La politique de la Ville contrainte par l'économie

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UNE POLITIQUE DE LA VILLE CONTRAINTE PAR L'ÉCONOMIE
UNE POLITIQUE DE LA VILLE CONTRAINTE PAR L'ÉCONOMIE

par Julien Ponthus et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi un train de mesures pour redynamiser la politique de la Ville, des réformes largement techniques alors que la dégradation de l'économie française oblige le gouvernement à opérer sous contrainte budgétaire.

Le gouvernement entend concentrer ses efforts sur un millier de quartiers prioritaires, au lieu de 2.500 actuellement, et de faire de ces zones urbaines difficiles les destinataires prioritaires des rares crédits dégagés pour l'Education nationale, l'emploi et la police.

"Je ne suis pas venu vous présenter un nouveau plan Marshall pour les banlieues", a déclaré devant la presse le Premier ministre à la sortie d'un comité interministériel sur le sujet.

Fidèle à sa méthode social-démocrate, Jean-Marc Ayrault a expliqué s'être inspiré de la concertation menée pendant trois mois par le ministre délégué à la Ville, François Lamy.

Evoquant les "désillusions" suscitées par les "grandes réformes à coup de milliards d'euros" annoncées par ses prédécesseurs, Jean-Marc Ayrault a annoncé un "nouveau contrat de ville unique" impliquant chaque ministère.

Des conventions seront passées avec chaque ministère "de façon à ce qu'on détermine des objectifs, des moyens, des méthodes et que dans trois ans on puisse les évaluer pour être certain que le retour de l'Etat soit totalement effectif dans tous ses aspects à l'intérieur des quartiers populaires", a expliqué François Lamy dans la cour de Matignon.

Les écoles primaires des quartiers sensibles seront ainsi prioritaires pour le développement de l'accueil des enfants de moins de trois ans et de l'initiative "plus de maîtres que de classes".

"EMPLOIS FRANCS"

Les zones urbaines prioritaires recevront aussi 30% des 100.000 emplois d'avenir que le gouvernement entend créer sur le quinquennat et bénéficieront des "emplois francs", contrats de travail exemptés de charges afin de favoriser l'emploi des jeunes des quartiers défavorisés.

Ce dispositif vise à répondre aux résultats parfois décevants en terme d'emploi des jeunes des zones franches des quartiers sensibles où les entreprises sont encouragées fiscalement à s'installer.

Le gouvernement, qui entend réformer la politique française d'intégration, veut aussi mieux associer les habitants des quartiers sensibles à sa politique.

Enfin, l'ancien maire de Nantes a promis de financer la poursuite du vaste programme de rénovation urbaine engagé sous le dernier quinquennat de Jacques Chirac au-delà de 2013 avec une nouvelle génération de projets.

Dépourvu d'enveloppe budgétaire spécifique, ce plan pour la ville rappelle celui consacré à l'investissement de janvier dernier qui visait à financer les priorités en mobilisant les financements existants.

Une meilleure politique de la Ville, "ça ne coûte pas forcément très cher", a souligné devant la presse la ministre de l'Egalité des territoires, Cécile Duflot.

"L'égalité des territoires, c'est d'abord une volonté politique, c'est refuser la mise en concurrence des territoires", a-t-elle souligné. "Les habitants des quartiers ont les mêmes droits que les habitants des centres-villes, qui ont les mêmes droits que les habitants des zones rurales".

Décliné en 27 décisions, le plan de Jean-Marc Ayrault répond à l'engagement de campagne numéro 27 de François Hollande.

Le candidat socialiste avait promis de lancer une nouvelle "génération d'opérations de renouvellement urbain", ainsi que des actions de "cohésion sociale" à destination des quartiers difficiles et la construction de 500.000 logements par an.

Evoquant lundi lors d'un déplacement à Clichy-sous-Bois la "galère" des Franciliens contraints à des heures de trajets quotidiens dans des transports saturés et vétustes, Jean-Marc Ayrault a annoncé pour le 6 mars le grand projet gouvernemental de transports urbains pour l'Ile-de-France.

La mort à Clichy-sous-Bois de deux adolescents électrocutés alors qu'ils tentaient d'échapper à la police, en octobre 2005, avait déclenché plusieurs semaines d'émeutes et remis en question une politique de la Ville régulièrement érigée en cause nationale depuis 1984.

Edité par Yves Clarisse

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