La police française traque le tueur "à la caméra"

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FUSILLADE À TOULOUSE
FUSILLADE À TOULOUSE

par Thierry Lévêque

PARIS/TOULOUSE (Reuters) - Une gigantesque chasse à l'homme se poursuit mardi dans toute la France et sur internet pour retrouver l'auteur des meurtres de trois militaires, d'un rabbin et de trois enfants juifs qui aurait filmé ses crimes et risque de récidiver.

Sous la direction de magistrats antiterroristes, plusieurs centaines d'enquêteurs explorent les fichiers, mènent des interrogatoires et explorent les détails des trois équipées meurtrières de l'homme casqué, qui se déplace en scooter et utilise au moins deux armes, dont un pistolet de calibre 11.43.

Dans la région Sud-Ouest placée sous surveillance avec le dispositif "Vigipirate écarlate", sans précédent en France, la police dit redouter un nouveau crime après les meurtres de trois soldats, deux d'origine maghrébine et un Antillais la semaine dernière à Toulouse et Montauban, et ceux d'un enseignant et de trois enfants d'une école juive à Toulouse lundi.

"Ce qui serait étonnant, c'est qu'il s'arrête", a dit à Reuters un policier qui participe à l'enquête, d'autant que l'auteur des faits pourrait vouloir médiatiser ses actes.

Gilles Rouziès, secrétaire zonal adjoint du syndicat policier Alliance, souligne que "tous les services opérationnels sont mobilisés, on a supprimé toutes les demandes de congé et on a rappelé du monde" afin d'occuper les points stratégiques comme les lieux de culte, les écoles, les gares et les métros.

"Personnellement, en 30 ans de carrière, je n'avais jamais vu ça, c'est le summum", a-t-il dit à Reuters.

"On ne sait pas grand-chose. Le tueur a fait bien attention ne pas laisser d'empreintes, à ne pas laisser de traces ADN. Mais s'il continue (ses agissements), il peut faire une erreur", a expliqué une autre source proche de l'enquête.

UNE CAMÉRA AUTOUR DU COU

Quand il a fait feu froidement et à bout portant sur les enfants, le tueur disposait à l'école juive d'une petite caméra autour du cou, selon un témoin cité mardi par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

"C'est un appareil d'enregistrement de vue, qui se place sur la poitrine, qui est ajusté par des sangles et on l'a vu, un témoin l'a dit, avec cet appareil", a-t-il dit à la presse. "Je ne sais pas s'il filme tout mais cet appareil a été vu effectivement".

Le ministre a estimé que la présence de cette caméra rajoutait "un élément à ce drame et ajoutait un élément supplémentaire au profil. "C'est quelqu'un qui a la cruauté d'enregistrer", a dit Claude Guéant.

Il est possible que le tueur ait aussi enregistré le crime de Montauban avec une caméra placée cette fois, selon des témoins, sur son casque. Un policier spécialisé dans l'informatique surveille d'ores et déjà internet pour une éventuelle apparition des images, dit une source policière.

Les enquêteurs prennent en compte deux pistes principales, celle d'un extrémiste islamiste et celle d'un fanatique d'extrême droite néo-nazi ou "identitaire".

La première piste semble moins probable, selon des spécialistes, la manière d'opérer du tueur ne ressemblant pas à celle imputée habituellement aux islamistes, qui utilisent plutôt des explosifs et privilégient les attentats suicide.

D'une manière générale, les magistrats et les policiers sont cependant très prudents et plutôt déroutés par ce type de tueur jamais rencontré dans les annales criminelles françaises.

TROIS ANCIENS PARAS RECHERCHÉS

Les enquêteurs recherchent, dans la piste de l'extrême droite, trois anciens membres de l'unité parachutiste de Montauban chassés de l'armée en 2008 pour s'être pris en photo devant un drapeau nazi en faisant le salut hitlérien. Les militaires tuées jeudi dernier appartenaient à cette même unité.

La police a consulté plusieurs clubs de tir et fait le tour des armuriers de la région pour tenter de remonter la piste du 11.43 dont les enquêteurs détiennent un chargeur abandonné sur une scène de crime par le tueur.

Ils suivent aussi la piste du ou des scooters de forte cylindrée utilisés par le tueur. Celui dont il disposait pour les militaires était noir et celui de l'école juive blanc. Mais Claude Guéant n'a pas exclu qu'il s'agisse du même deux-roues, qui "a pu être transformé".

Les enquêteurs accumulent par ailleurs les témoignages oculaires des crimes qui semblent cependant imprécis et divergents. Selon ceux qui ont vu l'enregistrement de la tuerie de lundi, l'homme est "athlétique". Tous disent qu'il a semblé calme et déterminé en assassinant ses victimes.

Une femme a déclaré, plusieurs jours après la tuerie de Montauban, avoir vu fugitivement son visage et aperçu une cicatrice ou un tatouage, mais cette déposition est prise avec prudence par les enquêteurs.

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le vaste service de contre-espionnage créé en 2008, est mobilisée sur l'affaire et tente de mettre à profit ses fichiers.

Vingt-cinq policiers du Raid, l'unité d'élite de la police nationale spécialisée dans des opérations d'arrestation à haut risque, sont également arrivés sur place lundi soir, a-t-on appris de source policière.

Claude Guéant, installé sur place à Toulouse avec une partie de la hiérarchie policière, assure cependant que personne n'est identifié pour l'instant.

Le ministre estime que rien ne permet d'affirmer que le tueur appartenait à un réseau et le parquet de Paris dit aussi privilégier l'hypothèse d'un auteur unique -Nicolas Sarkozy a parlé lundi "d'un homme"- mais ce point n'est pas tranché.

"A Montauban comme à Toulouse deux fois, c'est un homme seul qui est intervenu, la question se pose de savoir s'il a derrière lui un groupe d'appui, un réseau, ça nous ne le savons pas encore actuellement", a dit Claude Guéant.

Avec John Irish et Jean Décotte à Toulouse, Nicolas Bertin, édité par Yves Clarisse

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  • bercam01 le mardi 20 mar 2012 à 13:06

    Je suis sûr qu'il doit être MDR, pardon, je voulais dire mort de trouille en sachant ça...

  • xavman38 le mardi 20 mar 2012 à 12:14

    Pas d'arrestation, il faut le tirer à vue dès qu'on le voit ce s.a.lop.ard!