La polémique enfle entre le commandant et Costa Croisières

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LA POLÉMIQUE ENFLE ENTRE LE COMMANDANT DU CONCORDIA ET COSTA CROISIÈRES
LA POLÉMIQUE ENFLE ENTRE LE COMMANDANT DU CONCORDIA ET COSTA CROISIÈRES

par Antonella Cinelli

ILE DU GIGLIO, Italie (Reuters) - Le commandant du Costa Concordia, qui a fait naufrage le 13 janvier au large de la Toscane, a affirmé aux enquêteurs que c'est la compagnie Costa Croisières qui lui avait demandé de s'approcher le plus possible de l'île du Giglio, où le paquebot a heurté un récif.

L'accident a fait au moins treize morts - le corps d'une femme a été retrouvé dimanche - et 20 disparus parmi les plus de 4.200 passagers et membres d'équipage.

Selon le parquet, le Costa Concordia s'est approché à 150 mètres seulement du rivage afin de réaliser une manoeuvre connue sous le nom d'"inchino" ("la révérence"), un salut aux habitants de l'île heureux de voir de nuit cette masse imposante, véritable ville flottante aux mille lumières, frôler la rive.

"C'était prévu. Nous aurions dû le faire (l'"inchino") une semaine plus tôt mais cela n'avait pas été possible en raison du mauvais temps", a déclaré le commandant Francesco Schettino aux enquêteurs, selon des extraits du compte rendu de son audition parus dans la presse italienne.

"Ils (les responsables de la compagnie) ont insisté. Ils disaient 'nous faisons de la navigation touristique, il faut que les gens nous voient, nous devons nous faire de la publicité et saluer l'île'", a ajouté le commandant, que Costa Croisières tient pour responsable de l'accident.

Il a précisé que la "boîte noire" qui enregistre les données de navigation du navire ne fonctionnait plus depuis deux semaines et qu'il avait vainement demandé à la compagnie de la faire réparer.

"JE NE VOULAIS PAS PROVOQUER LA PANIQUE"

Francesco Schettino assure avoir informé en temps réel Costa Croisières de la situation et précise que son attitude a été approuvée par le directeur des opérations de la compagnie, Roberto Ferrarini, lors de plusieurs conversations téléphoniques le soir du drame.

Il reconnaît toutefois avoir attendu pour alerter les garde-côtes et pour donner l'ordre d'évacuation.

"Vous ne pouvez pas évacuer des gens sur des chaloupes de sauvetage et puis, si le navire ne coule pas, dire que c'était une blague. Je ne voulais pas provoquer la panique et voir des gens mourir pour rien", a-t-il dit.

Sur les 13 corps retrouvés, dont quatre ressortissants français, huit ont été identifiés.

De légères traces de pollution dues aux détergents et aux désinfectants, utilisés notamment pour la piscine du bord, ont été repérées près du paquebot mais il n'y a aucune fuite de fioul lourd ou de gazole.

Le commandant Schettino, accusé d'homicides involontaires, d'avoir provoqué le naufrage et abandonné son navire avant son évacuation totale, est assigné à résidence dans sa ville de Meta di Sorrento, au sud de Naples.

Le directeur général de Costa Croisières, Pier Luigi Foschi, pense qu'il a trop attendu pour lancer un SOS et donner l'ordre d'évacuation. Il l'accuse également d'avoir transmis de fausses informations au siège de la compagnie.

Costa Croisières, filiale de Carnival Corp, a suspendu de ses fonctions le commandant Schettino et s'est portée partie civile. La compagnie reproche à son officier d'avoir fait preuve d'une "incroyable négligence" et d'une "totale incapacité à gérer les phases successives de cette situation d'urgence".

Guy Kerivel pour le service français

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