La localité stratégique malienne de Konna reprise

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LES FORCES FRANÇAISES ET MALIENNES REPRENNENT LE CONTRÔLE DE KONNA
LES FORCES FRANÇAISES ET MALIENNES REPRENNENT LE CONTRÔLE DE KONNA

par Bate Felix et Tiemoko Diallo

BAMAKO/MARKALA, Mali (Reuters) - Les forces françaises et maliennes ont repris le contrôle de la ville de Konna, verrou stratégique dans le centre du Mali, et cherchent à reprendre Diabali, alors que les premiers renforts de la force ouest-africaine continuent d'arriver à Bamako.

La prise de Konna le 10 janvier par les islamistes avait été l'élément déclencheur de l'intervention de la France le lendemain avec l'objectif affiché d'éviter l'effondrement du pays et d'aider le gouvernement malien à reconquérir le Nord, occupé par des djihadistes liés à Al Qaïda.

Par ailleurs, le maire de Diabali, également dans le centre du pays, a déclaré que les gouvernementaux avaient repris le contrôle de la localité, mais l'information reste à confirmer. Diabali, à 360 km au nord-est de Bamako, a été conquise le 14 janvier par les islamistes.

De source militaire malienne, on rapporte que que les islamistes ont fui la ville habillés en civil, tôt vendredi matin. "Ils ont abandonné leurs armes et leurs munitions", dit-on en précisant toutefois que les militaires maliens ne sont pas encore entrés dans Diabali.

Le maire de la ville, Oumar Diakité, joint par téléphone, a pour sa part indiqué que des soldats présents en ville effectuaient "des opérations de ratissage" après une frappe aérienne des forces françaises.

Un officier de l'armée malienne à Markala, non loin de là, a lui aussi dit que les troupes au sol étaient à Diabali mais n'a pas confirmé que la ville avait été reprise.

Selon le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées françaises, "aucune action n'a été conduite dans ce secteur". Il a précisé que les islamistes s'étaient "imbriqués avec la population pour limiter les frappes aériennes".

PROGRESSION RALENTIE

Depuis le 11 janvier, l'armée française dit avoir effectué 110 sorties aériennes, dont 70 ont fait l'objet de frappes.

Selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, les combats se sont poursuivis dans la nuit de jeudi à vendredi "dans différents sites" et les moyens français engagés sont "en train de monter en puissance".

Le ministre, qui s'exprimait en marge d'un déplacement à Lorient, a dit que 1.800 militaires français étaient déjà sur le terrain. La France veut au total en déployer 2.500.

La progression des troupes françaises et maliennes est en partie ralentie parce que les insurgés ont trouvé refuge chez des civils, expliquent des habitants.

En outre, les islamistes d'Ansar Dine, du Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'ouest) et d'Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) sont bien armés et offrent une forte résistance grâce, notamment, aux armes saisies en Libye après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

"Ils sont mieux entraînés que ce que les Français avaient initialement prévu, et ils se battent avec plus d'acharnement que ce qui était anticipé", a déclaré un diplomate occidental aux Nations unies".

"Nos ennemis sont bien armés, bien équipés, bien entraînés et déterminés", explique un diplomate français. "La première surprise, c'était que certains ne cèdent pas de terrain."

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que les réfugiés en provenance du nord du Mali avaient livré des récits terribles d'amputations et d'exécutions. Les réfugiés font aussi état du recrutement d'enfants-soldats par les islamistes.

Le HCR estime à 400.000 le nombre de Maliens qui devraient fuir la zone des combats dans les mois à venir.

L'ONG Médecins sans frontières a annoncé ne pouvoir accéder à Konna malgré des tractations qu'elle mène depuis plusieurs jours avec toutes les forces en présence.

"MERCI LA FRANCE"

La France s'est engagée à rester au Mali le temps nécessaire mais espère pouvoir assez vite passer le relais à une force rassemblée par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), la Misma.

Les premiers soldats togolais et nigérians sont arrivés jeudi à Bamako. Les forces tchadiennes et nigériennes, en cours de regroupement au Niger voisin, y sont attendues.

Un sommet de la Cédéao consacré au Mali se tiendra samedi à Abidjan. Le ministre français des Affaires étrangères doit y participer pour demander l'accélération du déploiement de la Misma dans l'ancienne colonie française.[

Compte tenu des engagements tchadien (2.000 hommes) et nigérian (1.200), la Misma, qui devait à l'origine être forte de 3.300 hommes, pourrait finalement compter 5.000 militaires.

Selon le responsable malien des opérations, le colonel Didier Daco, les islamistes sont en train d'abandonner les pick-up qui les rendent vulnérables aux frappes aériennes pour combattre à pied sur le terrain.

Pour les experts militaires, la France et ses alliés africains doivent maintenant profiter d'une semaine de bombardement en prenant l'initiative sur le terrain pour empêcher les rebelles de se retirer dans le désert, où ils seraient hors de portée et auraient le temps de se réorganiser.

Des journalistes de Reuters présents au nord de Bamako ont pu voir des habitants accueillant avec soulagement l'armée française et, par endroits, les drapeaux français et malien suspendus côte à côte.

"Merci la France, merci François Hollande", titrait vendredi un journal malien.

"Ils vont le faire. Et le faire bien", estime Omar Kamasoko, un habitant de Bamako. "Ils sont arrivés un peu tard, c'es vrai, mais ils sont arrivés. Nous leur en sommes reconnaissants et nous sommes derrière eux."

Avec Sophie Louet, Gérard Bon, Elisabeth Pineau, Mario Douet et Nicholas Vinocur; Julien Dury et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Loup Fiévet

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