La pression monte en faveur d'un remaniement

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LA PRESSION MONTE EN FAVEUR D'UN REMANIEMENT
LA PRESSION MONTE EN FAVEUR D'UN REMANIEMENT

PARIS (Reuters) - François Hollande reste sous la pression de l'affaire Cahuzac et son engagement en faveur d'un "choc de moralisation", favorablement accueilli par les Français, n'est pas à la hauteur de "l'électrochoc" rendu nécessaire par cette crise politique, estiment personnalités politiques et analystes.

Six Français sur dix souhaitent un remaniement gouvernemental, selon une enquête Ifop pour Le Journal du Dimanche, un scénario réclamé par la droite que le chef de l'Etat a écarté dans l'immédiat au motif que la faute de l'ex-ministre du Budget, qui a reconnu détenir un compte à l'étranger, n'engageait pas l'équipe de Jean-Marc Ayrault.

François Hollande, dont son entourage assure qu'il tient bon dans la tourmente, a appelé samedi à "l'exemplarité" républicaine lors d'un déplacement dans son ancien fief corrézien de Tulle.

Un projet de loi devrait prochainement transcrire les mesures annoncées mercredi dernier au lendemain des "aveux" de Jérôme Cahuzac, notamment la publication automatique des déclarations de patrimoine des ministres et des parlementaires et l'interdiction de tout mandat public pour les élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, a appelé vendredi à un référendum sur la moralisation de la vie politique, mais l'initiative, risquée pour le chef de l'Etat, rencontre peu d'écho.

"Attention, il faudra accepter d'en tirer toutes les conséquences si le 'non' l'emporte, comme en son temps le général de Gaulle", déclare le député UMP Laurent Wauquiez dans Le Journal du Dimanche.

"INÉLUCTABLE"

François Bayrou, qui a lancé mercredi une pétition pour obtenir une loi de moralisation de la vie publique, estime que François Hollande doit aller plus loin en remaniant son gouvernement.

"Il y a un moment où le remaniement devient inéluctable, en particulier si l'on fait ce que je crois absolument indispensable, c'est-à-dire reprendre toutes les questions de moralisation", a déclaré le président du MoDem sur France 2.

Pour Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à l'avènement d'une VIe République avec possibilité d'un "référendum révocatoire", le talon d'Achille de l'exécutif est Pierre Moscovici, le ministre de tutelle de Jérôme Cahuzac, qui a démissionné de ses fonctions le 19 mars et a été mis en examen le 2 avril pour blanchiment de fraude fiscale, notamment.

Le ministre de l'Economie et des Finances s'est une nouvelle fois défendu dimanche de toute complaisance dans l'enquête demandée aux autorités suisses sur le compte, alors présumé, de Jérôme Cahuzac.

"Si j'étais le chef du gouvernement, c'est clair qu'il ne serait pas le ministre de l'Economie et des Finances. On ne peut pas garder quelqu'un qui ne sait ni tenir tête aux Allemands, ni faire une enquête de fisc", a dit le coprésident du Parti de gauche sur Radio J.

"NUL"

Pour Jean-Luc Mélenchon, qui rejette la proposition d'Harlem Désir ("une manière de dire que les élus sont tous suspects"), François Hollande a été "nul" dans cette affaire.

"La preuve, c'est que la justice en quinze jours et Mediapart en quatre mois ont trouvé ce qu'eux n'ont pas réussi à être capables d'établir en un an", a-t-il dit à propos de Jérôme Cahuzac. Sur Canal+, l'ancien Premier ministre UMP Alain Juppé s'est étonné que les agissements de l'ex-ministre aient pu échapper à "la sagacité" du chef de l'Etat.

Un proche de François Hollande admettait avant le week-end qu'un remaniement gouvernemental, défendu en privé par plusieurs ministres et élus socialistes, aurait "du sens" dans un climat "très mauvais".

"Tout le monde est unanime à considérer que ce gouvernement n'a plus de crédibilité", a déclaré le président de l'UMP, Jean-François Copé, sur BFM TV.

"François Hollande doit absolument prendre l'initiative de changer son équipe gouvernementale", a-t-il ajouté, qualifiant d'"écran de fumée" les mesures annoncées mercredi.

"Rien dans ces mesures n'aurait permis d'empêcher qu'une affaire Cahuzac se produise", a-t-il jugé.

"Remanier, oui, à condition de changer de politique", a complété Alain Juppé sur Canal+.

Réponse du ministre du Travail, Michel Sapin, sur France Inter: "Le manquement d'un homme n'est pas le manquement d'une politique".

Sophie Louet

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