La préfecture interdit aux syndicats de manifester jeudi à Paris

le , mis à jour à 12:21
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    * Le préfet dit ne pas avoir "d'autre choix" 
    * Invoque des raisons de sécurité 
    * Syndicats et une partie de la gauche en colère 
    * Des discussions ont eu lieu entre Cazeneuve et les 
syndicats 
 
 (Actualisé avec contexte §§ 1 et 9, Mailly §§ 10-11, Le Foll § 
20) 
    PARIS, 22 juin (Reuters) - La préfecture de police a 
déclenché mercredi la colère des syndicats et d'une partie de la 
gauche en annonçant l'interdiction de la manifestation de jeudi 
à Paris à l'appel d'opposants au projet de loi Travail, une 
première depuis 1962. 
    Mais la messe n'est peut-être pas dite, des tractations 
étant en cours entre les autorités et les syndicats. 
    La préfecture dit ne pas avoir "d'autre choix", compte tenu 
des difficultés à assurer la sécurité du cortège, après les 
violences qui ont éclaté en marge de précédentes manifestations, 
et de l'état de fatigue des policiers.  
    Les sept syndicats, réunis autour de la CGT et de Force 
ouvrière (FO), souhaitaient à l'origine organiser un défilé 
entre les places de la Bastille et de la Nation mais la 
préfecture préférait un rassemblement "statique". 
    Devant le refus des centrales syndicales, des tractations se 
sont engagées mais, selon la préfecture, elles ont échoué.     
    "Ces discussions n'ont (...) pas conduit à l'émergence d'un 
accord sur cette proposition de conciliation, les représentants 
des syndicats refusant catégoriquement la tenue d'un 
rassemblement statique et formulant ensuite des propositions 
alternatives", peut-on lire dans un communiqué de la préfecture. 
    "Après examen attentif, ces propositions alternatives ne 
permettent en aucune façon de répondre à la nécessaire sécurité 
des personnes et des biens", lit-on également. 
    "Dans ces conditions le préfet de police considère qu'il n'a 
pas d'autre choix que d'interdire la tenue de la manifestation", 
conclut la préfecture dans son communiqué. 
    Jamais un gouvernement n'avait interdit une manifestation 
syndicale depuis la guerre d'Algérie, lorsque Maurice Papon, 
ultérieurement condamné pour complicité de crimes contre 
l'humanité lors de l'Occupation nazie, était préfet de police de 
Paris. 
    Il s'agissait d'une manifestation à l'appel des partis de 
gauche et de la CGT contre la guerre d'Algérie. La manifestation 
avait été maintenue le 8 février 1962. Il y avait eu neuf morts, 
dont huit militants de la CGT. 
     
    "DÉCLARATION DE GUERRE" 
    Peu après l'annonce des autorités, les secrétaires généraux 
de la CGT et de FO, Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly, ont 
demandé et obtenu un rendez-vous en urgence avec le ministre de 
l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, place Beauvau. 
    A la sortie, Jean-Claude Mailly s'est dit "ni optimiste, ni 
pessimiste" sur la possibilité de trouver une issue à cette 
crise. Avant de prendre le chemin de Montreuil, près de Paris, 
où devaient se réunir les syndicats hostiles à la loi Travail.  
    "C'est une déclaration de guerre, bien sûr qu'on ira 
manifester demain", a déclaré un peu plus tôt sur BFM TV 
Benjamin Amar, un responsable de la CGT Val-de-Marne. 
    Le député Christian Paul, l'un des chefs de file des 
"frondeurs" socialistes, a dénoncé une "faute historique" et 
jugé que le chef du gouvernement, Manuel Valls, prenait là une 
"lourde responsabilité". 
    "On sent bien qu'il y a depuis huit jours de la part du 
Premier ministre une volonté de durcissement. Et c'est d'autant 
plus paradoxal qu'on est à un moment où un compromis pourrait 
être trouvé sur la loi Travail", a-t-il dit sur BFM TV. 
    Olivier Besancenot, du Nouveau parti anticapitaliste, a 
appelé à braver l'interdiction, ce qui serait un délit. 
    "Si les organisateurs persistent, ça va être très compliqué 
à gérer pour les forces de l'ordre", s'est inquiété sur iTELE 
Frédéric Lagache, secrétaire général du syndicat Alliance. 
    Sur Twitter, la présidente du Front national Marine Le Pen a 
quant à elle parlé d'une "démission face aux casseurs et une 
atteinte grave à la démocratie". 
     
    UNE RÉPONSE AUX VIOLENCES 
    A droite, de nombreux responsables avaient réclamé ces 
derniers jours une telle interdiction mais Nicolas Sarkozy, 
président des Républicains, a pris mardi le contre-pied en 
estimant que cette mesure ne serait "pas raisonnable". 
    Il s'agit d'une "décision politique", avait déclaré Stéphane 
Le Foll, porte-parole du gouvernement, peu avant que la décision 
de la préfecture de police ne soit annoncée.   
    "Tant que les conditions ne sont pas réunies, les conditions 
de sécurité, de protection des biens, des personnes, je le 
rappelle, c'est vrai que l'autorisation n'est pas donnée", 
a-t-il par la suite déclaré, à l'issue du Conseil des ministres. 
    Des violences ont régulièrement éclaté en marge des cortèges 
à Paris et les grandes villes de province depuis le début du 
mouvement anti-loi Travail, au mois de mars, donnant lieu à 
plusieurs centaines d'interpellations. 
    L'attitude du gouvernement a changé après la dernière grande 
journée de mobilisation, le 14 juin, au cours de laquelle une 
poignée de manifestants s'en était pris à une façade vitrée de 
l'hôpital pour enfant Necker, dans le sud de Paris. 
    Le lendemain, Manuel Valls a exhorté les syndicats à ne plus 
organiser ce type de manifestations, faute de quoi le 
gouvernement prendrait ses "responsabilités". 
    Le front syndical avait malgré tout maintenu deux nouvelles 
journées d'action, jeudi et mardi prochain, contre le projet de 
loi défendu par Myriam El Khomri, qui doit revenir courant à 
l'Assemblée nationale pour une deuxième lecture. 
 
 (Simon Carraud avec Gérard Bon et Emile Picy, édité par Yves 
Clarisse) 
 
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  • phili646 il y a 10 mois

    1958, date symbolique à plus d'un titre. C'est à partir de cette date que la gauche à connu un cure d'opposition de 23 ans !!!!

  • M8252219 il y a 10 mois

    Quand on cherche on trouve !!!!!

  • phili646 il y a 10 mois

    Une fois de plus, la droite en a rêvé, la soit disante gauche l'a fait !!!!