« La politique économique du gouvernement est-elle crédible ? » - Le débat de semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Hervé Lorenzi)

Boursorama le 14/01/2013 à 12:20
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Jean-Marc Ayrault veut mobiliser autour d’un « nouveau modèle français » alliant l’acceptation de la mondialisation et la sauvegarde de notre système social. Ce programme peut-il s’affranchir de la situation économique mondiale ? Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, livre son point de vue.

La crédibilité sera le maitre mot des débats économiques des prochains mois. Aujourd’hui, l’interrogation porte sur les différentes composantes de la politique économique, budgétaire, emplois et réformes structurelles. Il faut donc déterminer les critères de leur crédibilité : va-t-on vraiment réduire la dette en cinq ans ? A-t-on une politique de la jeunesse suffisante ? Mettons-nous en place les éléments d’une croissance potentielle plus forte pour les années à venir ? Sur ces trois critères, il existe un vrai problème de crédibilité que le gouvernement peut lever, pour peu qu’il explicite clairement sa stratégie sur ces trois points. Sur le premier critère le gouvernement s’est fixé pour objectif de ramener le déficit public à 3% en 2013.

Le problème n’est évidemment pas celui des 3% pour 2013. Peu importe que la conjoncture modifie quelque-peu ce résultat puisque l’intention reste claire et que le pas franchi de 4.5 à 3.5 % de déficit public probable reste très important. En fait, l’incertitude demeure sur la capacité par la suite à réduire les dépenses.

Pour les baisser de 60 milliards en 5 ans, il faut totalement réorganiser le fonctionnement même des administrations. Il s’agit, pour toutes, de les responsabiliser sur des objectifs clairement identifiés, d’évaluer systématiquement l’efficacité de toute dépense, en un mot de faire une révolution budgétaire.

Ceci n’est clairement pas à l’ordre du jour. Concernant les critères de la jeunesse et d’une nouvelle trajectoire macro-économique, la France dispose de deux atouts, celui d’une démographie solide et celui d’une épargne abondante.

Le deuxième élément de crédibilité repose donc sur une vraie politique de la jeunesse qui se détermine par rapport aux trois points qui aujourd’hui pénalisent fondamentalement l’équilibre intergénérationnel. Le premier aspect est évidemment celui des transferts publics et privés qui peuvent avoir lieu entre les différentes générations. La France est le pays qui de très loin favorise les plus de 60 ans par rapport aux moins de 25 ans. C’est donc une question de fiscalité des successions et de la prise en charge du financement de la production sociale. Ensuite, il y a bien évidemment le problème de l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi. Là se posent des problèmes des types de contrats qui leur sont proposés, des types de formations dispensées et de la réintégration des 150 000 jeunes non qualifiés. Enfin, bien évidemment, le problème des retraites et la résolution des difficultés inhérentes à une société vieillissante, joue de manière directe sur l’intégration des jeunes. Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il y ait un plan global sur ces points.

Enfin, la crédibilité passe par la volonté affirmée de favoriser l’investissement notamment dans les grands secteurs d’avenir : numérique, biotechnologies, environnement. Et là, le gouvernement doit clairement indiquer ses choix en matière de fiscalité en privilégiant l’épargne de long terme et en favorisant l’utilisation de cette épargne de long terme vers de l’investissement productif.

Sur ces trois éléments de crédibilité, le gouvernement aujourd’hui n’a pas suffisamment affirmé une politique économique claire et à long terme.

Jean-Hervé Lorenzi



Pour poser vos questions à Jean-Hervé Lorenzi, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 16 janvier à 11h.


Jean-Hervé Lorenzi est Professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine et Titulaire de la Chaire Transition Démographique, Transition Economique. Président du Cercle des économistes, il est également conseiller du Directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild. Il est Administrateur indépendant du Conseil de surveillance d’Euler Hermès, du C.A du Crédit foncier et de BNP Paribas Cardif. Il est Membre du Comité Editorial de la Revue Risque et préside l’Observatoire des délais de paiements.

Le Cercle des économistes. a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • rbilliar le mercredi 16 jan 2013 à 18:39

    Nous savons plus ou moins quelles taxes et impôts vont nous tomber dessus. Par contre je n'ai toujours pas eu le détail des économies que compte faire nos gouvernants. De deux choses l'une, ils n'en savent rien ou ils ont peur de les annoncer.

  • M802641 le mercredi 16 jan 2013 à 10:05

    Ah oui, petite erreur de zéros dans la fébrilité de la frappe ! Que le gouvernement et les collectivités trouvent donc 113 milliards d'économies pour nous ramener plus près de 50% de prélèvements sur PIB. On n'est pas très bien parti pour avec notre opération "Sauvez le Mali".

  • fouche15 le mercredi 16 jan 2013 à 09:55

    @M802641 - Ce ne sont pas des millions mais des milliards cher M802641

  • M802641 le mardi 15 jan 2013 à 23:58

    Souvenez-vous de Georges Clemenceau à l'époque qui disait« La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts. »

  • M802641 le mardi 15 jan 2013 à 23:52

    touche15 - d'accord avec vous et n'importe quel chef d'entreprise digne de ce nom pour opérer une diminution budgétaire de 10% en préservant l'essentiel. D'après vos chiffres cela ferait 113 millions sans problème. Mais le problème est justement que les politiques ne savent pas gérer l'entreprise "France". Près de 57% de prélèvements du PIB devient indécent !

  • collar11 le mardi 15 jan 2013 à 23:03

    La mondialisation produit des ordinateurs 20 fois moins chers et souvent moins bien aussi. Et pour ce miracle où finalement nous payons 20% moins cher comme consommateur ce qui est produit par des travailleurs parfois enfants, le plus souvent sans protection socialee, et sans norme environnementale, nous détruisons des emplois qualifiés et dignes d'intérêt. Ca permet de vendre des Airbus et des centrales nucléaires, soit des produits subventionnés par l'Etat. Cherchez l'"erreur ...

  • sapher le mardi 15 jan 2013 à 19:20

    France fossilisée et qui fait fuir les élites. Quel avenir ?...

  • fouche15 le mardi 15 jan 2013 à 19:19

    Avez-vous déjà dans une période quelconque de l'histoire constaté qu'un homme politique, qu'un gouvernement ait enrichi sont pays et créé des emplois? Moi je n'ai jamais constaté un tel événement.

  • fouche15 le mardi 15 jan 2013 à 19:15

    @noterbl-La mondialisation a permis aux Français d’acheter par exemple des ordinateurs à un prix 20 fois inférieur à celui qu’il aurait dû payer s’il avait été fabriqué en France. Elle a permis aux pays émergents de prendre part à l’enrichissement mondial qui lui était jusqu’alors refusé et des centaines de millions d’êtres humains sont sortis de la misère. C’est ça la mondialisation et rien d’autre. Je vous laisse faire l’exercice inverse.

  • fouche15 le mardi 15 jan 2013 à 19:08

    Il faut avoir une vision partagée par tous les Français pour réussir un coup à 100 Mrds d’économie par an sur la dépense publique, soit 8 fois le moyen et relancer notre économie. CQFD