La mémoire noire de l'Estadio Nacional

le
0
La mémoire noire de l'Estadio Nacional
La mémoire noire de l'Estadio Nacional

Quand le Chili y joue ses matchs, l'ambiance est festive. Pourtant, malgré cette joie contagieuse, personne ne pense qu'ici même, il y a à peine plus de 40 ans, on torturait. L'Estadio Nacional n'est pas qu'un stade de football, il fut aussi le plus grand camp de concentration de la dictature de Pinochet. Un souvenir qu'essaye de raviver un groupe d'anciens prisonniers politiques. Car un peuple sans mémoire est un peuple sans futur.

"Quand j'ai vu cette partie du stade illuminée, pour le premier match de la Copa América, ça a été une joie énorme, quelque chose d'impressionnant. " La femme qui parle s'appelle Wally Kunstmann. Elle est essoufflée et a la larme à l'œil. Car après des années de combat, cette ancienne opposante politique, exilée au Venezuela pendant la dictature, a enfin obtenu ce qu'elle était venue chercher avec son association : "Estadio Nacional, memoria nacional" : un mémorial. Quelques gradins en bois, juste derrière un but et au milieu des sièges rouges flambant neufs et une pancarte indiquant : "Un peuple sans mémoire est un peuple sans futur. " A priori, l'héritage est modeste, mais il indique qu'ici même, à l'endroit où le Chili célèbre désormais ses victoires, le football est presque secondaire.

Camp de concentration de la dictature


Retour en arrière. Le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet marche avec l'armée sur le palais de la Moneda et renverse le président socialiste Salvador Allende. Dans la foulée, l'homme aux lunettes aux verres fumés envoie les militaires rafler dans les usines, les universités et les associations de gauche. Il s'agit de couper le "cordon industriel", à savoir à peu près tous les militants socialistes. La dictature naissante choisit de rassembler tout le monde au Stade Nacional, un endroit suffisamment vaste pour accueillir 20 000 prisonniers à la fois en ce mois de septembre 1973. Manuel Sánchez, fine moustache et pull jacquard usé, porte bien ses 67 piges. Il fut lui-même détenu pendant près de 50 jours dans l'enceinte de Nunoa. Il se souvient de ces jours glaciaux de septembre, devant la porte 8 du stade, celle où a été installé un autre lieu de mémoire : "La porte 8 était notre préférée, car c'était l'endroit où l'on voyait le mieux l'extérieur. Après des jours de recherche sans trouver leurs proches, nos familles venaient ici pour tenter de nous apercevoir. On essayait de mettre des vêtements reconnaissables et de leur faire un signe pour les rassurer", avance-t-il.

Ici, les murs décrépis transpirent l'histoire. Sur chaque façade, des portraits des hommes et des femmes passés par le plus grand camp de concentration de la dictature. Certains sont encore en vie, certains font partie des "desaparecidos", ceux dont le corps n'a jamais été retrouvé. Pour Wally Kunstmann,…




Lire la suite de l'article sur SoFoot.com

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant