La panique initiale passée, le dollar profite de l'effet Trump

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    * Le dollar est vite reparti de l'avant 
    * Les marchés croient toujours à une hausse de taux en 
décembre 
    * Les projets fiscaux et budgétaires de Trump jugés bon pour 
le dollar 
    * Les banques n'en sont pas encore à relever leurs 
prévisions 
 
    par Patrick Graham 
    LONDRES, 10 novembre (Reuters) - Il n'a fallu que huit 
heures mercredi au marché des changes pour passer à la broyeuse 
le scénario qui prévalait depuis un mois selon lequel une 
élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis serait 
mauvaise pour le dollar.  
    Certes, comme l'avaient prédit des dizaines de banques, 
d'analystes et de gérants, le billet vert s'est effondré dans un 
premier temps face au yen en réaction à la victoire du candidat 
républicain, perçue comme porteuse de risques majeurs pour la 
croissance, le commerce et la sécurité dans le monde. 
    Les volumes de transactions dollar/euro ont atteint dix fois 
la moyenne au Japon et à Hong Kong et les autorités japonaises 
ont organisé une réunion exceptionnelle pour étudier la 
nécessité de mesures destinées à apaiser le marché.  
    Mais quelques heures plus tard seulement, au lever du jour à 
New York, le dollar ne perdait plus que 0,5% face à la devise 
japonaise et il était reparti à la hausse face à l'euro et au 
franc suisse. 
    Dans leurs commentaires de mercredi, plusieurs grandes 
banques internationales, comme HSBC, ont souligné les risques à 
court terme de l'élection de Donald Trump pour le dollar, mais 
elles n'ont pas pour autant modifié leurs prévisions à plus long 
terme.  
    En fait, pour nombre de cambistes, le discours tenu par le 
président élu pendant toute la campagne est globalement 
favorable au dollar, notamment parce qu'il devrait permettre le 
retour de centaines de milliards de capitaux aux Etats-Unis.  
    "Les implications à moyen et long termes sont extrêmement 
difficiles à évaluer parce qu'il y a beaucoup d'inconnues sur la 
réalité de la mise en oeuvre du programme de Donald Trump et des 
annonces pré-électorales", expliquent les analystes d'UniCredit 
dans une note.  
     
    UN TON CONCILIANT 
    "Nous sommes en train d'étudier de près la situation et nous 
réviserons probablement un certain nombre de nos prévisions", 
ajoutent-ils. 
    Les prédictions d'une chute du dollar si Trump l'emportait 
mardi se fondaient surtout sur l'hypothèse d'un choc sur les 
marchés susceptible de contraindre la Réserve fédérale à 
renoncer à la hausse de taux d'intérêt attendue le mois 
prochain. Mais le rebond très rapide et marqué des marchés 
actions a vite remis en cause ce raisonnement, la probabilité 
estimée d'une hausse de taux en décembre remontant à plus de 
70%.  
    "La hausse de taux de la Fed est de nouveau d'actualité, 
même avec Trump à la Maison blanche", estime Kathleen Brooks, 
responsable de la recherche du courtier City Index à Londres. 
    "Le ton conciliant de Trump dans son discours de victoire a 
peut-être apaisé certaines inquiétudes, ou peut-être les marchés 
n'ont-ils aucune idée de la manière d'évaluer l'impact de sa 
victoire faute de précédent historique." 
    George Saravelos, principal responsable de la stratégie de 
Deutsche Bank à Londres, ne voit quant à lui aucune raison de 
remettre en question ses prévisions, qui figurent parmi les plus 
optimistes sur les perspectives d'évolution du dollar.  
    Comme beaucoup d'autres, il met en avant la perspective d'un 
rapatriement massif aux Etats-Unis d'avoirs en dollar par des 
multinationales en cas d'amnistie fiscale, ainsi que les 
promesses de Trump d'augmenter les dépenses budgétaires. 
    "Il y a d'une part l'aspect budgétaire favorable et puis la 
réforme de l'impôt des sociétés, qui pourrait déboucher sur des 
rapatriements importants", dit-il, évoquant "un message global 
assez solide favorable au dollar". 
     
    UN RAPATRIEMENT MASSIF DE CAPITAUX POSSIBLE 
    Avant l'élection, Donald Trump et Hillary Clinton ont l'un 
comme l'autre promis des mesures visant à inciter les grandes 
entreprises à rapatrier aux Etats-Unis une partie des quelques 
2.100 milliards de dollars (1.920 milliards d'euros) qu'elles 
conservent hors du pays pour éviter qu'ils soient soumis à 
l'impôt sur les sociétés. 
    Le fait que le Parti républicain ait conservé la majorité au 
Sénat comme à la Chambre des représentants renforce la 
perspective d'une mesure comparable à l'Homeland Investment Act 
de George W. Bush, qui avait permis le retour de quelque 300 
milliards de dollars de capitaux il y a une dizaine d'années, 
favorisant à l'époque l'appréciation du dollar. 
    L'impact potentiel sur le billet vert d'une telle initiative 
reste toutefois sujet à débat, notamment parce que les comptes 
d'Apple, Microsoft et d'autres multinationales concernées 
suggèrent que leurs avoirs à l'étranger sont déjà libellés en 
dollars, ce qui limiterait les conséquences de leur 
rapatriement. Reste que les spéculations sur le sujet ont 
favorisé la devise américaine depuis plusieurs mois déjà.  
    "Le fait que des entreprises américaines détiennent hors du 
pays des réserves de liquidités d'un montant sans précédent est 
l'une des raisons pour lesquelles une nouvelle amnistie fiscale 
sur les rapatriements pourrait apporter au dollar un soutien 
plus important qu'en 2005", estimait ainsi Morgan Stanley dans 
une étude publiée en juillet. 
    "Nous soulignons toutefois que le chiffre global des 
bénéfices détenus à l'étranger dépasse le montant des devises 
non couvert, qui est pertinent pour le marché des changes." 
    George Saravelos, chez Deutsche Bank, se veut quant à lui 
prudent sur la parité dollar/yen, expliquant que si Donald Trump 
impose des barrières douanières contre les produits fabriqués en 
Chine ou ailleurs, une partie des capitaux détenus dans les pays 
visés pourraient se réfugier au Japon. 
    "Nous voyons le yen se porter mieux que tous les autres 
grâce à la rupture que cela provoquerait en Asie. Nous voyons le 
yen à 94 pour un dollar d'ici la fin de l'année", précise-t-il.  
    Jeudi, le yen se traitait autour de 106,15 pour un dollar 
 JPY=  à 10h00 GMT. 
        
 
 (Marc Angrand pour le service français) 
 

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