La psychiatre d'un meurtrier condamnée en justice

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par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné mardi à un an de prison avec sursis une psychiatre pour "homicide involontaire" après qu'un de ses patients a commis un meurtre, une "première" qui pourrait avoir d'importantes conséquences.

Le docteur Danièle Canarelli, 58 ans, exerçant au centre hospitalier marseillais Edouard Toulouse, a été reconnue coupable de "faute caractérisée" dans la mort de Germain Trabuc, qui avait été tué par Joël Gaillard, l'un de ses patients.

L'octogénaire a été tué à coups de hache le 9 mars 2004 à Gap (Hautes-Alpes), vingt jours après que son meurtrier s'était enfui à l'occasion d'une consultation avec son médecin, qui aurait dû selon le tribunal placer son patient dans une unité pour malades difficiles, ce qui aurait permis de le surveiller.

"On a un médecin confronté à une énigme qui ne pose pas de diagnostic", a affirmé le président du tribunal, Fabrice Castoldi, à la lecture du délibéré. "Elle est à l'origine de l'errance du patient, de la fuite de l'établissement puis du passage à l'acte qui a conduit à l'assassinat."

Dans son délibéré d'une trentaine de pages, le tribunal s'est attaché à présenter de façon détaillée le parcours médical du patient et le contenu de deux expertises.

Les experts résument l'histoire psychiatrique du meurtrier "à une série d'hospitalisations sous contrainte en réponse à une escalade de passages à l'acte de gravité croissante", pour faire ressortir les "éléments factuels permettant de retenir la faute caractérisée" du docteur Canarelli.

Selon Fabrice Castoldi, le praticien hospitalier avait la possibilité de "faire la demande de placement en unité pour malades difficiles", ou encore de "confier le patient à une autre équipe" comme le suggérait l'un de ses confrères.

"Le docteur s'est arc-bouté sur ses positions, son attitude a confiné à l'aveuglement", a-t-il ajouté pour justifier la condamnation du médecin à un an de prison avec sursis.

"UNE SUCCESSION D'ÉCHECS"

Le tribunal a eu une vision particulièrement critique de la relation du médecin avec son patient, une "période de quatre années (qui) a été marquée par une succession d'échecs".

Il estime que, "contrairement à d'autres médecins ou catégories de médecins qui doivent agir et réagir dans l'urgence", Danièle Canarelli a eu le temps de connaître son patient et a pu s'appuyer sur des informations de ses confrères.

"Elle a aussi pu mesurer, à l'aune des ses premiers échecs, les faiblesses de son approche thérapeutique initiale", poursuit le document que Reuters a pu consulter. "Pour autant, la prévenue est restée dans l'incapacité de poser un diagnostic et donc de délivrer au patient un traitement adapté à son état."

Le tribunal, dont la décision est conforme au réquisitoire prononcé par le procureur à l'audience en novembre, a également condamné le praticien à verser respectivement 7.500 euros et 1.000 euros à Michel et Claude Trabuc, les fils de la victime.

"Le tribunal ne juge pas la psychiatrie, mais un cas d'espèce avec le comportement d'un médecin", a pris soin de préciser Fabrice Castoldi.

Cette "première" en France dans le monde médical pourrait avoir des répercussions sur le suivi des malades.

"Très clairement, si le psychiatre vit dans la crainte d'être condamné par un tribunal, cela aura des conséquences très concrètes avec un durcissement probable des mesures prises envers les patients", a estimé l'avocat de la prévenue, Me Sylvain Pontier, qui a annoncé son intention de faire vraisemblablement appel du jugement.

"L'émotion a pris le pas sur la raison et le droit. Il y a une volonté expiatoire de trouver un coupable à tous prix", a regretté le défenseur de Danièle Canarelli, qui n'était pas présente au tribunal.

A l'inverse, le fils de la victime espère que cette décision fera jurisprudence.

"Quand on connaît le passé des malades mentaux dangereux, il ne faut pas faire n'importe quoi et assurer un vrai suivi", a estimé Michel Trabuc. "Le risque zéro n'existe pas, mais j'espère que cela fera avancer la psychiatrie et, surtout, que cela ne se reproduira jamais."

Edité par Yves Clarisse

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  • M2179486 le mardi 18 déc 2012 à 19:59

    ça c'est une bonne nouvelle ! Voilà que les psy, docteurs, spécialistes de tout poil vont être confronté à leurs responsabilités !!! Si on pouvait faire de même avec les juges, ça ferait peut-être avancer les choses !!!