La musique s'arrête et les Cubains pleurent leur "père" Fidel

le , mis à jour à 23:01
3
Vue d'une rue de la Havane le 26 novembre 2016 après la mort de Fidel Castro ( AFP / YAMIL LAGE )
Vue d'une rue de la Havane le 26 novembre 2016 après la mort de Fidel Castro ( AFP / YAMIL LAGE )

Dès l'annonce de la mort de Fidel Castro vendredi soir, les rues de toutes les villes du pays se sont tues, plongeant dans la stupeur cette île que le "Comandante" a façonnée à son image durant un demi-siècle.

"C'est avec une profonde douleur que j'informe notre peuple et les amis des Amériques et du monde, que le commandant en chef de la Révolution cubaine est décédé à 22h29 ce soir" (03h29 GMT samedi), venait d'annoncer à la télévision nationale son frère Raul Castro.

"Tout le monde était stupéfait, c'était un moment très triste", raconte Yaimara Gomez, une employée de l'Hôtel Presidente à La Havane.

Des habitants se réunissent au petit matin à la Havane après la mort de Fidel castro, le 26 novembre 201
Des habitants se réunissent au petit matin à la Havane après la mort de Fidel castro, le 26 novembre 2016 ( AFP / YAMIL LAGE )

Contrairement aux nombreuses fausses rumeurs de son décès par le passé, cette fois, l'homme que la plupart des Cubains avaient connu comme dirigeant et qui avait survécu à plus de 600 tentatives d'assassinat selon le renseignement cubain, venait de mourir.

Sur les 11,2 millions d'habitants de l'île, on estime que 70% d'entre eux sont nés sous ce régime communiste, qui a fait impitoyablement taire toute opposition, emprisonnée ou exilée. Mais même désabusée, une large partie de la population restait "fidéliste", attachée au personnage et aux deux vitrines sociales du régime : santé et éducation.

Un habitant au petit matin à la Havane après la mort de Fidel Castro, le 26 novembre 2016
Un habitant au petit matin à la Havane après la mort de Fidel Castro, le 26 novembre 2016 ( AFP / YAMIL LAGE )

"Perdre Fidel c'est comme perdre un père, un guide, le phare de cette Révolution", a déclaré Michel Rodriguez, un boulanger de 42 ans qui a appris l'information à la radio. Les autorités cubaines ont décrété samedi neuf jours de deuil national.

"Fidel Castro était le plus grand", sanglotait Aurora Mendez, qui malgré ses 82 ans travaille encore dans une cafeteria de la vieille Havane. Comme beaucoup d'autres, elle a été surprise par la nouvelle au petit matin.

Les circonstances de la disparition du "Lider Maximo" n'avaient pas encore filtré samedi. Ces dernières années, Fidel Castro recevait les personnalités et dirigeants étrangers dans sa résidence de l'ouest de La Havane. Il avait cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006 après une hémorragie intestinale.

- Liesse à Miami, silence à La Havane -

Des habitants au petit matin à la Havane après la mort de Fidel Castro, le 26 novembre 2016
Des habitants au petit matin à la Havane après la mort de Fidel Castro, le 26 novembre 2016 ( AFP / YAMIL LAGE )

Tandis que des scènes de liesse accueillaient la nouvelle à Miami, bastion des exilés cubains, La Havane, ville généralement bruyante où la musique est omniprésente, restait silencieuse samedi.

Le célèbre Malecon, le boulevard longeant la mer très fréquenté le week-end, était inhabituellement vide ce samedi. La police a bloqué les accès à la place de la Révolution et jusqu'au 4 décembre, "toutes les activités et spectacles publics" seront interrompus, selon le communiqué officiel. Deuil national oblige, la vente d'alcool sera également interdite.

Aux abords de l'université de La Havane, quelques dizaines d'étudiants se sont réunis dans une atmosphère de recueillement samedi après-midi, arborant notamment posters et pancartes disant notamment "Merci pour tout Fidel !".

La province était aussi gagnée par un calme feutré et recueilli. Dans les villes et villages, quelques petits groupes se formaient spontanément pour commenter cette brusque nouvelle. Et peu de voix s'élevaient pour dire du mal de l'ex-président décédé.

A Santiago de Cuba (est), berceau de la Révolution où seront enterrées les cendres du Comandante le 4 décembre, les habitants n'en croyaient toujours pas leurs oreilles.

"Même si nous savions qu'il était malade, ce n'est pas facile d'accepter sa mort", a confié à l'AFP Ines Maria Fariana, institutrice à la retraite de 95 ans.

"Santiago est triste et silencieuse, parce que la relation (de Fidel) avec cette ville était très particulière", a-t-elle poursuivi, se disant "honorée" que le père de la Révolution cubaine repose dans sa ville.

"Fidel est irremplaçable", assurait un autre "Santiaguero" David Molto, étudiant de 22 ans. "Il laisse un legs de paix, de solidarité et de simplicité".

Marco Antonio Diaz, un laveur de voitures de 20 ans, faisait la fête vendredi soir à La Havane quand, soudain, la musique s'est arrêtée. "Fidel est mort", a-t-il entendu dire tandis que la soirée se vidait. "Je suis revenu à la maison et j'ai réveillé tout le monde : Fidel est mort. Ma mère est restée bouche bée", raconte-t-il à l'AFP.

"Je suis né avec cette révolution et je suis vraiment triste, car il a été quelqu'un d'unique, avec ses défauts, avec ses vertus", a déclaré Micaela Consuegra, une balayeuse de 55 ans.

"C'est un homme qui ne sera pas oublié, tant par ses amis que par ses ennemis", a-t-elle ajouté.

Blanca Cabrera, une femme au foyer de 56 ans, a été, elle aussi, désarçonnée par l'annonce. A peine remise, elle est sortie fumer une cigarette dans son jardin.

"On a du mal à croire que Fidel est parti, mais on a eu la chance qu'il nous accompagne durant de nombreuses années. Cela nous console un peu", confie-t-elle.

Comme de nombreux Cubains, elle pense que Fidel a "préparé le peuple pour ce moment".

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • g.joly1 il y a une semaine

    Post supprimé : Et pendant ce temps les na.r.co s trafiquants, les f.a.sch.os et les m.af.ieu.x font la fête à Miami.

  • cavalair il y a une semaine

    Sans liberte de blamer il n'y a pas d'hommages flatteurs. ''Beaumarchais''

  • cavalair il y a une semaine

    mais le cubains de Miami font la fete, le dictateur est parti, l'autre va suivre bientot