La nouvelliste canadienne Alice Munro Nobel 2013

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ALICE MUNRO, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
ALICE MUNRO, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE

par Sven Nordenstam et Niklas Pollard

STOCKHOLM (Reuters) - Alice Munro, plusieurs fois distinguée pour ses recueils de nouvelles qui racontent les combats, les amours et les tragédies de femmes des bourgades de son Canada natal, a été récompensée jeudi par le prix Nobel de littérature 2013.

Pour l'Académie de Suède, cette écrivain de langue anglaise aujourd'hui âgée de 82 ans est "le maître de la nouvelle contemporaine".

"Certains critiques voient en elle une Tchekhov canadienne", relèvent les académiciens suédois sur leur site internet.

Alice Munro, qui a commencé à écrire des histoires à l'adolescence, s'était fait remarquer par la critique dès la publication de son premier recueil intitulé "Dance of the Happy Shades" paru en 1968.

Parmi ses recueils de nouvelles figure "The View from Castle Rock" (2006), suivi trois ans plus tard de "Too Much Happiness".

"Ses textes décrivent souvent des événements de tous les jours qui se révèlent décisifs, des sortes d'épiphanies, qui illuminent toute l'histoire et font jaillir les questions existentielles comme des éclairs", écrit l'Académie de Suède.

La nouvelliste vit à Clinton, dans l'Ontario, non loin de la maison de son enfance.

Elle est le deuxième écrivain né au Canada à être couronné d'un Nobel de littérature après Saul Bellow, qui le reçut en 1976. Né au Québec, Saul Bellow a passé son enfance à Chicago et est considéré par beaucoup comme un auteur américain.

Alice Munro collectionne les prix littéraires: Man Booker International Prize en 2009, deux Giller Prizes, la plus haute distinction littéraire canadienne, trois Governor General Awards pour la fiction.

PAS "UN ROMAN EN MINIATURE"

Recevant un prix en 1998, elle admettait "être incapable de se débarrasser de l'habitude" d'écrire des nouvelles.

Son thème d'exploration préféré est l'entrée dans l'âge adulte de jeunes filles dans de petites villes du Canada, comme celle de Wingham où elle a vu le jour en 1931 dans une famille d'agriculteurs.

On lui reconnaît le talent de camper des personnages en profondeur, malgré la brièveté inhérente à la nouvelle.

Dans une critique publiée dans le New York Times, la grande romancière américaine Joyce Carol Oates a écrit que les nouvelles d'Alice Munro ont "la densité morale, émotionnelle et parfois historique de romans d'autres auteurs".

En 2009, Alice Munro, qui a horreur de la publicité et n'accorde que de très rares interviews, révèle avoir subi un pontage coronarien et être suivie pour un cancer.

Dans un entretien publié en juillet par le New York Times, elle évoque l'art de la nouvelle, longtemps considéré comme mineur par rapport au roman dans la littérature mondiale.

Elle rejette l'idée selon laquelle ses nouvelles seraient "des romans en miniature".

"Lorsque je travaillais sur mes cinq premiers ouvrages, je souhaitais pouvoir écrire un roman", explique-t-elle. "Je pensais que tant qu'on n'a pas commis de roman, on n'est pas pris au sérieux en tant qu'écrivain".

Elle ajoute: "Cela me troublait énormément à l'époque mais plus rien ne me trouble aujourd'hui. En outre, les choses ont changé et je pense que les nouvelles sont prises beaucoup plus au sérieux aujourd'hui qu'autrefois".

Elle a déclaré jeudi sur Radio Canada espérer que ce prix "fasse prendre conscience aux gens de l'importance de la nouvelle en tant qu'art. Ce n'est pas juste quelque chose avec lequel on s'amuse jusqu'à ce qu'on se mette à écrire un roman".

Le prix Nobel de littérature est accompagné d'une bourse de huit millions de couronnes (1,25 million de dollars).

Avec Cameron French à Toronto; Pierre Sérisier et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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