La prostitution se développe en France avec le crime organisé

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par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'exploitation sexuelle se développe sous de multiples formes en France du fait le plus souvent du crime organisé et une

réforme législative est indispensable pour lutter contre ce phénomène, estime une fondation spécialisée dans un rapport.

Les 18.000 à 20.000 prostituées que compterait le pays viennent désormais du monde entier, du fait d'une mondialisation croissante de l'activité. Elles travaillent plus souvent en périphérie des grandes villes, dans les forêts ou dans de faux "salons de massage",

dit la fondation Scelles.

Alors que le débat est relancé par des affaires médiatisées, comme l'enquête sur un possible réseau de proxénétisme lié au Carlton de Lille,

la fondation souligne le climat de violence et de misère dans lequel vivent les prostituées.

"Je n'ai pas rencontré une seule prostituée qui s'épanouissait. Si la prostitution heureuse existe, je ne l'ai jamais rencontrée", a dit à

Reuters Yves Charpenel, avocat général à la Cour de cassation et président de cette fondation.

Il dit avoir en revanche constaté dans son activité des pratiques brutales comme l'acheminement massif et soudain d'Equatoriens ou

d'Européennes de l'Est vers des villes françaises, ou le cas d'une jeune Serbe qui a été vendue 12 fois entre gangs et a subi trois avortements

forcés et des violences à l'arme blanche.

L'exploitation sexuelle est selon la fondation en plein expansion, car elle rapporte beaucoup, dit-elle selon les chiffres obtenus par

croisements de statistiques publiques. Une prostituée rapporterait en France en moyenne 150.000 euros nets par an à son souteneur.

Les profits sont très variables, puisque, selon un processus économique classique de diversification des "produits", ils peuvent aller de cinq

euros la passe sur le périphérique parisien à plusieurs milliers d'euros dans les grands hôtels. La mondialisation ouvre des perspectives, selon

Yves Charpenel.

"Le potentiel de développement de la traite est immense", dit-il.

LA CHINE, NOUVELLE VENUE EN FRANCE

Le "rapport mondial sur l'exploitation sexuelle", premier du genre publié par la fondation, souligne que l'action publique est très limitée en

France sur le phénomène, avec une trentaine de réseaux criminels démantelés chaque année.

Des organisations criminelles d'Afrique centrale, d'Afrique du Nord, des Balkans et d'Amérique du Sud sont aujourd'hui rejointes en

France par celles de Chine, dont l'importance connaît une croissance remarquable, dit le rapport.

Selon Yves Charpenel, la technique constatée par la police française est de faire venir en France de jeunes immigrées chinoises avec des

titres de séjours légaux et en vue d'un emploi, mais avec une énorme dette de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers d'euros qui doit être

remboursée.

Une expansion de la prostitution chinoise est visible ces derniers mois dans certains quartiers de Paris.

L'utilisation des bars à hôtesses et des salons de "massages" pour la prostitution (130 à Paris actuellement) permet de contourner la loi, de

même que l'utilisation d'internet, dit le rapport.

L'image du "libertinage" serait illusoire car sur les 10.000 adresses de ce genre en France, seules 4.000 seraient liées à des prostituées

indépendantes, selon un sociologue, Laurent Mélito, cité par la fondation.

Quant au phénomène de la prostitution d'étudiantes finançant leurs études en vendant leurs charmes sans proxénètes, dont ont fait état

des médias sur la base de cas particuliers, la fondation conclut qu'il est impossible à quantifier.

La fondation se prononce pour l'instauration de poursuites contre les clients des prostituées, mais pas pour l'interdiction de la prostitution

elle-même, qui serait selon elle sans effet et aurait l'inconvénient majeur à ses yeux de punir des victimes, alors qu'un mouvement se dessine

en ce sens.

Elle juge surtout utile de développer l'aide aux prostituées. "Aucun service public n'accueille aujourd'hui les prostituées", rappelle Yves

Charpenel. Une prostituée dénonçant ses exploiteurs doit attendre leur condamnation judiciaire définitive pour obtenir un titre de séjour.

Edité par Yves Clarisse

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