La lutte contre la déforestation fait aussi des morts aux Philippines

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Au moins cinquante-quatre personnes auraient trouvé la mort aux Philippines depuis début 2011 pour s'être opposées à la déforestation.
Au moins cinquante-quatre personnes auraient trouvé la mort aux Philippines depuis début 2011 pour s'être opposées à la déforestation.

Pas moins de cinquante-quatre militants auraient été tués depuis le début de l'année dernière.



En Chine et en Russie, pour citer deux des principaux pays où la presse est (très) loin d'être complètement libre, nombre de nos confrères ont été sérieusement ennuyés ou pire pour s'être penchés d'un peu trop près sur des scandales environnementaux. Au Brésil et aux Philippines, c'est la lutte contre la déforestation (qui, pour rappel, entraîne outre l'érosion de la biodiversité une importante libération de gaz à effet de serre dans l'atmosphère hautement préjudiciable à la lutte contre le réchauffement climatique) qui fait des victimes. De très nombreuses victimes même.


L'association de protection de l'environnement Kalikasan (« Nature ») a en effet comptabilisé cinquante-quatre « martyrs » du déboisement depuis début 2011. Un chiffre tragique, mais qui ne tient pas compte du tribut payé par les garde-forestiers à la traque des bûcherons illégaux. La plupart des victimes sont « des opposants à l'extraction minière tombés sous les balles de tueurs à la solde des compagnies et des élus qui leur graissent la patte avec la complicité de policiers locaux », rapportent nos confrères de l'AFP, reprenant la lourde charge de Clemente Bautista, coordinateur national de l'ONG.



« Le gouvernement ne fait rien pour traduire les coupables en justice »


Depuis l'entrée en fonction du président Benigno Aquino, lequel a fait de l'éradication de la corruption l'un de ses chevaux de bataille, un seul suspect, agent de sécurité dans une mine reconnu coupable de l'assassinat d'un fonctionnaire, a été arrêté en l'espace de deux ans. Très insuffisant aux yeux de M. Bautista, qui appelle à « résister aux intimidations » et selon lequel il existe actuellement un fossé entre le discours étatique et les actes : « Le gouvernement ne fait rien pour traduire les coupables en justice. »


Une passivité d'autant plus préoccupante que la biodiversité philippine est particulièrement riche, avec plus de cinquante-trois mille espèces disséminées sur une superficie équivalant à celle de l'Italie, soit environ trois cent mille kilomètres carrés. De même, le bois et l'urbanisation (incontournable dans la mesure où les Philippines comptent quatre-vingt-quinze millions d'âmes) ont déjà eu raison de 90 % des forêts primitives du pays. Le PIB par habitant étant très faible, des milliers d'entre eux participent en outre à cette entreprise de démolition pour tenter de subsister.


À l'image d'Alex Lesber, cité par l'Agence, certains gardes-forestiers réclament davantage de moyens pour mieux assurer leur sécurité et par extension celle des surfaces boisées : « Je sais qu'ils n'hésiteraient pas à me tuer si j'appliquais la loi à la lettre. J'aimerais que le gouvernement nous fournisse des fusils. Ça augmenterait nos chances. »


Secrétaire d'état à l'Environnement, Ramon Paje préconise quant à lui des opérations de protection conduites par l'armée. Une extrémité à laquelle il est tentant d'avoir recours.


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