La prise d'otages se poursuit à Nairobi, au moins 68 morts

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LA PRISE D'OTAGES SE POURSUIT À NAIROBI
LA PRISE D'OTAGES SE POURSUIT À NAIROBI

par Richard Lough et Edmund Blair

NAIROBI (Reuters) - Des activistes islamistes étaient toujours retranchés avec des otages dimanche soir dans un centre commercial de Nairobi, où au moins 68 personnes, dont deux Françaises, ont été tuées dans cette attaque revendiquée par les Chabaab somaliens.

Ces derniers disent agir en représailles à l'intervention du Kenya en Somalie voisine depuis octobre 2011 contre les islamistes liés à Al Qaïda et demandent le retrait des troupes kényanes.

Il seraient une dizaine d'hommes - et peut-être de femmes - barricadés dans un supermarché du contre commercial avec un certain nombre d'otages. Une chaîne de télévision kényane a avancé le nombre de 30 otages encore retenus, près de 36 heures après le début de l'attaque.

Dimanche à la tombée de la nuit, deux hélicoptères survolaient le centre commercial de Westgate dont plusieurs magasins appartiennent à des Israéliens et qui est fréquenté par de nombreux expatriés et des Kényans aisés.

Mais malgré un commentaire d'une agence de sécurité kényane sur Twitter suggérant une opération imminente, la soirée s'est déroulée sans signes d'une action d'envergure.

Outre les morts, 175 personnes ont été blessés, dont des enfants, lors de cette attaque qui a commencé lorsque les assaillants ont fait irruption samedi midi à un moment où le centre commercial était bondé. Selon un témoin, ils ont crié aux musulmans de quitter les lieux avant d'ouvrir le feu.

Dimanche, l'attention des forces de l'ordre se concentrait sur un supermarché Nakumatt, l'une des principales chaînes de distribution du pays. Selon un bénévole de la Croix-Rouge, neuf corps supplémentaires ont été retirés du magasin dimanche soir, ce qui, a indiqué la Croix-Rouge, a porté le bilan à 68 morts.

D'autres cadavres, impossibles à atteindre dans l'immédiat, se trouvent à l'intérieur, estiment les secouristes.

PREMIÈRE CRISE POUR LE PRÉSIDENT KÉNYAN

La Grande-Bretagne, qui a annoncé la mort de trois de ses ressortissants, a dit s'attendre à un bilan plus lourd par la voie de son Premier ministre David Cameron.

Le président américain Barack Obama a appelé dimanche son homologue kényan Uhuru Kenyatta pour exprimer ses condoléances et a proposé son aide pour faire en sorte que les responsables de pour cette "attaque terroriste" soient jugés.

L'assaut, lancé en pleine remise des prix d'un concours de cuisine pour enfants, a été suivi d'une intense fusillade et des coups de feu ont continué à retentir pendant plusieurs heures, puis des membres des services de sécurité sont parvenus à pénétrer dans le centre où ils ont entrepris de fouiller les boutiques une à une.

Pendant des heures, des cadavres sont restés à même le sol dans les restaurants du centre commercial, où continuait de résonner une musique d'ambiance.

Le calme qui était revenu durant une bonne partie de la nuit de samedi à dimanche a été brisé dans la matinée par une fusillade d'une trentaine de secondes, a rapporté un journaliste de Reuters se trouvant à proximité du centre commercial, dont plusieurs boutiques appartiennent à des Israéliens.

Quelques instants plus tard, des militaires en tenue de camouflage se sont précipités sous la terrasse d'un restaurant devant la façade du bâtiment.

De nombreux curieux se sont rassemblés aux abords du centre dans l'attente d'un dénouement qu'ils prédisent violent. "Ils sont entrés par le sang, ils sortiront par le sang", a dit un vigile, Jonathan Maungo.

EXPERTS ISRAÉLIENS

Il s'agit de la première crise d'envergure pour le président Uhuru Kenyatta, élu en mars, qui a précisé dans une allocution télévisée que certains de ses proches figuraient parmi les morts.

"Nous avons surmonté d'autres attaques terroristes", a-t-il rappelé, évoquant l'attentat de 1998 contre l'ambassade des Etats-Unis à Nairobi qui a fait plus de 200 morts.

Quatre ans plus tard, la cellule d'Al Qaïda responsable de cet acte s'était attaquée à un hôtel de Mombasa appartenant à un Israélien et avait tenté d'abattre un avion de la compagnie israélienne El Al.

Prenant de nouveau la parole dans l'après-midi, Uhuru Kenyatta a déclaré qu'il "ne cédera(it) pas dans la guerre contre le terrorisme" et qu'il ne retirerait pas les forces kényanes de Somalie.

Affirmant que tous les assaillants étaient désormais regroupés dans un seul lieu, il a jugé que le Kenya avait "une chance aussi bonne que nous pouvons l'espérer de neutraliser avec succès les terroristes".

Tandis qu'il s'exprimait, des coups de feu ont de nouveau retenti à l'intérieur du centre commercial, dans lequel venait de pénétrer une dizaine de membres de forces de l'ordre en tenues de camouflage.

A Paris, l'Elysée a annoncé que deux Françaises, une mère et sa fille, avaient été tuées dans "cet acte ignoble". Cinq Français ont réussi à s'échapper. (voir )

Parmi les victimes, figurent deux diplomates, un Canadien et un Ghanéen, le poète Kofi Awoonor. La femme d'un diplomate américain a aussi été tuée et plusieurs Américains ont été blessés, a dit John Kerry, le secrétaire d'Etat américain.

Des experts israéliens conseillent les autorités kényanes, a-t-on appris de source proche des services de sécurité israéliens. "Des conseillers israéliens aident à l'élaboration de la stratégie de négociation mais aucun Israélien n'est impliqué dans un quelconque assaut imminent", a dit cette source.

Seule "une poignée" d'Israéliens se trouvent sur place, "purement dans un rôle consultatif", a-t-elle ajouté.

Al Chabaab a exclu de négocier. Le porte-parole des opérations militaires d'Al Chabaab a déclaré à Reuters en Somalie que son groupe ne craignait rien. "D'où Uhuru Kenyatta a-t-il tiré le pouvoir par lequel il nous menace ?", a déclaré Sheikh Abdiasis Abu Musab.

Avec James Macharia, Kevin Mwanza, Drazen Jorgic et Duncan Miriri; Jean-Philippe Lefief, Bertrand Boucey et Danielle Rouquié pour le service français

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