La perpétuité requise à Paris contre Pascal Simbikangwa

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FLA PERPÉTUITÉ REQUISE CONTRE PASCAL SIMBIKANGWA
FLA PERPÉTUITÉ REQUISE CONTRE PASCAL SIMBIKANGWA

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Vingt ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, le ministère public a requis mercredi la prison à vie pour le premier Rwandais jugé à Paris pour sa participation présumée aux massacres.

Au terme de six semaines de procès qui ont, selon l'accusation, montré que Pascal Simbikangwa, ancien militaire et agent des renseignements rwandais, était un "donneur d'ordres", l'avocat général a demandé la requalification des faits qui lui sont reprochés en faits de génocide et non plus complicité.

Pascal Simbikangwa "est de ceux qui ont fait commettre", a déclaré mercredi le vice-procureur Aurélia Devos, responsable du pôle génocide du tribunal de grande instance de Paris.

"Sa volonté est nette quand, au-delà des armes distribuées, il encourage, ordonne, impulse", a-t-elle ajouté.

Pascal Simbikangwa, paraplégique depuis un accident de la route en 1986, nie toute implication dans les massacres qui ont fait quelque 800.000 morts en 100 jours entre avril et juillet 1994.

Il dénonce des faux témoignages et se dit victime d'une "chasse aux sorcières" orchestrée par l'ancienne rébellion Tutsi désormais au pouvoir.

"Au Rwanda, on se bat contre l'innocence", a-t-il dit à la Cour, rappelant que sa mère était Tutsi et son père Hutu.

Pascal Simbikangwa minimise depuis six semaines son importance dans l'appareil d'Etat rwandais, se décrivant comme un "simple agent".

Mais plusieurs témoins, rescapés ou exécutants du génocide condamnés au Rwanda, ont décrit à la barre un "tortionnaire", craint à travers le pays et proche du président Juvénal Habyarimana, mort début avril 1994.

Les témoignages les plus forts sont venus de Tutsi protégés par l'accusé pendant le génocide - une cinquantaine selon Pascal Simbikangwa, qui se considère comme un Juste.

VERDICT VENDREDI

Tout en le remerciant de les avoir sauvés, certains ont dit avoir vu des armes stockées chez lui et des miliciens venir se ravitailler. D'autres ont fait état de son "activité intense", alors que l'accusé dit être peu sorti pendant le génocide, et s'être consacré à l'écriture.

"Tout ceci est une histoire humaine complexe", a déclaré Aurélia Devos. "Les sauvés ont pu l'être par ceux qui étaient des autorités, des autorités qui par ailleurs tuaient."

Les témoignages sont cruciaux dans ce procès qui ne repose sur aucune victime directe. Les parties civiles sont cinq associations de défense des droits de l'homme.

Mais vingt ans après les faits, certains sont fragiles, parfois contradictoires, ce que les avocats de la défense n'ont eu de cesse de souligner.

"La grande difficulté est qu'ils sont confrontés à la mémoire des faits, mais aussi à la mémoire de leurs propres témoignages qui remontent à cinq, parfois dix ans", dit Marcel Kabanda, historien et président de l'association de rescapés Ibuka.

La France, longtemps perçue comme une terre d'asile pour les bourreaux et condamnée en 2004 pour la lenteur de sa justice, a la compétence de juger des Rwandais depuis 1996.

Une vingtaine de plaintes ont été déposées à Paris contre des génocidaires présumés et ce premier verdict pourrait faciliter ou au contraire compliquer de futures enquêtes.

"Côté rwandais c'est assez simple, c'est 'vous n'avez pas voulu extrader, vous avez voulu juger vous-mêmes, on va voir si vous êtes capable de juger des génocidaires rwandais", souligne un haut magistrat.

La Cour de cassation a encore récemment rendu un avis défavorable à l'extradition de trois Rwandais accusés par Kigali d'avoir participé au génocide des Tutsi en 1994, confirmant sa jurisprudence en la matière.

Les six jurés et trois juges professionnels chargés de décider du sort de Pascal Simbikangwa rendront leur verdict vendredi, quelques semaines avant les commémorations du vingtième anniversaire du génocide.

(Edité par Yves Clarisse)

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