La nouvelle jeunesse de la vénérable médecine tibétaine

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Le praticien tibétain Yeshi Dhonden dans une pièce de sa clinique tibétaine à Dharamsala, le 23 mars 2017 ( AFP / Prakash SINGH )
Le praticien tibétain Yeshi Dhonden dans une pièce de sa clinique tibétaine à Dharamsala, le 23 mars 2017 ( AFP / Prakash SINGH )

Avant même la levée de l'aube sur l'Himalaya indienne, les files d'attente se forment devant la porte de Yeshi Dhonden: cette icône de la médecine tibétaine, une thérapie sans médicaments, attire des patients du monde entier.

Si cette médecine alternative vieille de plusieurs siècles connaît un nouvel engouement en Asie et au-delà, elle reste considérée avec scepticisme par la communauté scientifique tandis que l'Inde et la Chine cherchent toutes deux à la capter.

Médecin du dalaï lama pendant plus de 30 ans, Yeshi Dhonden presse les doigts d'un patient et son poignet gauche. Il penche sa tête afin de pouvoir écouter le pouls de plus près.

"Je ne pratique pas de tests comme les rayons X et tout ça. Je me fais confiance. Je teste seulement le pouls et l'urine", confie à l'AFP le moine bouddhiste de 92 ans.

Un membre du personnel de la Clinique Herboriste Tibétaine emballe des médicaments traditionnels à Dhara
Un membre du personnel de la Clinique Herboriste Tibétaine emballe des médicaments traditionnels à Dharamsala, le 23 mars 2017 ( AFP / Prakash SINGH )

Les techniques anciennes auxquelles il recourt pour traiter toutes formes de maladies vont de la saignée aux herbes disposées sur les points d'énergie du corps.

Des milliers de personnes atteintes d'un cancer, de maladies dégénératives ou d'autres maux viennent le consulter dans sa clinique de McLeod Ganj, une ville de montagne dans le nord de l'Inde où a trouvé refuge le gouvernement tibétain en exil.

"Si les malades viennent à moi, je prendrai soin d'eux", déclare Yeshi Dhonden en recevant dans son cabinet, décoré de parchemins tibétains et d'images du dalaï lama souriant.

- 'Énergies intérieures' -

Les partisans de la médecine tibétaine assurent qu'elle accomplit des merveilles, mais peu d'études scientifiques ont été menées sur son efficacité réelle.

Les pratiques de la discipline sont issues de quatre textes fondateurs, ou "tantras", dont ont émergé deux chapelles médicales distinctes, Chakpori et Men-Tsee-Khang.

Ces tantras répertorient des milliers de maladies. Pour chaque cas de figure, elles préconisent une certaine concoction d'herbes et de minéraux - généralement trouvés sur les hauteurs de l'Himalaya.

Tsewang Tam Din, médecin dans la branche de l'école Men-Tsee Khang de McLeod Ganj, le 23 mars 2017 à
Tsewang Tam Din, médecin dans la branche de l'école Men-Tsee Khang de McLeod Ganj, le 23 mars 2017 à Dharamsala en Inde ( AFP / Prakash SINGH )

"Nous croyons que les maladies sont causées lorsque nos énergies intérieures sont déséquilibrées", explique Tsewang Tam Din, médecin dans la branche de l'école Men-Tsee Khang de McLeod Ganj, l'un des nombreux établissements de ce type en Inde.

S'emparant d'un délicat marteau doré, il décrit comment les soigneurs le chauffent dans le feu puis le placent sur certains points du corps pour apaiser la douleur et guérir des malaises récurrents sans avoir recours à la médecine moderne.

"L'idée derrière notre système de santé est que personne ne devrait avoir à prendre des médicaments toute sa vie pour des problèmes chroniques comme l'arthrite ou le diabète", dit-il.

- Empathie -

La médecine tibétaine, comme de nombreuses médecines traditionnelles en Asie, est considérée avec circonspection en Occident et par la communauté médicale officielle.

L'une des raisons pour lesquelles elle devient plus populaire en Asie et ailleurs est peut-être qu'"il a beaucoup d'empathie envers le patient dans la médecine tibétaine - cela vient de la pensée du bouddhisme", analyse le cardiologue indien D. Prabhakaran.

Mais comme elle ne fait l'objet d'aucune standardisation ni d'essais cliniques, elle aura bien du chemin à parcourir pour entrer véritablement dans les m½urs en Occident, relève-t-il.

Un membre du personnel de la Clinique Herboriste Tibétaine emballe des médicaments traditionnels à Dhara
Un membre du personnel de la Clinique Herboriste Tibétaine emballe des médicaments traditionnels à Dharamsala, le 23 mars 2017 ( AFP / Prakash SINGH )

La Chine et l'Inde cherchent chacune à endosser la médecine tibétaine et son regain de popularité: en avril, les deux puissances asiatiques ont déposé séparément une candidature auprès de l'Unesco pour qu'elle intègre le patrimoine immatériel de l'humanité.

La question du Tibet et de son peuple est un dossier sensible entre les deux pays. L'Inde abrite sur son territoire le dalaï lama et une importante diaspora tibétaine depuis sa fuite face aux troupes chinoises en 1959.

New Delhi a officiellement reconnu depuis 2010 la médecine tibétaine, ce qui ouvre à celle-ci la porte des établissements médicaux en Inde et facilite investissements et recherches dans ce domaine.

Une bonne nouvelle pour les adeptes comme Abdul Rehman, 60 ans, qui toute sa vie a préféré l'alternative tibétaine à la médecine moderne. "Je souffrais d'un rhume récurrent qui a été guéri en un an", affirme-t-il en collectant des pilules aux herbes dans une clinique d'une banlieue cossue de Delhi.

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