La lutte pour le climat fait sens économiquement

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LA LUTTE POUR LE CLIMAT, SOURCE DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE
LA LUTTE POUR LE CLIMAT, SOURCE DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE

par Alister Doyle et William Schomberg

OSLO/LONDRES (Reuters) - Les investissements consacrés à la lutte contre le changement climatique peuvent être une source de croissance économique et non un frein au développement, mais le temps presse pour mettre en oeuvre des politiques efficaces, est-il écrit dans un rapport international rendu public mardi.

Cette étude réalisée par d'anciens responsables politiques, des hommes d'affaires, des économistes et d'autres experts prévient que les 15 prochaines années seront décisives pour réussir le basculement d'un modèle basé sur les combustibles fossiles à un modèle fondé sur les énergies vertes, qui permettrait de lutter contre le réchauffement de la planète et de réduire les coûts en termes de santé publique engendrés par la pollution.

"Il est possible de lutter contre le changement climatique et il est possible d'avoir de la croissance économique en même temps", a déclaré au cours d'une conférence de presse l'ancien président mexicain Felipe Calderon, président de la Commission internationale sur l'Economie et le Climat à l'origine de ce rapport.

Les auteurs de ce document prétendent fournir des pistes de réflexion aux participants au sommet sur le climat organisé le 23 septembre à New York par le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon.

En se fondant notamment sur les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), qui insiste sur l'origine très probablement humaine des changements climatiques, près de 200 pays négocient non sans peine un accord contraignant susceptible d'être adopté en 2015 lors d'une conférence à Paris dans le but de limiter les conséquences potentiellement dévastatrices du réchauffement.

Les auteurs du rapport rendu public mardi soulignent que la moitié des 7,2 milliards d'habitants de la planète vivent dans des villes, lesquelles génèrent 80% de la croissance économique mondiale et environ 70% des émissions de gaz à effet de serre. Or en de nombreux endroits du monde, le développement urbain s'effectue de manière complètement désordonnée.

Les auteurs du rapport estiment que 90.000 milliards de dollars (70.000 milliards d'euros) sont nécessaires au cours des 15 prochaines années, soit 6.000 milliards de dollars par an, pour maintenir à l'échelle de la planète un modèle urbain fortement consommateur en carbone, avec les réseaux de transports et de distribution d'eau et d'électricité qui l'accompagnent.

PRISE DE CONSCIENCE

Un basculement vers un modèle moins gourmand en carbone, notamment par le biais du développement des énergies solaires ou éoliennes et de villes à l'efficacité énergétique renforcée, coûterait 270 milliards de dollars supplémentaires par an (208 milliards d'euros). Mais cette hausse de 4,5% de la facture pourrait cependant être compensée par des économies, notamment sur la consommation de carburant.

"Investir dans une économie à faible teneur en carbone est une forme rentable d'assurance contre le risque climatique", est-il écrit dans le rapport.

Soulignant les inconvénients du modèle existant, ce rapport estime que la pollution atmosphérique engendre des coûts représentant 4,4% du PIB mondial, avec un pic de plus de 10% pour la Chine.

Directeur du rapport, Jeremy Oppenheim affirme que la Chine et d'autres pays émergents ont pris conscience des risques. "Les choses sont très différentes de ce qu'elles étaient il y a encore cinq ans", a-t-il dit à Reuters.

Dans les pays développés, l'inefficacité énergétique pèse fortement dans les grandes villes comme New York, Londres ou Paris. "Vingt pour cent du carburant consommé dans les villes sert à chercher un endroit où se garer", ajoute Jeremy Oppenheim.

Le rapport exhorte les gouvernements à supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles, qui s'élèvent à plus de 600 milliards de dollars par an (463 miliards d'euros), soit bien plus que les 100 milliards de dollars alloués aux énergies renouvelables.

Il invite aussi à une meilleure utilisation des terres agricoles: "Réhabiliter simplement 12% des terres agricoles dégradées à travers le monde permettrait de nourrir 200 millions de personnes d'ici 2030 tout en renforçant la résistance climatique et en réduisant les émissions (polluantes)."

Ancien économiste en chef à la Banque mondiale et membre de cette commission, Nicholas Stern a appelé les gouvernements à abandonner la "course artificielle" entre croissance économique et lutte contre le changement climatique.

"Le défi est de combiner les deux", a-t-il dit. "C'est la seule voie raisonnable."

(Bertrand Boucey pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • v.sasoon le mardi 16 sept 2014 à 10:30

    La preuve que l'on se moque de nous.La banquise au pole sud est a son maximum historique de taille! http://www.zerohedge.com/news/2014-09-15/global-un-warming-antarctic-sea-ice-reaches-record-high-levels

  • dotcom1 le mardi 16 sept 2014 à 10:11

    Oui, ce refroidissement climatique observé depuis quelques étés doit être combattu avec force. Marre d'avoir froid en plein mois d'août!!

  • faites_c le mardi 16 sept 2014 à 10:11

    "Le rapport exhorte les gouvernements à supprimer progressivement les subventions aux énergies fossiles" C'est déjà fait en France où les énergies fossiles sont non seulement non subventionnées mais en plus taxées en large et en travers à un minimum de 80%. Les auteurs de ce rapport dé bile peuvent-ils nous préciser les pays qui subventionnent les énergies fossiles car en Europe cela n'existe pas?