La majorité déstabilisée par la déroute européenne

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LE PARTI SOCIALISTE FRAGILISÉ APRÈS LES EUROPÉENNES
LE PARTI SOCIALISTE FRAGILISÉ APRÈS LES EUROPÉENNES

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste, sous le choc d'une deuxième déroute électorale en moins de deux mois, paraît plus que jamais en proie à des forces centrifuges, qui menacent de déstabiliser la maigre majorité parlementaire dont dispose Manuel Valls.

Au lendemain d'européennes gagnées par le Front national, l'aile gauche du PS et ses alliés sont bien décidés à mener au Parlement la bataille d'une inflexion de la politique défendue, lundi encore, par le Premier ministre français.

En face, à côté de cohortes d'élus tétanisés par le score le plus mauvais de l'histoire de leur parti, les rangs de ceux qui appuient publiquement cette politique de réduction des déficits et de soutien aux entreprises semblent clairsemés.

Une vingtaine de députés PS réunis dans un "pôle des réformateurs" ont publié dimanche soir sur internet une tribune soutenant ces priorités. Ils estiment que les remettre en cause serait "à coup sûr une faute funeste".

L'ex-député européen Henri Weber, directeur des études au PS, ne voit pas non plus de réelle inflexion possible, en dehors d'une redistribution des recettes plus élevées que prévu de la lutte contre la fraude fiscale aux ménages les plus modestes.

Mais les élus socialistes initiateurs d'un "Appel des Cent" qui réclamaient au contraire après les municipales de mars un véritable changement de politique et un rôle accru du Parlement dans sa définition, ont récidivé lundi.

"La gauche au pouvoir (...) doit accepter de profondes remises en cause", écrivent-ils dans un communiqué. "Il est temps de retrouver l'esprit et les engagements de 2012 et c'est pourquoi nous proposons une nouvelle politique."

Ils annoncent une plate-forme en ce sens et demandent à François Hollande d'engager avec sa majorité "tout entière" un "dialogue sincère et utile au redressement du pays".

"JUSQU'AU BOUT"

Ils dénoncent austérité et "aveuglement comptable" et prient le chef de l'Etat, qui dîne mardi avec ses pairs à Bruxelles, de demander à l'Union européenne de "réviser le calendrier et le contenu" de règles budgétaires accusés d'étouffer la croissance - le plafond de 3% du PIB pour les déficits public.

"L'Europe ne peut continuer comme avant le 25 mai", ajoutent les signataires, issus de l'aile gauche du PS ou proches de la maire de Lille Martine Aubry, qui plaident également pour un programme d'investissements massifs en Europe.

En France, ils réclament plus de moyens pour une politique économique "ciblée", plus de pouvoir d'achat par une réforme fiscale et le maintien de la hausse des prestations sociales, ainsi qu'une relance des investissements publics locaux.

Le 29 avril, ils étaient 41 députés à s'abstenir lors du vote du plan d'économies de 50 milliards d'euros présenté par Manuel Valls, qui n'avait alors obtenu qu'une courte majorité.

Prochain test en juin avec l'examen au Parlement d'un collectif budgétaire. A en croire les animateurs de l'"Appel des Cent", la bataille promet d'être encore plus rude.

"Nous avons l'intention de défendre nos propositions de réorientation dans des amendements. Cette fois-ci, l'idée est qu'on les défendra jusqu'au bout", explique à Reuters Laurent Baumel, un des chefs de file de ces députés frondeurs.

Selon Christophe Caresche, membre du pôle des réformateurs, les arguments du noyau très actif de l'Appel des Cent rencontrent un écho certain auprès des députés tenants d'une gauche "traditionnelle" - "Donc ça va être chaud", dit-il.

Le mouvement des 41 abstentionnistes du 29 avril est effectivement susceptible de s'étendre, tant le choc des européennes a amplifié celui des municipales, qui a conduit à la nomination de Manuel Valls, confirme Christian Paul, l'un des initiateurs de cet appel.

SCHISME OU RASSEMBLEMENT ?

Dans ces conditions, le Premier ministre peut-il vraiment compter sur une majorité sans importantes concessions ?

"C'est une vraie question", estime Christophe Caresche. "Si on cède maintenant, tout sera remis en cause et je ne sais pas où sera la France dans trois ans (...) C'est une partie de bras de fer qui conditionne toute la suite."

"Je n'exclus pas que cela puisse aboutir à une forme de schisme au sein de la gauche, du PS et du groupe socialiste (à l'Assemblée)", ajoute-t-il.

Pour Laurent Baumel, s'il y avait aujourd'hui un congrès du PS, il serait difficile pour les tenants de la ligne de François Hollande de l'emporter. Mais lui ne voit pas de risque de "schisme" - "Je ne suis pas dans une logique de scission, je n'ai pas du tout envie de quitter le parti", explique-t-il.

Christian Paul juge pour sa part un débat sur une nouvelle politique possible "sans provoquer une explosion" - "Nous ne sommes pas une deuxième opposition", dit-il à Reuters.

Face à la désaffection des électeurs et aux risques de déstabilisation d'une majorité déjà amoindrie par le départ des écologistes du gouvernement en avril, les dirigeants socialistes en appellent au rassemblement du PS et de la gauche.

"La France entre dans une zone où tout est possible", avertissait Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, dimanche. "La gauche doit retrouver le chemin de l'unité."

Mais pour Laurent Baumel, il n'y a pas de rassemblement possible sur la ligne Hollande actuelle puisque cette ligne "ne fait plus consensus". Quant à Christophe Caresche, il juge que tendre la main au Parti communiste et au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ne ferait que "précipiter la rupture".

(Edité par Yves Clarisse)

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  • pierry5 le lundi 26 mai 2014 à 18:06

    Tiens, on ne parle plus du chômage !

  • M2734309 le lundi 26 mai 2014 à 18:00

    "La majorité" Quelle majorité ????