La polémique enfle entre Trump et la famille d'un soldat mort en Irak

le , mis à jour à 23:14
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 (Actualisé avec réaction de Paul Ryan, § 14-15) 
    par Susan Cornwell et Alana Wise 
    WASHINGTON, 31 juillet (Reuters) - La polémique s'est 
poursuivie ce week-end aux Etats-Unis entre Donald Trump et les 
parents d'un soldat américain mort en Irak qui ont déclaré lors 
de la convention démocrate qu'il "n'avait jamais sacrifié quoi 
que ce soit", le candidat républicain suscitant une forme de 
malaise jusque dans les rangs de son propre parti. 
    Khizr Khan, un citoyen américain d'origine pakistanaise et 
de confession musulmane, a ému les délégués démocrates et les 
téléspectateurs lorsqu'il s'est exprimé jeudi à la tribune de la 
convention de Philadelphie, évoquant son fils, le capitaine 
Humayun Khan, tué en Irak en 2004 par l'explosion d'une bombe. 
    Il a ensuite attaqué Donald Trump sur sa proposition 
d'interdire temporairement aux musulmans d'entrer sur le sol 
américain et a demandé si l'homme d'affaire avait jamais lu la 
constitution avant d'en brandir un exemplaire de proposer de lui 
prêter. 
    Le magnat de l'immobilier a répliqué samedi en réfutant les 
accusations portées contre lui par le père et en s'interrogeant 
sur le silence de la mère.  
    "Je pense que j'ai fait beaucoup de sacrifices", a déclaré 
Donald Trump sur ABC News. "J'ai travaillé très, très dur." 
    "L'équipe de campagne d'Hillary lui a-t-elle écrit son 
discours", s'est-il interrogé, avant d'ajouter qu'il avait 
consenti d'énormes sacrifices en employant des milliers de 
personnes et en levant "millions de dollars" pour les anciens 
combattants. 
     
    "UN IGNORANT" 
    Khizr Khan a été "très émouvant et c'est sans doute un chic 
type", a ajouté le candidat républicain avant de s'interroger 
sur le silence de l'épouse du père du soldat américain, présente 
à ses côtés à la tribune. "Elle se tenait là, elle n'avait rien 
n'à dire, peut-être que... peut-être qu'elle n'était pas 
autorisée à dire quoi que ce soit, me direz-vous", a dit Donald 
Trump. 
    Ghazala Khan avait déclaré vendredi sur MSNBC qu'elle avait 
décidé de ne pas prendre la parole parce qu'elle ne pouvait 
toujours pas accepter de voir la moindre photo de son fils.  
    Dans une tribune publiée dimanche par le Washington Post, 
elle a directement répondu à Trump en expliquant qu'elle ne 
s'était pas exprimée devant la convention démocratique parce que 
la perte de son fils était encore trop douloureuse. "Donald 
Trump a dit que je n'avais peut-être pas été autorisée à dire 
quoi que ce soit. C'est faux", écrit-elle. "Lorsque Donald Trump 
parle de l'islam, c'est un ignorant", ajoute-t-elle. 
    Son mari a de son côté expliqué au New York Times que 
l'équipe de campagne de Clinton lui avait proposé de l'aide et 
du soutien pour son discours. "J'ai répondu: 'je n'en ai 
vraiment pas besoin. J'ai tout en tête. (...) Laissez-moi dire 
ce que je veux. Je parlerai avec mon coeur'." 
     
    "CONTRAIRE AUX VALEURS DE L'AMÉRIQUE" 
    Dans le camp républicain, la décision de Trump de répliquer 
à la famille de ce soldat mort en Irak ne fait pas l'unanimité. 
    Mitch McConnell, le chef de file de la majorité républicaine 
au Sénat, a qualifié dimanche le défunt capitaine Khan de "héros 
de l'Amérique" et a ajouté que la proposition de Trump 
d'interdire provisoirement le territoire des Etats-Unis aux 
musulmans ne correspondaient pas aux valeurs américaines. 
    "Je conviens avec les (Khan) et des familles de tout le pays 
qu'une interdiction de voyager à tous les membres d'une religion 
est tout simplement contraire aux valeurs de l'Amérique", 
écrit-il dans un communiqué. 
    Paul Ryan, le président républicain de la Chambre des 
représentants, a réaffirmé lui qu'"un test religieux pour 
pouvoir entrer dans notre pays ne reflétait pas les valeurs 
fondamentales" des Etats-Unis. 
    "De nombreux Américains musulmans ont servi vaillamment dans 
les rangs de notre armée et ont fait le sacrifice ultime. Le 
capitaine Khan était l'un de ces exemples de courage. Son 
sacrifice - et celui de Khizr et de Ghazala Khan - doit être 
honoré à jamais. Point", a-t-il ajouté dans un communiqué. 
    Ana Navarro, spécialiste électorale au Parti républicain et 
chroniqueuse sur CNN, a estimé elle que les attaques du candidat 
du Grand Old Party contre la famille Khan étaient "grossières". 
"Quand je me dis que Trump ne peut pas être plus abruti, il me 
donne tort", a ajouté sur son compte Twitter cette ancienne 
conseillère de John McCain, candidat républicain en 2008. 
    Lors d'un rassemblement organisé samedi soir dans l'Ohio, 
Hillary Clinton a affirmé elle que la famille Khan, et les 
musulmans dans leur ensemble, étaient les derniers d'une longue 
liste de personnes visées par les insultes de Trump, rappelant 
les nombreux dérapages de ce dernier. 
    La candidate démocrate avait déclaré plus tôt dans un 
communiqué avoir "été très émue de voir Ghazala Khan se tenir 
courageusement (au côté de son époux) et avec dignité jeudi 
soir. (...) Et avoir été très émue de l'entendre la nuit 
dernière, courageusement et avec dignité, évoquer la vie de son 
fils et le sacrifice ultime qu'il a fait pour son pays."     
    Tentant de changer de sujet, Trump, qui n'a jamais occupé de 
fonctions électives, a rappelé dimanche sur Twitter que Clinton 
avait voté pour l'intervention militaire de 2003 en Irak, et pas 
lui. 
 
 (avec Grant Smith à New York; Nicolas Delame et Henri-Pierre 
André pour le service français) 
 
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