La police turque prend le contrôle de médias d'opposition

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(Actualisé avec détails, réactions § 3-5-6-7-8) ISTANBUL, 28 octobre (Reuters) - La police turque est intervenue mercredi, à quatre jours des élections législatives anticipées, dans les locaux de médias d'opposition liés au prédicateur Fethullah Gulen, exilé aux Etats-Unis. L'intervention, qui visait les bureaux de Bugun TV et de Kanalturk à Istanbul, a été retransmise en direct sur le site internet de Bugun. Les policiers ont dû disperser par la force les manifestants qui se tenaient devant l'entrée des locaux. D'abord quelques dizaines, leur nombre est monté jusqu'à 500 environ, et les forces de l'ordre ont fait usage d'un canon à eau, a rapporté un journaliste de Reuters. Ces médias sont la propriété de la Koza Ipek Holding, liée à Fethullah Gulen, que le président turc Recep Tayip Erdogan accuse d'infiltrer les arcanes du pouvoir avec le projet de mener un coup d'Etat. Mardi, les autorités turques ont annoncé qu'elles plaçaient sous administration publique 22 entités dépendant de cette holding, dont plusieurs journaux et chaînes de télévision, dans le cadre d'une enquête sur des malversations financières présumées qu'Ipek a démenties. "C'est un coup d'Etat contre l'opposition, contre les médias, contre notre constitution et contre la liberté d'entreprendre", a dénoncé Abdulhamit Bilici, rédacteur en chef du quotidien Zaman, affilié au mouvement Gulen. "Les coups d'Etat ne sont pas seulement l'oeuvre de blindés ou de généraux. Nous assistons à un coup d'Etat différent, sous un masque civil. Mais c'est inacceptable pour le peuple turc et pour les amis de la Turquie à l'étranger", a-t-il dit à Reuters TV. A l'arrivée de la police qui devait faciliter la prise de fonctions des administrateurs civils de ces deux télévisions, les manifestants ont crié leur refus de voir les médias réduits au silence. Dans leurs éditions de mardi, les quotidiens Bugun et Millet, propriété de la Koza Ipek, ont affiché un une entièrement noire barrée du titre: "Une journée sombre pour notre démocratie, notre liberté et notre Turquie." S'exprimant mardi sur l'antenne de la chaîne NTV, Kemal Kiliçdarolu, chef de file du Parti républicain du peuple (CHP), la première force d'opposition, a estimé que cette décision démontrait que le pouvoir en place était susceptible de s'emparer "à tout moment de nos biens". "Cela signifie que la démocratie et le droit sont suspendus", a-t-il ajouté. (Humeyra Pamuk et Melih Aslan; Henri-Pierre André pour le service français)

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