La nouvelle loi belge sur l'euthanasie critiquée à l'étranger

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LA LOI BELGE SUR L'EUTHANASIE ÉLARGIE AUX MINEURS CRITIQUÉE À L'ÉTRANGER
LA LOI BELGE SUR L'EUTHANASIE ÉLARGIE AUX MINEURS CRITIQUÉE À L'ÉTRANGER

par Robert-Jan Bartunek

BRUXELLES (Reuters) - La presse belge fait part vendredi de son incompréhension face aux critiques venues de l'étranger, au lendemain du vote par le Parlement d'une loi qui étend l'euthanasie aux mineurs, quel que soit leur âge.

Pour la plupart des médias belges, cette législation, qui doit maintenant être promulguée par le roi Philippe, est avant tout humaine et ne concerne que des enfants malades en phase terminale, dont la mort est imminente et dont les souffrances sont grandes.

"Pour la première fois depuis 1830, nous nous retrouvons en pointe du progrès moral. Nous pouvons en être fiers", écrit le quotidien belge De Morgen.

Une opinion qui n'est pas toujours partagée à l'étranger.

Dans un éditorial, Die Welt juge que la Belgique s'est fourvoyée dans un "abîme moral". "Un Etat qui autorise une telle chose est un Etat en faillite", estime le quotidien allemand.

Aux Etats-Unis, le télévangéliste Pat Robertson voit dans la nouvelle loi la confirmation d'une "cruauté" belge déjà prouvée, selon lui, lors de la colonisation en Afrique, allusion à l'attitude des autorités dans l'ex-Congo belge.

"Ils torturaient les indigènes, ils leur coupaient les mains quand la production n'était pas suffisante. Ils les fouettaient et ils les marquaient au fer rouge. C'était tout simplement horrible", a déclaré Pat Robertson sur la chaîne Catholic Broadcast Network.

"On le voit, les Belges ne sont pas particulièrement connus pour leur esprit de compassion", a ajouté le télévangéliste.

"PENTE GLISSANTE"

Le mois dernier, dans une tribune, le très conservateur éditeur Steve Forbes, ancien candidat à l'investiture du Parti républicain pour la présidentielle américaine en 1996 et 2000, écrivait:

"Nous sommes sur une pente glissante qui nous conduit à une société comme on en rêvait dans l'Allemagne nazie, où on traite les 'indésirables' comme de vieux habits..."

Ces violentes critiques ne sont pas comprises en Belgique.

Pour Bart Sturtewagen, rédacteur en chef du quotidien De Standaard, le plus diffusé dans le pays, l'euthanasie ne fait plus vraiment débat en Belgique depuis l'adoption de la première loi en 2002.

"Je suis mécontent d'entendre dire dans les médias étrangers 'vous allez tuer des enfants'. Nous n'employons plus ce genre de langage. Le débat est autre, et à un autre niveau", dit-il.

La Chambre des représentants a adopté jeudi la loi par 86 voix pour, 44 contre et 12 abstentions. Dans la galerie du public, quelqu'un a crié en français "assassins !" à l'annonce du résultat du vote.

La Belgique est ainsi devenue le premier pays à autoriser l'euthanasie pour les enfants malades quel que soit leur âge. Seuls les Pays-Bas l'autorisent déjà pour les enfants âgés de douze ans au moins.

Les chrétiens-démocrates, bien que membres du gouvernement de coalition d'Elio Di Rupo, se sont opposés à cette initiative, de même que les dirigeants religieux chrétiens, musulmans et juifs, et l'extrême droite flamande du Vlaams Belang.

Les évêques catholiques ont organisé plusieurs jours de prière et de jeûne pour manifester leur hostilité au texte.

Avec Philip Blenkinsop, Guy Kerivel pour le service français

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