La présidentielle avancée en Egypte, la violence perdure

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L?ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AVANCÉE EN ÉGYPTE
L?ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AVANCÉE EN ÉGYPTE

par Asma Alsharif et Shadia Nasralla

LE CAIRE (Reuters) - L'élection présidentielle en Egypte se tiendra avant les législatives, a annoncé dimanche le président par intérim Adli Mansour, une inversion du calendrier électoral susceptible de favoriser l'accession au pouvoir du chef d'état-major de l'armée, le général Abdel Fattah al Sissi.

La feuille de route établie par les militaires après le renversement du président islamiste Mohamed Morsi le 3 juillet prévoyait l'inverse mais les partisans du général Sissi n'ont eu de cesse de réclamer la tenue en priorité d'un scrutin présidentiel afin de doter le pays d'un nouvel homme fort, trois ans après la chute d'Hosni Moubarak.

Les Egyptiens s'attendent désormais à ce que le général Sissi, ancien chef du renseignement militaire sous Hosni Moubarak, annonce sous peu sa candidature à la présidentielle, dont il deviendrait alors le grand favori. Ses opposants, libéraux ou islamistes, craignent un retour à une forme de pouvoir autoritaire comme au temps d'Hosni Moubarak.

"J'ai pris ma décision d'amender la feuille de route vers l'avenir dans le sens que nous commencerons par organiser l'élection présidentielle en premier, suivie par des élections législatives", a dit Adli Mansour dans une allocution télévisée, sans préciser la date du scrutin.

Les préparatifs de cette élection sont censés débuter dans un délai de 90 jours après l'adoption mi-janvier d'une nouvelle Constitution par référendum, à une écrasante majorité mais avec une participation relativement faible.

Une élection d'Abdel Fatah al Sissi à la présidence marquerait le retour d'un militaire à la tête de l'Etat. L'armée a fourni à l'Egypte tous ses présidents depuis le renversement de la monarchie en 1952 jusqu'à celui d'Hosni Moubarak en 2011.

"ÉLECTION PRÉSISSIDENTIELLE"

"C'était une initiative attendue étant donné la multiplication des signaux indiquant que Sissi est en train d'être préparé à devenir le prochain président", a commenté l'activiste libéral Khaled Dawoud.

Le mouvement du 6-Avril, qui a joué un rôle essentiel dans le soulèvement contre Hosni Moubarak, a pour sa part manié l'ironie pour critiquer cette inversion du calendrier au profit supposé du général Sissi, objet d'un culte de la personnalité croissant en Egypte.

Sur Twitter, ce mouvement a qualifié le scrutin à venir d'"élection préSissidentielle".

Le troisième anniversaire du soulèvement populaire ayant entraîné la chute d'Hosni Moubarak a été marqué samedi par de nouvelles violences à travers l'Egypte, pays profondément divisé entre partisans et adversaires des Frères musulmans, vainqueurs de toutes les élections organisées après la révolution de 2011.

Selon des témoins, 49 personnes sont mortes en participant à des manifestations antigouvernementales attaquées par les forces de sécurité et des partisans du nouveau pouvoir mis en place par l'armée.

Les forces de sécurité ont notamment tiré à balles réelles sur des partisans des Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, alors qu'ils tentaient de créer un rassemblement dans le quartier d'Alf Maskan, au Caire, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité.

D'après ces mêmes sources, ce seul incident a fait 23 morts, dont 22 tués par balles, et ces décès sont inclus dans le bilan global de 49 morts fourni par les autorités.

"JUGER RAPIDEMENT LES AFFAIRES DE TERRORISME"

Les Frères musulmans ont été déclarés en décembre organisation terroriste par les autorités provisoires, qui ne font aucune distinction entre les islamistes actifs dans le Sinaï et la confrérie, qui a rejeté la lutte armée dans les années 1970.

L'insécurité dans la péninsule du Sinaï s'est accentuée depuis l'éviction de Mohamed Morsi, suivie d'une répression tous azimuts contre les Frères musulmans.

Trois soldats ont encore été tués dimanche dans cette région, a annoncé l'armée. D'après des sources sécuritaires, les soldats rentraient de permission. Leur autocar a été attaqué à l'arme automatique et à la grenade.

Samedi, cinq autres soldats ont péri en opération dans la chute d'un hélicoptère. L'armée n'a pas précisé les causes de cet incident, mais des sources proches de la sécurité ont dit que l'appareil avait été touché par un missile.

Le tir a été revendiqué par le groupe djihadiste Ansar Baït al Makdis (Les Partisans de Jérusalem), qui s'est aussi attribué une vague d'attentats qui a fait au moins six morts vendredi au Caire.

Dans un communiqué, l'armée a réaffirmé "la grande détermination de ses troupes à combattre le terrorisme et à mener à bien l'élimination complète des partisans de l'oppression, de la sédition et du blasphème parmi les fidèles des Frères musulmans".

Adli Mansour dit pour sa part avoir demandé à l'appareil judiciaire de prendre des mesures pour "juger rapidement les affaires de terrorisme".

Avec Maggie Fick; Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service français

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