

  • mlaure13 le samedi 24 aout 2013 à 20:00

    Bonsoir knbskin...toujours dans la claivoyance et bon sens...On ne peut qu'approuver ...:-)

  • knbskin le vendredi 23 aout 2013 à 19:31

    Je parle évidemment des Roms ETRANGERS. Pour les tziganes, manouches, etc. français - ou plutôt pour la minorité qui veut à tout prix rester nomade - c'est un autre problème. A eux de se débrouiller pour vivre comme ils veulent, mais SANS GÊNER PERSONNE et SANS LOIS SPECIFIQUES pour les aider ...

  • knbskin le vendredi 23 aout 2013 à 19:28

    Double peine pour le contribuable français : il paie le gouvernement roumain pour s'occuper de ses roms ; le gouvernement roumain les f... à la porte, et ils viennent en France ou on re-paie pour les héberger, puis pour les expulser et on paie encore leurs larcins divers, et les associations véreuses qui s'occupent d'eux ! Mais on n'en a rien à faire de ces gens ! Ouste ! Dehors !

  • gouraudp le vendredi 23 aout 2013 à 18:59

    Ont lit Les enfants étaient scolarisés, ensuite les enfants ne sont toujours pas scolarisés,les hommes travaillent,ensuite une poignée d'hommes assis sur des chaises bricolées.

  • LeRaleur le vendredi 23 aout 2013 à 18:54

    Faudrait plutôt évacuer le Roms.

  • M6860185 le vendredi 23 aout 2013 à 18:53

    il y a bien des députés des français de l'étranger, il faut un représentant de cette population migrante qui ne peut avoir de représentant dans notre système. Ensuite, il faut normaliser leur activité de récupération et coincer les receleurs. mais leur activité de récupération des métaux est utile. Enfin, ils s'investissent dans la construction de leurs logements, aussi pauvres soient ils.

  • M4841131 le vendredi 23 aout 2013 à 18:41

    Jean-Marc Ayrault est convenu lors d'une visite en Roumanie début juillet de renforcer la coopération judiciaire et policière avec Bucarest pour "lutter contre la criminalité organisée qui exploite des êtres humains à la mendicité, à des trafics ou à la prostitution".===> oh, bein, alors, c'est réglé ...................

  • michevey le vendredi 23 aout 2013 à 18:37

    Ce n'est pas la question qu'il faut évacuer, mais les Roms !

  • M2683479 le vendredi 23 aout 2013 à 18:29

    j’hésite entre "à votre bon cœur Messieurs Dames " ou " j'ai déjà donné".