La piste d'un attentat avorté dans le XVIIIe arrondissement

le , mis à jour à 18:42
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LES ENQUÊTEURS ÉTUDIENT LA PISTE D'UN ATTENTAT AVORTÉ DANS LE XVIIIE ARRONDISSEMENT
LES ENQUÊTEURS ÉTUDIENT LA PISTE D'UN ATTENTAT AVORTÉ DANS LE XVIIIE ARRONDISSEMENT

PARIS (Reuters) - Un temps soupçonné d'avoir été à bord de la Seat qui a attaqué des bars et restaurants des Xe et XIe arrondissements de Paris, Salah Abdeslam est désormais suspecté d'avoir conduit la Clio retrouvée dans le XVIIIe après les attentats du 13 novembre.

"C'est une supposition forte", dit une source proche de l'enquête, comme l'a révélé L'Obs, rappelant que l'homme le plus recherché d'Europe a loué deux des trois véhicules utilisés par les djihadistes.

Les enquêteurs s'interrogent également sur son possible rôle dans un éventuel attentat avorté dans le XVIIIe arrondissement.

Dans un communiqué revendiquant les attentats, l'Etat islamique, qui évoque "huit frères", cite, parmi leurs cibles : le Stade de France, le Bataclan, mais aussi "les dixième, le onzième et le dix-huitième arrondissements".

"Au regard de ce communiqué, les enquêteurs s'interrogent sur un projet d'attentat avorté dans le XVIIIe", confirme la source proche de l'enquête.

Salah Abdeslam pourrait-il avoir renoncé à un tel projet? Les déclarations de son frère et des deux hommes qui l'ont ramené de Paris vers la Belgique, samedi matin, viennent nourrir cette thèse.

Interrogé par la RTBF, Mohamed Abdeslam a ainsi déclaré que son frère était encore en vie parce qu'il avait changé d'avis au dernier moment. Pour Hamza Attou, inculpé et incarcéré en Belgique après l'avoir exfiltré de France, il était "peut-être (...) prêt à se faire sauter", a déclaré son avocate.

ABAAOUD RÉCUPÉRÉ PAR SA COUSINE DANS UN ENTREPÔT

Mais "cela relève de leurs déclarations", souligne une source proche de l'enquête. A-t-il eu un problème technique avec sa ceinture d'explosifs, a-t-il renoncé ? Aucune piste n'est privilégiée, confirme une source policière.

Seul élément concret dont disposent les enquêteurs à ce stade : le téléphone portable de Salah Abdeslam a été "accroché" par une borne téléphonique dans cet arrondissement, vendredi soir après les attaques.

Un papier sur lequel était écrit "Roissy-Saint-Martin-République" a par ailleurs été découvert à bord de la Clio, sans que l'on sache à quoi correspond ce mystérieux message.

Les enquêteurs s'interrogent également sur le parcours précis d'Abdelhamid Abaaoud, chef opérationnel présumé des attentats qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés.

Il aurait peut-être été aperçu dès le 12 novembre, veille des attentats, à la station Strasbourg-Saint-Denis du métro parisien, selon une source policière.

Il est en tout cas établi qu'il était présent dans la Seat noire utilisée par le "commando des terrasses", aux côtés de Brahim Abdeslam, frère aîné de Salah, et kamikaze du Comptoir Voltaire, indique la source proche du dossier.

Son empreinte digitale a été retrouvée sur une des trois Kalachnikov saisies dans ce véhicule. Puis, à 22H14, les images de vidéosurveillance le montrent entrant dans le métro à la station Croix-de-Chavaux, où la voiture a été abandonnée.

Le mardi suivant, Hasna Ait Boulahcen, qui se présente comme sa "cousine" et sera tuée, comme lui, lors de l'assaut des forces de l'ordre contre un appartement de Saint-Denis, le récupère dans un entrepôt d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

BEAUCOUP D'APPELS FANTAISISTES

Abaaoud lui avait demandé de lui trouver un logement, précise une source policière. Les enquêteurs verront le couple se rendre de nuit dans le squat de Saint-Denis.

Combien de temps Abaaoud a-t-il passé dans cet entrepôt? Qu'a-t-il fait durant le week-end? "On est en train de retracer son parcours", dit la source proche du dossier.

La police a reçu 13.000 appels en lien avec l'enquête en cours, mais beaucoup sont fantaisistes, souligne une source policière.

La garde à vue de Jawad Bendaoud, qui a fourni l'appartement de Saint-Denis, était toujours en cours lundi et des saisies et analyses se poursuivaient sur le lieu de l'assaut.

Pour l'instant, seuls une arme de poing et des explosifs ont été saisis sur le lieu de l'assaut, mais les enquêteurs soulignent que des grenades défensives ont été utilisées par ceux qui étaient retranchés dans l'appartement.

Un kamikaze du Bataclan reste toujours à identifier, de même que le troisième tué lors de l'assaut des forces de l'ordre -outre Abaaoud et sa "cousine" -, et le troisième homme de la Seat du "commando des terrasses".

Il pourrait s'agir d'une seule et même personne, selon une source proche du dossier. "C'est une des pistes", dit-elle.

Autre inconnue, l'identité réelle de deux des kamikazes du Stade de France, tous deux passés par la Grèce le 3 octobre dernier, et pour lesquels un appel à témoins a été lancé.

(Chine Labbé et Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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  • M898407 le lundi 23 nov 2015 à 18:51

    C'est très bien de pourchasser Daech en Syrie, mais il ne faudrait pas oublier de "nettoyer" aussi chez nous, même si cela agace Mme Taubira....