La Maison blanche en vue, le républicain Mitt Romney se recentre

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MITT ROMNEY SE RECENTRE
MITT ROMNEY SE RECENTRE

par Samuel P. Jacobs

WASHINGTON (Reuters) - Lors du premier débat de la campagne présidentielle américaine qu'il a remporté contre Barack Obama, Mitt Romney s'est offert le luxe d'apparaître nettement plus modéré sur un certain nombre de thèmes que lorsqu'il cherchait à plaire aux conservateurs lors des primaires républicaines cette année.

Devant plus de 67 millions de téléspectateurs, le candidat républicain a même paru être d'accord avec certaines parties du bilan du président démocrate que le Grand Old Party a pourtant l'habitude de critiquer durement.

A un moment par exemple, Mitt Romney a laissé entendre qu'il ne changerait pas le montant des impôts acquittés par les contribuables à hauts revenus. Cela contraste totalement avec son plan qui prévoit de réduire de 20% le taux d'imposition de tous les Américains. Mais c'est plus compatible avec le projet du président sortant qui prévoit d'alléger la fiscalité des seuls contribuables dont le revenu annuel est inférieur à 250.000 dollars (192.000 euros).

De même, Mitt Romney s'est montré en retrait quand Barack Obama s'est interrogé sur la nécessité d'accorder des avantages fiscaux importants aux grandes compagnies pétrolières très rentables. Le candidat républicain a déclaré qu'il étudierait une réduction des allégements fiscaux des pétroliers.

L'ex-gouverneur du Massachusetts s'est aussi présenté comme un défenseur de Medicare, le régime d'assurance-maladie pour les personnes âgées et handicapées, en disant qu'il rétablirait 716 milliards de dollars de dépenses pour ce régime. Cela nécessitera, estiment les analystes, des coupes importantes dans d'autres programmes fédéraux.

L'ancien patron du fonds de capital-investissement Bain Capital a également dit qu'il appréciait certaines parties de la loi Dodd-Frank de 2010, qui renforce la supervision du secteur financier et qu'il s'est engagé à abroger.

"TERRAIN D'ENTENTE"

Cela dit, aucun républicain ne semblait se plaindre jeudi après la performance offensive de leur candidat jeudi au débat à Denver. Il est vrai que l'avance de Barack Obama dans les sondages s'est réduite après le face-à-face.

Selon les analystes politiques, le président sortant est apparu clairement déstabilisé par les nouvelles positions de son adversaire pendant le débat.

Selon Larry Berman, professeur de Sciences politiques à l'université de Géorgie, la base conservatrice de l'électorat de Mitt Romney, une fois l'euphorie du débat passée, va "se réveiller et demander si Romney a vraiment dit ce qu'il a dit sur Medicare, les impôts et Dodd-Frank".

"Romney a pris des positions qui sont en net contraste avec celles que sa base pense qu'il a", souligne-t-il.

Le recentrage de Romney était particulièrement notable quand il a abordé la loi Dodd-Frank. Il a estimé qu'elle offrait une trop grande protection aux grosses banques, un argument à connotation populiste qui en a surpris plus d'un.

"Nous n'allons pas nous débarrasser de toute réglementation", a déclaré Romney. "Il faut avoir une réglementation et il y a certaines parties de la loi Dodd-Frank qui sont très censées."

Tandis que Romney baissait le ton, le vice-président qu'il s'est choisi, le représentant du Wisconsin Paul Ryan, continue à critiquer la loi Dodd-Frank.

Le candidat républicain a semblé mettre un point d'honneur à se montrer conciliant durant le face-à-face avec Obama, disant que s'il était élu, il rencontrerait les dirigeants démocrates pour tenter de trouver un "terrain d'entente".

Selon Charlie Gerow, ancien conseiller du président Ronald Reagan, "les conservateurs vont lui donner pas mal de latitude" pour aller vers le centre durant la fin de la campagne. "Parce qu'ils veulent gagner."

Danielle Rouquié pour le service français

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