La pression grandit sur les pesticides, impliqués dans des maladies graves

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Walter G Arce/shutterstock.com
Walter G Arce/shutterstock.com

(AFP) - Les pesticides sont de nouveau pointés du doigt dans une vaste expertise de l'Inserm établissant un lien avec plusieurs maladies graves comme des cancers, qui pourrait relancer le débat sur leur autorisation de commercialisation.

Cancer de la prostate et autres (lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples), maladie de Parkinson : pour ces pathologies, l'Inserm avance une "présomption forte" de lien avec l'usage de pesticides chez les professionnels qui les manipulent (agriculteurs ou fabricants).

Des problèmes de fertilité sont également mis en avant chez les professionnels.

Le reste de la population n'est pas épargnée, via l'alimentation ou l'exposition au domicile, notamment les femmes enceintes, avec un risque accru pour leurs enfants de développer une leucémie, une tumeur cérébrale ou une malformation génitale.

L'Inserm, qui a passé en revue la littérature scientifique existante, recommande "d'améliorer les connaissances sur l'exposition des populations".

Malgré le lancement en 2008 du plan Ecophyto, la France reste le premier consommateur de pesticides (herbicides, fongicides et insecticides) en Europe.

Ecophyto vise une réduction par deux de l'usage de ces produits d'ici 2018, mais en 2011 leur consommation a augmenté de 2,5% dans l'Hexagone.

Plus de 90% des ces produits sont utilisés dans l'agriculture, le reste par les collectivités et les jardiniers amateurs.

Vendredi, les trois ministres de la Santé, de l'Agriculture et de l'Ecologie ont réagi prudemment en indiquant avoir saisi l'Anses (agence de sécurité sanitaire) pour évaluer "l'impact de ces nouvelles données sur les autorisations nationales existantes".

Au niveau européen, ils transmettront "ces nouveaux éléments" en vue de la réévaluation des substances actives autorisées au niveau communautaire".

"Un règlement européen, qui se met actuellement en place, va nous obliger à revoir toutes les molécules, comme par le passé", fait remarquer Jean-Charles Bocquet, le directeur général de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP, fabricants).

"La science évolue" et "il est important de faire évoluer les autorisations lorsque cela est nécessaire", reconnaît le représentant des professionnels pour qui le rapport de l'Inserm ne contient pas "de révélations nouvelles de nature dramatique".

"Pas toujours utilisés comme il faut"

"Les molécules les plus souvent citées sont des molécules anciennes, qui ont déjà disparu du marché", avance-t-il, précisant que "sur les 1.000 molécules présentes au début des années 80, il en reste 250".

Tout en étant interdites, certaines substances très persistantes comme le DDT ou le chrlordécone, continuent d'être détectées dans la nature.

"Pour les molécules encore sur le marché, les conditions d'emploi ont été réduites, les formulations ont été changées, si bien que les risques annoncés existent mais sont gérés", assure-t-il.

L'UIPP reconnaît toutefois que des progrès doivent être faits sur les conditions d'utilisation. "Historiquement des produits apportaient des solutions un peu miraculeuses, on ne les a pas toujours recommandés comme il fallait et les agriculteurs ne les ont pas toujours utilisés comme il faut", selon M. Bocquet.

Un rapport parlementaire d'octobre 2012 ("Pesticides: vers le risque zéro") affirmait que les dangers et risques des pesticides pour la santé étaient "sous-évalués" et que les protections n'étaient "pas à la hauteur des dangers".

Mais selon Paul François, céréalier dans les Charentes et président de Phyto-victimes, "les recommandations d'utilisation sont inapplicables, sauf à travailler en tenue de cosmonaute, et les fabricants le savent".

Phyto-victimes estime qu'après "les lanceurs d'alertes, la mission parlementaire, la pétition des médecins du Limousin, l'expertise de l'Inserm met clairement en évidence le lien entre des pesticides et certaines pathologies".

L'association demande que soient déclarées maladies professionnelles du régime agricole toutes les pathologies listées dans cette publication. "Il faut sortir du déni", estime Paul François.

Pour Génération Futures, "cette publication sans appel qui montre la réalité du danger des pesticides doit conduire à une action publique plus forte et rapide" pour réduire leur usage. L'ONG plaide elle pour interdire l'usage des pesticides par les collectivités - certaines l'ont déjà fait - et les particuliers.

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