La police syrienne se déploie dans un quartier de Damas

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par Khaled Yacoub Oweis et Angus MacSwan

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - Policiers et miliciens progouvernementaux se sont déployés dimanche dans le quartier de Mezze, à Damas, pour empêcher une nouvelle vague de manifestations contre le régime du président Bachar al Assad, rapporte l'opposition.

Sur le front diplomatique, la Chine a déclaré croire qu'une solution pacifique restait possible alors que Londres redoute de voir la Syrie plonger dans la guerre civile.

Samedi, un émissaire chinois a été reçu à Damas par le chef de l'Etat syrien, à qui il a apporté le soutien de Pékin à son projet de référendum constitutionnel du 26 février. Le même jour, des milliers de Syriens participaient au coeur de la capitale à l'une des plus grandes manifestations depuis le début du soulèvement à la mi-mars 2011.

Dimanche, le corps de Samer al Khatib, un jeune protestataire tué lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule, a été inhumé en début de matinée à Mezze.

Les forces de l'ordre maintiennent une forte présence pour empêcher que ses obsèques ne tournent à une nouvelle manifestation anti-Assad, ont expliqué des militants contactés par Reuters d'Amman.

Pas moins de 15 camionnettes transportant des policiers et des "chabbiha" (miliciens proches du régime) étaient déployées aux abords du lieu des funérailles, qui se sont finalement déroulées sans incident.

Des patrouilles motorisées de policiers et de miliciens sillonnent le quartier de Mezze, où les "moukhabarat" (agents de la police secrète) à pied effectuent des contrôles d'identité de passants, selon ces sources.

"Marcher à pied à Mezze expose aujourd'hui au risque d'être arrêté. Le quartier est calme et même les gargotes de la rue du Cheikh-Saad sont vides", indique Moaz al Chami, un militant.

MAGISTRATS TUÉS À IDLIB

Dans un commentaire reflétant l'opinion du gouvernement chinois, l'agence de presse officielle Chine nouvelle écrit: "La Chine pense, comme beaucoup d'autres, qu'on peut toujours espérer en un règlement de la crise syrienne par un dialogue pacifique entre l'opposition et le gouvernement, contrairement à ce que veulent nous faire croire certains gouvernements occidentaux selon qui le temps manque aujourd'hui en Syrie pour des pourparlers".

L'agence est également critique de la position de l'Occident dans ce dossier. Selon Chine nouvelle, les pays occidentaux sont "motivés moins par leur objectif soi-disant noble visant à libérer le peuple syrien que par des considérations géopolitiques".

Le 4 février, Pékin s'est associé à Moscou pour opposer son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant le régime Assad. Les Chinois ont également voté cette semaine contre un texte similaire mais non contraignant adopté par l'Assemblée générale des Nations unies.

Dimanche, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a déclaré à la BBC: "Nous ne pouvons pas intervenir (en Syrie) comme nous l'avons fait en Libye (...) nous ferons des quantités d'autres choses".

Le chef de la diplomatie britannique a ajouté: "Je m'inquiète du risque de voir la Syrie plonger dans une guerre civile. Nos pouvoirs d'agir en la matière sont très limités étant donné que nous n'avons pas pu faire adopter une résolution au Conseil de sécurité de l'Onu du fait de l'opposition de la Russie et de la Chine."

Pour sa part, un important homme d'affaires syrien, Fayçal al Qudsi, a déclaré également à la BBC que le gouvernement d'Assad était en voie de désintégration lente et que les sanctions internationales ruinaient l'économie.

Pour lui, les affrontements ne dureront pas plus de six mois mais le pouvoir luttera jusqu'au bout.

"L'armée est lasse et n'ira nulle part. Il faudra bien se parler ou, tout au moins, cesser de tuer. Dès que les militaires cesseront les tueries, des millions de Syriens descendront dans la rue. C'est une situation sans issue (pour le pouvoir)".

Dimanche, les forces gouvernementales ont de nouveau bombardé la ville de Homs, bastion de l'opposition au régime situé à mi-chemin entre Damas et Alep, deuxième ville du pays.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ONG d'opposition dont le siège est à Londres, le procureur ainsi qu'un juge de la province d'Idlib et leur chauffeur ont été tués dimanche matin lorsque des inconnus ont mitraillé leur voiture.

Jean-Loup Fiévet pour le service français

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