La "marche de l'alternance" de Sarkozy sérieusement entravée

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* Un "timing" judiciaire des plus néfastes * Un renvoi en correctionnelle avant 2017 possible * Les proches de Sarkozy crient au complot * Mutisme des rivaux du président de l'UMP par Sophie Louet PARIS, 7 mai (Reuters) - Nicolas Sarkozy, dont la soif de revanche politique se heurte à la justice, a subi jeudi un nouveau coup avec la reprise de l'enquête le visant pour trafic d'influence présumé, une décision compromettante pour sa marche vers la présidentielle. Le président de l'UMP, qui réunissait jeudi matin la commission d'investiture du parti, n'a pas réagi publiquement à l'arrêt de la cour d'appel de Paris ( ID:nL5N0XY27O ) mais son entourage a fait savoir qu'il restait "serein et déterminé". Lors de sa mise en examen en juillet 2014 pour corruption active et trafic d'influence, notamment, l'ancien chef de l'Etat avait dénoncé sur TF1 et Europe 1 une instrumentalisation politique "grave" de la justice, des chefs d'accusation "grotesques" et une "volonté de l 'humilier". "Je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilenies et les manipulations politiques", avait-il ajouté. Ses proches ont répliqué dans le même registre jeudi, certains estimant même que "l'acharnement" judiciaire à son encontre confortait son aura auprès des militants sarkozystes les plus fervents et son image de "victime". Le coup toutefois est rude car plusieurs proches du président de l'UMP avouaient en début de semaine leur confiance en une invalidation des écoutes téléphoniques à l'origine de sa mise en examen, une procédure "inqualifiable" à leurs yeux. "UNE MEUTE À SES TROUSSES" Des élus, comme Nadine Morano, Claude Goasguen ou Patrick Ollier, ont de nouveau évoqué ouvertement la thèse d'un "complot" politique à l'encontre de leur champion. "Nicolas Sarkozy a depuis longtemps une meute à ses trousses qui s'acharne à le faire trébucher, rappelons qu'il n'a jamais été condamné...", a ainsi twitté Nadine Morano. "Je souhaite que la Cour de cassation remette en cause ces écoutes", a déclaré pour sa part Daniel Fasquelle, trésorier de l'UMP, qui a jugé "étonnante" la décision de la cour d'appel. Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog ont formé un pourvoi en cassation, mais ce recours n'est pas suspensif et l'enquête, suspendue en septembre dernier, peut donc reprendre. Le calendrier judiciaire qui en découle est donc des plus fâcheux pour le chef de l'opposition qui entendait faire du Congrès du 30 mai sa rampe de lancement pour la primaire de 2016. Il doit donner un meeting lundi soir en Seine-Saint-Denis. La retenue était de mise jeudi dans les entourages respectifs d'Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire. Le maire de Bordeaux, le plus sérieux rival de Nicolas Sarkozy pour la primaire, affichait un large sourire en arrivant jeudi matin au siège de l'UMP et s'est refusé à tout commentaire. La décision de la Cour de cassation est attendue fin mai-début juin, mais on se refuse pour l'heure, de source judiciaire, à préciser une échéance pour la clôture du dossier. Le risque d'un renvoi en correctionnelle avant la présidentielle de 2017 est toutefois réel. "PSCHITT" Depuis son élection à la tête de l'UMP le 29 novembre dernier, le prédécesseur de François Hollande déroulait sa stratégie de reconquête avec un esprit collectif nouveau. L'illustration la plus symbolique en est son intention de rebaptiser l'UMP du nom des "Républicains", une dénomination censée affirmer la ligne politique rassembleuse du candidat potentiel à la primaire mais aussi, ironiquement, gommer un acronyme associé à l'affaire Bygmalion, qui concerne le financement de meetings de sa campagne de 2012. "Le moment est aujourd'hui de passer de la promesse aux actes, conformément au mandat que vous m'avez donné", écrit-il dans une lettre destinée aux militants et dévoilée par Valeurs actuelles. Une missive qui se conclut en des termes volontaristes à l'écho prémonitoire : "L'alternance est en marche. Rien ne l'arrêtera". De fait, le porte-parole de l'UMP, Sébastien Huyghe, s'est montré confiant en l'issue de la nouvelle procédure judiciaire. "Cette affaire fera 'pschitt' comme toutes les autres affaires ont fait 'pschitt'", a-t-il commenté sur BFM TV alors que le 7 mai 2015 marque le 20e anniversaire de l'accession à l'Elysée de Jacques Chirac, le premier ancien président condamné en correctionnelle (2011) qui avait inventé l'expression en 2001 pour qualifier un dossier judiciaire dans lequel il était cité. "Toux ceux qui ont voulu mettre des bâtons dans les roues de Nicolas Sarkozy en sont pour leurs frais", a-t-il assuré. (avec Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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