La publication d'un rapport sur la CIA inquiète les USA

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par Mark Hosenball et Jeff Mason WASHINGTON, 9 décembre (Reuters) - Le rapport du Sénat américain qui sera présenté ce mardi sur les techniques d'interrogatoire utilisées pendant des années par la CIA évoque des méthodes controversées allant jusqu'aux menaces d'agression sexuelle, a-t-on appris de plusieurs sources ayant connaissance du document. Ce rapport, publié à l'initiative des membres démocrates de la commission du Renseignement au Sénat, décrit aussi comment Abdel Rahmane al Nachiri, soupçonné d'être un haut dirigeant d'Al Qaida et d'avoir participé à l'attaque contre le destroyer USS Cole en 2000, a été menacé avec une perceuse électrique pendant certains interrogatoires, même si l'engin n'a jamais été utilisé, ont ajouté ces sources. Il explique aussi qu'au moins un suspect a été menacé d'agression sexuelle avec un manche à balai, ont-elles poursuivi. Craignant que la publication du document ne déclenche des réactions d'hostilité dans le monde entier, les autorités américaines ont pris des mesures de précaution pour assurer la sécurité de leurs installations, les agences de renseignement ayant diffusé lundi un bulletin secret de mise en garde. "Certains éléments montrent que (...) la publication du rapport pourrait conduire à un risque accru pour les installations et les personnels américains partout dans le monde", a déclaré lundi Josh Earnest, porte-parole de la Maison blanche. Certaines méthodes évoquées dans le rapport sénatorial vont au-delà des techniques spécifiquement autorisées par la présidence, la CIA et le ministère de la Justice, ont précisé plusieurs sources ayant connaissance du document. Josh Earnest a réaffirmé que Barack Obama était favorable à la publication du rapport "afin que les gens, dans le monde entier et ici, comprennent exactement de quoi il retourne". Les membres démocrates de la commission du Renseignement doivent publier dans la journée sur internet ce rapport d'environ 500 pages, ainsi que les critiques d'élus républicains et des explications de la CIA. POUR OBAMA, CES MÉTHODES "N'EN VALAIENT PAS LA PEINE" Ce document, dont l'élaboration a demandé plusieurs années, retrace l'histoire du programme "Rendition, Detention and Interrogation" ("Extradition, détention et interrogatoires") de la CIA , autorisé par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. George W. Bush lui-même a mis un terme à plusieurs volets de ce programme avant de quitter la présidence et début 2009, Barack Obama, peu de temps après son entrée en fonctions, a mis fin aux "techniques d'interrogatoire renforcées", assimilées à la torture par nombre de critiques. Le rapport sénatorial conclut que ces techniques n'ont permis d'obtenir aucun renseignement qui n'aurait pas pu l'être par des méthodes non coercitives. Mais cette conclusion est contestée par de nombreux responsables du renseignement et de la lutte anti-terroriste, selon lesquels il ne fait aucun doute que de tels interrogatoires ont permis des avancées importantes. Pour Barack Obama, quelle que soit l'efficacité des méthodes d'interrogatoire employées, "l'utilisation de ces techniques n'en valait pas la peine en raison du préjudice causé à nos valeurs nationales", a dit Josh Earnest. Le rapport évoque plusieurs cas dans lesquels des détenus de la CIA ont subi des simulacres d'exécution, une pratique qui n'a jamais été autorisée sous la présidence de George W. Bush, ont dit les sources. Certaines méthodes autorisées ont en outre été parfois poussées à l'extrême, comme dans le cas d'Abou Zoubaïdah, un Palestinien soupçonné de collaborer avec Al Qaida, qui a été maintenu éveillé et interrogé sans discontinuer pendant cinq jours, explique le rapport. L'application des règles fixées par Washington a été laxiste durant les premiers mois de mise en oeuvre du programme de la CIA, à partir d'août 2002, ont précisé des sources, ajoutant qu'un système rigoureux de surveillance n'avait été mis en place que début 2003. Au-delà du rapport publié mardi, quelque 6.000 pages de compte-rendus et d'études de cas individuels de la commission sénatoriale resteront confidentielles. (avec Roberta Rampton, Steve Holland and; David Alexander, Marc Angrand pour le service français)

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  • v.sasoon le mardi 9 déc 2014 à 17:01

    tu parles, perceuse pas utilisée, la cia soutient les mercenaires ukrainiens (et syriens) qui torturent des civils