La présidentielle, un match à trois pour l'instant

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LA PRÉSIDENTIELLE, UN JEU À TROIS, POUR L'INSTANT
LA PRÉSIDENTIELLE, UN JEU À TROIS, POUR L'INSTANT

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A 90 jours de l'élection présidentielle française, tout se passe comme s'il n'y avait que trois candidats en course pour le second tour, avec un socialiste en favori, un président sortant en challenger et une candidate d'extrême droite en trouble-fête.

Les analystes jugent certes prématuré d'enterrer le centriste François Bayrou, crédité de 12 à 13% des voix au premier tour par les sondages, loin derrière ses concurrents.

Mais pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut Ifop, il ne fait guère de doute que la campagne se résume maintenant à un "jeu à trois", alors même que le chef de l'Etat n'a pas encore officialisé sa candidature.

Il s'appuie sur l'enquête quotidienne Ifop-Fiducial pour l'hebdomadaire Paris-Match, qui créditait vendredi François Hollande de 26,5% d'intentions de vote au premier tour, Nicolas Sarkozy de 23% et la présidente du Front national de 21%.

"On observe un resserrement de l'écart entre les trois premiers candidats", souligne Frédéric Dabi, pour qui cela rend incertain l'ordre d'arrivée au soir du 22 avril, alors que plus de 40% des sondés disent pouvoir encore changer d'avis d'ici là.

En janvier 2007, cet écart était beaucoup plus important - 20 points - entre Nicolas Sarkozy et le candidat à l'époque en troisième position, François Bayrou, ce qui ramenait de facto la présidentielle à un duel entre le candidat de l'UMP et son adversaire socialiste d'alors, Ségolène Royal.

L'EFFET "DISCOURS DU BOURGET"

Pour Jérôme Sainte-Marie, directeur du département opinion de l'institut CSA, la prestation du candidat socialiste dimanche au Bourget, lors de son premier grand discours de campagne, est plutôt de nature à maintenir le président du MoDem hors du jeu pour la qualification au second tour de la présidentielle.

Ce discours "a été un acte politique très positif pour François Hollande", qui "a su surprendre", estime-t-il. "Cela ne rapproche pas François Bayrou du deuxième tour."

Pour Mariette Sineau, chercheur au CNRS, la question est en effet de savoir "jusqu'où ira Bayrou", qui a bénéficié jusqu'ici dans les sondages d'un élan certain.

"Est-ce que le discours du Bourget va stopper son dynamisme ?" se demande-t-elle. "François Hollande a une marge de manoeuvre dans l'électorat de Bayrou. Il a beaucoup parlé de réduction des déficits, qui est le leitmotiv de Bayrou."

Pour Jérôme Sainte-Marie, cependant, si le président du MoDem reste crédité de 12% des voix au premier tour, cela reste "une donnée à prendre en compte".

Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de Harris-Interactive, est plus prudent encore.

"Aujourd'hui, oui, c'est un match à trois. Mais on ne peut pas garantir que ce sera encore le cas en avril", explique-t-il. "Bayrou a franchi un premier palier. Il va être intéressant de voir s'il peut en franchir un deuxième."

FRAGILITÉS

Les derniers sondages d'opinion, s'ils ont confirmé la position du trio de tête, ont aussi révélé les fragilités du président Nicolas Sarkozy et de ses futurs adversaires.

Le chef de l'Etat est ainsi distancé par le candidat socialiste et la présidente du FN dans les catégories de la "France au travail" qu'il avait su séduire en 2007 - personnes de 35 à 49 ans, ouvriers, etc. - et qui sont aujourd'hui inquiètes des conséquences de la crise.

François Hollande, flanqué sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon et sur sa droite par François Bayrou, susceptibles de lui prendre des voix, doit encore répondre aux interrogations de l'opinion sur sa personnalité, sa capacité à décider et son programme, même s'il y a en partie répondu dimanche.

Quant à Marine Le Pen, elle pâtit d'un défaut de crédibilité de son programme économique et de la volatilité des électeurs qui se disent prêts aujourd'hui à voter pour elle - une volatilité qu'elle a en partage avec François Bayrou

Un tableau que l'ancien député européen centriste Jean-Louis Bourlanges, professeur à l'Institut de sciences politiques de Paris, nuance quelque peu.

Il estime que, même qualifiée pour le second tour, Marine Le Pen ne serait pas plus éligible aux yeux de la grande majorité des Français que ne l'était son père, Jean-Marie Le Pen.

Il ne croit pas non plus à la réélection de Nicolas Sarkozy, ce qui laisse, selon lui, François Hollande en position de grand favori. Mais il n'exclut pas totalement que François Bayrou profite d'un accès de faiblesse du chef de l'Etat et revienne dans le jeu à la faveur d'un vote "sauve-qui-peut" de la droite.

"Ce n'est pas le scénario le plus probable", admet cependant Jean-Louis Bourlanges.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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