La police régionale critiquée après les attentats en Catalogne

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    par Angus Berwick et Julien Toyer 
    BARCELONE, 23 août (Reuters) - Des erreurs de procédure et 
un manque de communication ont peut-être empêché la police 
espagnole de prévenir l'attentat à la fourgonnette qui a coûté 
la vie à 13 personnes dans le centre de Barcelone la semaine 
passée, indiquent deux sources policières et deux sources 
proches de l'enquête. 
    Pendant plusieurs heures, la police autonome catalane, les 
Mossos d'Esquadra, n'a pas fait le lien entre l'explosion 
survenue vers minuit, la veille de l'attentat, dans une maison 
d'Alcanar située à environ 200 km au sud-ouest de Barcelone et 
l'existence d'une cellule terroriste. 
    Dix heures ont été nécessaires pour envoyer une équipe de 
spécialistes dans cette résidence où les terroristes 
travaillaient à la confection de bombes, précisent ces sources 
sous couvert de l'anonymat. 
    Ce retard a empêché que soit lancée l'alerte avant que 
Younès Abouyaaqoub, le conducteur présumé de la fourgonnette 
abattu lundi par la police à une cinquantaine de kilomètres de 
Barcelone, précipite son véhicule sur les passants déambulant 
sur l'avenue des Ramblas. 
    Une source judiciaire, participant à l'enquête sur l'attaque 
de Barcelone et celle de Cambrils commise un peu plus tard dans 
la journée du 17 août, a expliqué que la police allait devoir 
s'interroger sur un manque de coordination et un mauvais partage 
d'informations qui n'ont pas permis d'évaluer à temps 
l'entreprise menée par le groupe terroriste. 
    La police doit boucler son enquête sur cette attaque avant 
d'en tirer des conclusions sur d'éventuelles erreurs, a précisé 
cette source, ajoutant qu'une équipe de spécialistes aurait dû 
être immédiatement mobilisée pour enquêter sur l'explosion en 
raison de sa possible nature terroriste. 
    Le chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero, estimait 
lundi que faire porter la responsabilité de cet événement 
meurtrier sur ses services était injuste et de nature à induire 
l'opinion publique en erreur. 
    "Avec toutes les informations dont nous disposons 
aujourd'hui, oui, il est plus facile de faire le lien", a 
commenté Trapero. 
    Selon les Mossos, les artificiers et experts en explosif 
envoyés à Alcanar ne sont parvenus à déterminer la nature exacte 
de l'explosion que tardivement, à peu près au moment où 
Abouyaaqoub précipitait sa fourgonnette sur les passants des 
Ramblas. 
     
    LE GOUVERNEMENT RÉGIONAL SOUTIENT SA POLICE 
    Il semble que les Mossos n'aient pas non plus averti assez 
rapidement de l'explosion la police nationale et la garde civile 
à Madrid, unité la plus expérimentée en matière de terrorisme, 
indiquent des sources appartenant à ces deux entités des forces 
de sécurité. 
    Interrogé sur cette question de la coordination avec les 
Mossos et avec l'enquête, un porte-parole de la Garde civile a 
refusé de se prononcer. Le principal syndicat de la Garde civile 
avait déclaré mardi qu'elle avait été exclue de l'enquête. 
    Des sources font valoir qu'habituellement la coordination 
entre les Mossos et la police nationale est efficace et disent 
ne pas comprendre pourquoi dans ce cas précis les procédures 
n'ont pas été respectées. 
    Dans un premier temps, les policiers catalans ont soupçonné 
une fuite de gaz ou l'existence d'un laboratoire clandestin de 
confection de narcotiques en raison de la présence de bonbonnes 
de gaz et d'acétone utilisées dans ce type de trafic. 
    L'envoi d'une équipe de spécialistes en explosif à Alcanar 
aurait permis d'établir rapidement un lien avec les techniques 
employées par le groupe Etat islamique pour confectionner des 
bombes, estime Salvador Burguet directeur de l'agence espagnole 
du renseignement AICS. Selon lui, les éléments retrouvés sur 
place étaient typiques des modes opératoires du groupe 
djihadiste. 
    Les Mossos pensent que les explosifs se sont déclenchés 
accidentellement, tuant trois des douze membres qui composaient 
la cellule terroriste. C'est cet imprévu qui aurait convaincu 
les autres de modifier leurs projets et de choisir une attaque 
au véhicule bélier. 
    Malgré les critiques, le gouvernement catalan, qui prévoit 
toujours d'organiser un référendum le 1er octobre sur 
l'indépendance de la région, a salué l'action de sa police. 
    "Je veux remercier les Mossos d'Esquadra pour leur 
efficacité. Ils ont montré un grand professionnalisme, en 
étroite coordination avec le reste des forces de sécurité de 
Catalogne et de l'Etat", a déclaré Carles Puigdemont, le 
président de la région. 
    Les autorités catalanes affirment que la police autonome est 
en mesure d'agir efficacement sans l'appui du gouvernement de 
Madrid. Cette force de sécurité n'était pas représentée lors des 
réunions internationales consacrées à la lutte contre le 
terrorisme car elle ne constitue pas une entité nationale. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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