La police italienne déloge des migrants aux environs de Vintimille

le , mis à jour à 15:25
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par Eric Gaillard VINTIMILLE, Italie, 16 juin (Reuters) - La police italienne a procédé mardi à l'évacuation de plusieurs dizaines de migrants installés dans des camps de fortune à la frontière entre l'Italie et la France, sur les rochers de la côte méditerranéenne. Quelque 300 migrants essentiellement en provenance du Soudan, d'Erythrée et de Somalie, s'étaient réfugiés depuis cinq jours près de Vintimille, avec femmes et enfants. Un grand nombre d'entre eux ont été repoussés par la police française. L'intervention des forces de police italiennes, en tenue anti-émeutes, coïncide avec la tenue à Luxembourg d'une réunion des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne consacrée à la crise de l'immigration. L'Italie a haussé le ton, reprochant à ses partenaires européens un défaut de solidarité alors que les arrivées en bateau sur ses côtes ont atteint 57.000 personnes depuis le début de l'année, selon des estimations officielles. Le président du Conseil, Matteo Renzi, a réclamé dimanche une modification des règles du droit d'asile en Europe. Dans une interview accordée au Corriere della Sera, il prône une réforme du règlement européen de Dublin qui contraint les migrants à faire leur demande d'asile dans le premier pays d'entrée lorsqu'ils arrivent sur le territoire de l'Union européenne. "Si le Conseil européen choisit la solidarité, tant mieux. Sinon, nous avons préparé un plan B mais qui ferait mal à l'Europe", dit-il sans donner de détails. (voir ID:nL5N0Z008F ) "COUP DE POING" La France a appelé pour sa part l'Italie à respecter la législation en matière d'accueil des migrants et à accepter la mise en place sur son sol de "centres d'attente" où les migrants seraient enregistrés et où il serait possible de distinguer entre demandeurs d'asile et migrants économiques. La question de l'accueil des migrants sera évoquée dimanche lors de la rencontre entre François Hollande et Matteo Renzi en marge de l'exposition universelle de Milan. (voir ID:nL5N0Z13G6 ) Près de Vintimille, mardi, des agents de la police italienne ont précisé que les migrants étaient transférés vers une gare ferroviaire où ils recevront un repas et une assistance médicale. "Nous sommes sans aide, sans espoir, à la merci de la police", a dit à Reuters un homme disant venir de la région soudanaise du Darfour et se présentant sous le seul prénom de Mustafari. Il explique avoir tenté à six reprises de monter à bord d'un train pour la France, avec l'espoir de gagner la Suède au terme de son périple. A chaque fois, la police française l'a intercepté et l'a contraint à marcher cinq à six heures pour refranchir la frontière italienne dans l'autre sens. "Les images en provenance de Vintimille sont un coup de poing dans la figure de tous les pays européens qui veulent fermer les yeux", a fustigé lundi le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano. L'EUROPE RISQUE UN "DÉFAUT POLITIQUE" Depuis que la crise des migrants a éclaté, avec la mort de plusieurs centaines de personnes lors du naufrage d'un chalutier mi-avril au large des côtes libyennes, les dirigeants de l'Union européenne ont décidé de tripler les moyens financiers alloués à la mission Triton de rechercher et de sauvetage en Méditerranée. Mais les Européens divergent sur la prise en charge des migrants une fois atteint le territoire européen. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a proposé un programme de répartition de 40.000 réfugiés afin de soulager l'Italie et la Grèce, principales portes d'accès à l'UE via la Méditerranée. Paris et Berlin se sont dits prêts à examiner la proposition de la Commission européenne sur l'accueil des demandeurs d'asile à condition que ce dispositif soit "temporaire et exceptionnel" et obéisse à "une clé de répartition agréée et équitable". (voir ID:nL5N0YY0PE ) A Vintimille, des migrants ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire, en français et en anglais: "Urgence humanitaire: nous attendons une réponse politique immédiate de l'Europe". "Nous travaillons pour éviter un défaut politique de l'Europe", a dit Alfano mardi avant la réunion de Luxembourg, en lointaine allusion aux tractations sur la dette grecque et le risque de défaut de paiement. (avec Francesco Guarascio à Luxembourg; Henri-Pierre André pour le service français)

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