La mythique prison de la Santé ferme pour cinq ans

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LA PRISON DE LA SANTÉ FERME POUR CINQ ANS
LA PRISON DE LA SANTÉ FERME POUR CINQ ANS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - La prison parisienne de la Santé, dont le célèbre quartier "VIP" a accueilli de nombreuses personnalités, de Carlos à Bernard Tapie, ferme ses portes lundi pour une rénovation de cinq ans qui doit la remettre en état, mais dont d'anciens résidents espèrent qu'elle ne détruira pas sa toute relative "humanité".

La modernisation de cet établissement mythique du XIXe siècle, situé en plein coeur de Paris - dans la rue de la Santé qui lui donnera son nom -, fait partie des grands chantiers pénitentiaires lancés par Christiane Taubira pour plus de 800 millions d'euros, avec les Baumettes à Marseille et Fleury-Mérogis dans l'Essonne.

La prison, dont seul le quartier de semi-liberté qui accueille aujourd'hui 80 personnes restera ouvert, présente un état de "vétusté avancé", selon le ministère de la Justice.

La Santé sera donc remise à neuf, mais les contours exacts des travaux dont elle bénéficiera n'ont pour l'heure pas été dévoilés.

"L'idée est d'offrir davantage de dignité aux détenus en conservant la proximité humaine d'un établissement implanté au c½ur de la ville", explique-t-on à la Chancellerie. "Le projet sera rendu public après la signature du contrat d'ici la fin de l'année 2014."

Plusieurs blocs de la maison d'arrêt avaient été fermés dès 2006 en raison de leur insalubrité.

"Les gens se prenaient des bouts de plafond sur la tête", témoigne François Bès, coordinateur pour l'Ile-de-France de l'Observatoire international des prisons (OIP).

"C'était dans un tel état de décrépitude qu'il fallait absolument rénover", ajoute-t-il, évoquant, entre autres, l'entassement de certains détenus, à trois voire quatre par cellule et la chaleur, l'été, de cellules situées dans les derniers étages.

RÉPUTATION

Dans un rapport publié début 2012, le contrôleur général des lieux de privation de liberté soulignait que la dégradation affectait "les murs, souvent décrépis et humides, les sols au revêtement défaillant ou absent, les sanitaires, la fermeture défectueuse des fenêtres, la température ambiante."

Pourtant, l'annonce de la fermeture de la Santé jusqu'en 2019 n'a pas toujours été bien accueillie.

De nombreux observateurs redoutaient que les transferts des détenus - 621 au 1er janvier - n'aggravent la surpopulation déjà constatée dans les établissements d'Ile-de-France, où la quasi-totalité d'entre eux ont été progressivement répartis.

Surtout, nombre de détenus, paradoxalement attachés à leur maison d'arrêt, ont confié à leur avocat craindre un nouvel environnement carcéral moins favorable.

"Chaque prison a sa réputation", explique Me Francis Vuillemin, dont plusieurs dizaines de clients sont passés par la Santé ces vingt dernières années, d'anonymes aux médiatiques Carlos, Ziad Takieddine ou encore Maurice Papon.

Quand Fresnes est connue pour sa dureté dans l'application du règlement, la Santé, elle, était réputée plus souple. Une souplesse voulue pour compenser la dégradation des lieux, comme le notait en 2012 le contrôleur des prisons.

"C'est paradoxal parce qu'elle était très ancienne, très vétuste, mais c'est vrai que les détenus y retrouvaient une forme d'humanité dans les relations avec le personnel pénitentiaire notamment", explique Francis Vuillemin.

Me Philippe Ohayon, dont une cinquantaine de clients a été incarcérée à la Santé, décrit également une prison aux conditions de détention difficiles mais à l'encadrement social "sur mesure."

"ON HABITE LE 14E ARRONDISSEMENT"

"C'était une prison à l'ancienne, à taille humaine et à visage humain. Maintenant, vous avez des prisons très modernes, mais sans hommes."

Sa situation, au coeur de Paris, donnait un moindre sentiment d'exclusion aux détenus et en faisait l'une des prisons favorites de leurs proches et des avocats. "Un de mes clients me disait, quand on est incarcéré à la Santé, on habite le 14e arrondissement", raconte Francis Vuillemin.

Pour Régis Grava, surveillant dans cette maison d'arrêt depuis 2000 et permanent syndical Ufap-Unsa Justice de Paris depuis trois ans, "la Santé, c'est un tatouage indélébile".

"Certains surveillants disent avoir connu le paradis, et maintenant aller vers l'inconnu", dit-il.

La réputation du quartier dit des "VIP", une dizaine de cellules du bloc A où les détenus étaient seuls, pouvaient jouer aux cartes et n'entraient jamais en contact avec les autres prisonniers, a contribué à forger cette image plutôt favorable de la Santé, même si cette aile n'avait "rien d'un hôtel quatre étoiles", insistent des avocats.

Après une mauvaise expérience à Fresnes où, selon son défenseur, d'autres détenus lui "crachaient au visage" et lui "lançaient des pierres", le médecin allemand Dieter Krombach, condamné à 15 ans de réclusion pour la mort de sa belle-fille française, redoutait son transfert hors de la Santé, où sa détention s'est "toujours bien passée". En mai 2014, son avocat a même écrit à la directrice de l'établissement pour lui faire part de cette inquiétude.

Des observateurs du monde pénitentiaire, qui déplorent les contacts moins fréquents entre personnels et détenus dans les prisons modernes, espèrent que la rénovation de cette maison d'arrêt ne se fera pas au détriment de son "âme".

"Je souhaite, comme d'autres avocats, que demeure l'esprit de cette prison, cet esprit particulier, unique", dit Francis Vuillemin.

(édité par Sophie Louet)

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  • M1765517 le lundi 21 juil 2014 à 11:37

    Nous incapables profiteurs gouvernants et leur cliques prevoient l'avenir en modernisant leur futurs appartements !

  • lorant21 le lundi 21 juil 2014 à 10:24

    Une bonne opération immobilière sur le terrain aurait probablement permis de construire plusieurs prisons neuves en banlieue. Mais bon, il faut bien une adresse parisienne pour la JET SET! :-)