La présidence ukrainienne annonce un accord, la prudence reste de mise

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par Pavel Polityuk et Sabine Siebold

KIEV (Reuters) - La présidence ukrainienne a annoncé vendredi matin qu'un accord avait été trouvé et qu'il serait signé dans la journée mais la plus grande prudence est de mise, d'autant que de nouveaux incidents ont été signalés en fin de matinée.

Alors qu'un calme précaire régnait vendredi à l'aube sur Kiev, la police ukrainienne a annoncé dans un communiqué que des manifestants avaient ouvert le feu sur des policiers qui ont riposté.

Ces affrontements se sont produits dans le centre de Kiev, entre la place de l'Indépendance et le Parlement, distant de 1.500 mètres environ.

La police ukrainienne ne dit pas si ces échanges de coups de feu ont fait des victimes. Aucune confirmation n'a pu être obtenue dans les rangs des contestataires, qui ont par ailleurs accueilli avec prudence l'annonce d'un accord par la présidence.

"L'accord sera signé à midi (10h00 GMT)", ont affirmé les services de la présidence ukrainienne au sortir d'une nuit de négociations présentées comme très difficiles par les ministres européens envoyés en médiation.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui a quitté Kiev dans la nuit pour se rendre en Chine, a appelé à la prudence. "On ne peut rien dire de définitif avant la fin de la matinée", a-t-il dit au micro d'Europe 1.

Même son de cloche en Pologne, dont le chef de la diplomatie Radoslaw Sikorski participe à la médiation européenne. "Nous ne sommes pas encore parvenus à un accord. Ce qui a été réglé, c'est un projet d'accord", a déclaré à la presse le Premier ministre, Donald Tusk.

Les discussions ont porté sur les moyens de parvenir à un arrêt des violences, la formation d'un gouvernement de transition, la tenue d'élections anticipées et la question de la Constitution, qui a été directement à l'origine de l'explosion de violences mardi matin, les premiers affrontements ayant éclaté devant le Parlement où l'opposition réclamait en vain un débat sur la Loi fondamentale de 2004, qu'elle souhaite abroger.

VEILLÉE FUNÈBRE SUR MAÏDAN

La crise ukrainienne, déclenchée fin novembre par la volte-face du président Viktor Ianoukovitch sur le rapprochement négocié depuis des mois avec l'Union européenne, a basculé dans une nouvelle dimension cette semaine avec 75 morts au moins depuis mardi, dont 47 pour la seule journée de jeudi.

Au cours de cette journée d'affrontements sans précédent en Ukraine depuis l'indépendance de 1991, les opposants ont repris le secteur de "Maïdan" dont les forces de l'ordre les avaient délogés lors de l'assaut donné mardi soir.

Des éléments de la "Berkout", la police anti-émeutes, ont tiré à l'arme automatique pour couvrir le repli de leurs collègues, d'autres ont été vus tirant sur la foule depuis un toit dominant la place.

Un opposant casqué a été filmé en train de tirer à l'abri derrière un arbre tandis que d'autres manifestants lançaient des pierres et des bombes incendiaires sur les forces de l'ordre.

C'est dans ce contexte que Laurent Fabius, Radoslaw Sikorski et leur homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, arrivés jeudi matin à Kiev, ont prolongé leur mission et négocié toute la nuit, faisant la navette entre le président Viktor Ianoukovitch et les principaux chefs de file de la contestation, l'ancien ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk, l'ex-boxeur Vitali Klitschko qui dirige le parti libéral Oudar et le nationaliste Oleh Tiahnibok.

Dans la soirée, les manifestants de Maïdan ont observé une veillée funèbre pour rendre hommage à leurs camarades tués, à la lueur de leurs écrans de téléphones portables. Des secouristes transportaient des corps sur des brancards à travers des rangées de manifestants scandant "Héros, Héros", en hommage aux morts.

DÉMISSION AU SOMMET DE L'ARMÉE UKRAINIENNE

Ianoukovitch, soumis aux pressions contraires des Occidentaux et de Moscou, continue de perdre des soutiens. Après l'administrateur de Kiev qu'il avait lui-même désigné, c'est le commandant en chef adjoint des forces armées, le général Iouri Doumanski, qui a remis sa démission en déplorant le bain de sang.

"Les forces armées d'Ukraine sont en train d'être aspirées dans un conflit civil. Cela pourrait provoquer un grand nombre de morts parmi les civils et les hommes du rang", a-t-il dit à la télévision.

"J'ai décidé de remettre ma démission pour éviter une escalade et des effusions de sang", a-t-il ajouté.

Sur le terrain diplomatique, les ministres européens des Affaires étrangères réunis jeudi à Bruxelles ont décidé d'imposer des sanctions contre les responsables des violences.

Angela Merkel s'est entretenue pour sa part au téléphone avec Barack Obama et Vladimir Poutine.

Selon la Maison blanche, la chancelière allemande et le président américain sont convenus qu'il était "crucial" qu'Américains et Européens "restent en contact étroit dans les jours à venir".

Le vice-président américain Joe Biden s'est entretenu de son côté par téléphone avec Ianoukovitch, l'informant que les Etats-Unis étaient prêt à sanctionner les responsables des violences exercées à l'encontre des manifestants à Kiev et l'exhortant à "retirer sans attendre toutes les forces de sécurité -policiers, tireurs, militaires et auxiliaires de l'armée, et forces irrégulières".

Avec Natalia Zinets à Kiev, Adrian Krajewski à Varsovie et Jean-Baptiste Vey et Marine Pennetier à Paris; Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français

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