La perte d'un missile relance le débat sur la dissuasion nucléaire

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LA PERTE D'UN MISSILE RELANCE LE DÉBAT SUR LA DISSUASION NUCLÉAIRE FRANÇAISE
LA PERTE D'UN MISSILE RELANCE LE DÉBAT SUR LA DISSUASION NUCLÉAIRE FRANÇAISE

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - L'explosion ce mois-ci dans le ciel du Finistère d'un missile au coeur de la dissuasion nucléaire de la France révèle une faille dans une stratégie qui fait polémique en raison de son coût exorbitant, estimé à environ 3,5 milliards d'euros annuels.

Lors d'un tir d'essai depuis le sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Vigilant, un missile balistique stratégique M51 a détecté une anomalie quelques secondes après son lancement et, conformément aux procédures, s'est autodétruit.

"L'échec du 5 mai ne remet pas pour autant en cause la dissuasion", déclare le porte-parole du ministère de la Défense, Pierre Bayle, qui précise que le missile ne portait "naturellement" pas de charge nucléaire et dit espérer que le problème sera identifié et résolu dans les semaines à venir.

L'incident n'est pourtant pas banal parce qu'il indique que la fiabilité du missile de dernière génération qui doit équiper d'ici à 2016 les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de la marine nationale n'est pas encore au point.

Si, mis à part l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard et les écologistes, presque personne ne remet en cause le dogme, réaffirmé par François Hollande, de la dissuasion, des voix s'élèvent pour suggérer qu'il faudrait réduire la voilure.

"C'est une arme indispensable mais c'est avant tout une arme politique qui n'a pas pour vocation de servir et c'est vrai que dépenser moins sur la dissuasion permettrait de se concentrer sur l'outil conventionnel dont le caractère opérationnel est menacé", souligne un cadre de l'armée de terre.

VARIABLE D'AJUSTEMENT

Si elle a échappé au pire des scénarios élaborés par le ministère des Finances grâce notamment au succès de son intervention au Mali, l'armée française devra poursuivre son régime draconien dans un contexte d'économies, préconise le Livre blanc dévoilé le mois dernier.

Le document qui définit la stratégie du pays en matière de défense et de sécurité pour la période 2014-2019 prévoit notamment 24.000 réductions de postes à partir de 2016.

L'armée de terre, qui devra rogner sur les coûts de préparation et d'entretien de ses matériels et craint qu'un programme de remplacement de ses blindés vieillissants soit étalé dans le temps, est particulièrement touchée.

"Le Livre blanc se traduira par des réductions de cibles et des étalements de programmes qui seront durement ressentis et, une fois de plus, ce sont les forces conventionnelles qui servent de variable d'ajustement", a déploré mardi soir Christian Mons, président du Groupement des industries de défense (Gicat) lors d'un débat aux Invalides.

L'effort destiné au secteur conventionnel n'a en effet cessé de se rétrécir ces dernières années, avec pour conséquences de réelles lacunes, notamment en matière de renseignement, de drones ou d'avions de transport et de ravitaillement, illustrées récemment lors de l'opération Serval au Mali.

Par contraste, les sommes allouées à la dissuasion n'ont parallèlement guère évolué depuis des décennies et représentent plus de 10% du budget annuel de la défense, gelé à 31,4 milliards d'euros pour au moins les deux ans à venir.

POSTURE GUERRIÈRE

L'échec du lancement du M51 illustre ce que coûte vraiment la dissuasion.

Cette petite fusée qui peut peser plus de 50 tonnes vaut en effet quelque 120 millions d'euros, apprend-on de source industrielle, auxquels il faut ajouter le prix du dispositif gigantesque nécessaire à la réalisation d'un essai pour avoir une idée de la facture de la déflagration du 5 mai.

Astrium, la filiale espace d'EADS qui fabrique ce missile, se refuse à confirmer ces chiffres ou le fait que le programme M51, dont le coût total s'élève à plusieurs milliards d'euros, pourrait être menacé.

"Tout est classifié", dit-on chez Astrium.

Le Livre blanc réaffirme que la dissuasion nucléaire est l'ultime garantie de la souveraineté nationale et le chef de l'Etat a souhaité maintenir ses deux composantes, océanique et aérienne.

Elaborée à partir de 1958 dans un contexte de Guerre froide par le général de Gaulle, qui voyait en la France une grande puissance devant maintenir son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, la stratégie nucléaire "reste pertinente pour une question de statut pour un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et sous la menace d'un risque de prolifération des armes nucléaires", juge Pierre Servent, l'un des meilleurs experts français des questions militaires.

Dans un contexte de récession, il convient cependant, ajoute-t-il, de rééquilibrer la balance en faveur du secteur conventionnel, par exemple en ne conservant que la composante sous-marine de la dissuasion - celle-là même qui pose question après l'échec du lancement depuis Le Vigilant.

"François Hollande a sanctuarisé les deux composantes parce qu'il avait besoin d'une posture guerrière mais il lui faudra bien y venir et prendre le problème à bras-le-corps", estime Pierre Servent.

Edité par Yves Clarisse

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  • lorant21 le mercredi 29 mai 2013 à 15:13

    60 000 profs en plus.. dont la Cour des Comptes dit qu'ils sont inutiles. Oui, certes, mais ils votent bien!

  • M9095115 le mercredi 29 mai 2013 à 15:02

    24000 postes supprimés dans l'armée et 60000 créés dans le fonctionnariat.Voila la politique des branquignoles socialistes.Israel a plus de militaires que nous pour une population de 8,5 millions

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