La presse s'interroge sur les lendemains de ce "dimanche inouï"

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PARIS, 12 janvier (Reuters) - "Quelque chose d'inouï s'est passé dans les rues de France", s'émeut Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, dans son éditorial de lundi, au lendemain de manifestations d'une ampleur sans précédent pour dénoncer les attentats de la semaine dernière. "Contre la violence, contre l'obscurantisme, contre la division des communautés, le pays de Voltaire et de Cabu s'est soulevé dans un immense élan civique", poursuit-il, résumant le sentiment d'une presse nationale qui s'interroge toutefois sur les lendemains de cette immense mobilisation. "En frappant l'équipe de Charlie, en tuant quatre Français juifs, en abattant des policiers, les assassins ont porté atteinte aux fondations de la République, l'expression libre, la protection des minorités et l'acceptation des différences, l'ordre pacifique maintenu par une police républicaine. "Le pur diamant de cette journée fraternelle va-t-il s'évanouir comme dans un rêve ?". Laurent Joffrin est convaincu du contraire. Cette mobilisation, assure-t-il, restera dans les mémoires comme "un sémaphore démocratique!" "Comment la faire fructifier ? C'est tout simple: combattre, tous les jours, ici et maintenant, demain et plus tard, avec force, avec patience, la peste identitaire. Chacun a droit à sa patrie, à sa religion, à sa tradition, à ses racines. Personne n'a le droit de les imposer aux autres. Le principe qui nous réunit le plus, les Français l'ont dit avec force, c'est l'acceptation des différences", ajoute l'éditorialiste. "DANS LE DEUIL, LA FAMILLE SE RETROUVE" Pour Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro, les millions de manifestants qui ont défilé dimanche sont venus "crier silencieusement leur attachement viscéral aux principes démocratiques et républicains". "Dans le deuil, la famille se retrouve ; elle n'oublie pas ses différences qui demain reprendront légitimement leurs droits - c'est cela, la démocratie - mais soudain elle s'unit parce que l'essentiel est en jeu", dit-il. Sous le titre "Vivre libre", Guillaume Goubert parle lui aussi dans La Croix d'un "moment inouï", qui a vu "des foules immenses d'hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, de toute opinion, de toute religion, de toute condition et de toute nationalité (...) affronter la barbarie qui a tué les collaborateurs d'un journal satirique, des policiers, des clients d'un supermarché casher". "Le symbole était évidemment magnifique et la responsabilité des élus, demain, sera considérable pour maintenir cette cohésion et engager les actions nécessaires pour mettre fin à la menace terroriste. "Ce sentiment d'unité est bien sûr terriblement fragile. Peu de chose suffira pour que les querelles et l'acrimonie reprennent le dessus. Mais il est permis d'espérer. Cela relève de chacun d'entre nous. Il faut chaque jour, partout, préférer la concorde à la division, choisir la bienveillance plutôt que la méfiance. C'est ainsi que nous serons fidèles à ceux qui sont tombés", ajoute-t-il. LA RÉPUBLIQUE À RECONSTRUIRE Pour Philippe Mabille, rédacteur en chef de La Tribune, "tout commence en ce lundi 12 janvier". "Banlieues difficiles, prisons, éducation, c'est toute la république et le «vivre ensemble» qui est à reconstruire et les événements que le pays vient de traverser vont changer la face de la fin du quinquennat de François Hollande", prédit l'éditorialiste. Le chef de l'Etat, poursuit-il, va devoir répondre "à la demande de sécurité que va lui adresser la population". "La question sécuritaire va prendre le dessus sur tout autre considération, y compris économiques", promet Philippe Mabille, selon lequel la menace terroriste va "forcément peser sur le climat des affaires à un moment décisif pour la reprise économique". La France, dit-il, va devoir réviser en profondeur sa politique pénitentiaire "alors que nos prisons sont le chaudron où naissent les vocations au djihad", et répondre au "sentiment d'abandon et de désespérance sociale des jeunes de nos banlieues". "Tout un programme qui prendra bien sûr du temps. Et pourrait bien fissurer l'union nationale entre les partis politiques alors que chacun voudra récupérer à son avantage la force du mouvement qui s'est levé ce dimanche", ajoute-t-il. (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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  • knbskin le lundi 12 jan 2015 à 07:42

    Vive la liberté d'expression sur Bourso ! Il est clair que ces gigantesques manifestations reposaient sur l'émotion et un gigantesque malentendu, personne ne manifestant pour la même chose. Mais bon, on a l'habitude. :(

  • M2606534 le lundi 12 jan 2015 à 06:55

    De plus en plus de censure, je vois...