La mère d'un jeune Français parti en Syrie attaque l'Etat

le , mis à jour à 16:55
0

PARIS (Reuters) - La mère d'un jeune Français parti à 16 ans faire le djihad en Syrie a attaqué mardi l'Etat pour faute lourde devant le tribunal administratif de Paris, lui reprochant de ne pas avoir empêché son fils de quitter le pays.

Le 27 décembre 2013, après avoir fêté Noël en famille, Bryan, qui s'apprête à fêter ses 17 ans, quitte la France pour la Turquie, d'où il rejoindra plus tard la Syrie.

Le Niçois, converti depuis peu à l'islam, n'a pourtant montré aucun signe de radicalisation.

Pour sa mère, la police aux frontières a commis une faute et manqué de discernement en l'autorisant à embarquer pour la Turquie alors qu'il s'est présenté sans bagage et muni de sa seule carte d'identité, en partance pour une destination connue pour être la "porte d'entrée vers la Syrie."

"Bryan, lorsqu'il est arrivé au comptoir de contrôle, sa tête ne dépassait pas ou à peine", a dit à l'audience son avocate, Me Samia Maktouf. "C'était une obligation pour la police de s'interroger."

L'avocate a également estimé que l'Etat avait failli en abrogeant, par une circulaire du 20 novembre 2012, l'autorisation de sortie du territoire pour les mineurs.

La question est pendante devant le Conseil d'Etat puisqu'une famille dont un enfant a rejoint la Syrie a déposé un recours contre cette circulaire, a indiqué le représentant du ministère de l'Intérieur, Charles-Edouard Minet.

DÉCISION DANS 15 JOURS

La mère de Bryan demande à l'Etat 110.000 euros au titre du préjudice subi. Si elle les touche, elle les versera à une association de lutte contre le terrorisme, d'après son avocate.

Le rapporteur public du tribunal administratif a conclu mardi au rejet de sa requête. "La police aux frontières n'avait aucune raison d'empêcher (Bryan) d'embarquer" en l'absence d'opposition formelle de ses parents, a-t-il dit.

Le représentant du ministère de l'Intérieur a rappelé que le jeune homme, aujourd'hui âgé de 18 ans, ne figurait pas sur le fichier des personnes recherchées.

Le tribunal administratif de Paris rendra sa décision dans quinze jours.

Depuis la Syrie, Bryan "appelle de temps en temps sa maman", indique son avocate. "Mais il n'est pas autorisé à parler de ce qu'il fait au quotidien.

"Aujourd'hui, ce que ma cliente veut, c'est alerter les autorités publiques. Sa récompense serait que d'autres mamans ne souffrent pas comme elle souffre aujourd'hui."

Quelque 1.750 Français ou résidents en France sont impliqués dans des filières de départ vers la Syrie ou l'Irak, contre 555 en janvier 2014. Cent treize Français sont morts dans la région.

(Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant