La Ligue arabe suspend sa mission en Syrie, se tourne vers l'Onu

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LA LIGUE ARABE SUSPEND SA MISSION D?OBSERVATION EN SYRIE
LA LIGUE ARABE SUSPEND SA MISSION D?OBSERVATION EN SYRIE

par Erika Solomon et Alistair Lyon

BEYROUTH (Reuters) - La Ligue arabe a annoncé samedi la suspension "avec effet immédiat" de sa mission d'observation en Syrie en raison de l'escalade des violences dans le pays et notamment dans trois faubourgs de Damas où s'opposaient rebelles et soldats.

Cette décision annoncée moins d'une semaine après la prolongation pour un mois du mandat des observateurs, arrivés le 26 décembre, intervient alors que la Ligue arabe s'emploie parallèlement à convaincre le Conseil de sécurité des Nations unies de prendre position contre le régime de Bachar al Assad.

La Ligue avait présenté un plan demandant au président syrien de quitter ses fonctions et de les transmettre à son vice-président pour rompre une spirale de la violence qui a fait plus de 5.000 morts depuis mars 2011, selon l'Onu.

"Etant donnée la grave détérioration de la situation en Syrie et du recours continu à la violence, il a été décidé de cesser immédiatement le travail de la mission de la Ligue arabe en Syrie en attendant une présentation devant le comité de la Ligue", écrit le secrétaire général de l'organisation, Nabil Elarabi, dans un communiqué.

Les ministres des Affaires étrangères de l'institution panarabe doivent se retrouver dans la première quinzaine de février pour envisager un éventuel retrait des observateurs.

La réunion devrait avoir lieu entre le 5 et le 12 février mais la "date exacte n'a pas encore été arrêtée".

Elarabi et le président du comité sur la Syrie, le Premier ministre qatari Hamad ben Djassim al Sania, iront informer le Conseil de sécurité des Nations unies mardi et des négociations ont eu lieu avec la Russie, vendredi.

"Il y a eu hier un entretien téléphonique entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire général concernant les derniers développements de la situation syrienne", a dit Ahmed Bin Hali, secrétaire général adjoint.

"Le but de tous ces entretiens internationaux de la Ligue arabe est de s'assurer d'un soutien suffisant au plan arabe concernant la Syrie pour qu'il soit présenté au Conseil de sécurité au milieu de la semaine", a-t-il ajouté.

OPPOSITION DE LA RUSSIE

L'ambassadeur russe à l'Onu, Vitali Tchourkine, a déclaré que le projet de résolution soutenu par les Européens et par les Arabes présenté vendredi au Conseil comporte des aspects inacceptables mais que la Russie -qui continue de vendre des armes à la Syrie- était prête à "négocier".

Les 15 membres du Conseil ont commencé vendredi soir à examiner ce projet inspiré par le plan de sortie de crise élaboré par la Ligue arabe, qui prévoit une "transition politique" en Syrie, autrement dit la mise à l'écart de Bachar al Assad, dont la famille dirige le pays depuis 1970.

La France et la Grande-Bretagne, qui ont participé à l'élaboration de ce texte, ont formulé l'espoir de procéder à un vote dans le courant de la semaine.

Ces efforts diplomatiques butent pour l'instant sur l'opposition de la Russie, qui a joint sa voix à celle de la Chine en octobre pour opposer son veto à un précédent projet de résolution condamnant la répression en Syrie.

Tchourkine a souligné que son pays prônait un processus politique conduit par les Syriens eux-mêmes et non "une issue imposée par la Ligue arabe à un processus politique qui n'a même pas encore commencé" ni un "changement de régime" similaire à celui favorisé en Libye.

Le projet de résolution, consulté par Reuters, appelle à une "transition politique" en Syrie. Il ne propose pas en revanche de sanctions contre Damas mais prévient que le Conseil de sécurité pourrait "prendre des mesures supplémentaires" si le régime syrien ne respecte pas ses décisions.

La Turquie a apporté son soutien aux efforts de la Ligue arabe.

"Nous nous rangeons aux côtés du peuple syrien et de ses revendications légitimes", a déclaré le président turc Abdullah Gül, cité par un journal des Emirats arabes unis, El Bayan.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, recevait samedi à Istanbul ses homologues des monarchies arabes du Golfe opposés à la prolongation de la mission de la Ligue arabe en Syrie et ont en conséquence retiré leurs observateurs.

LA SYRIE SE DIT SURPRISE

De leur côté, les autorités syriennes ont fait part de leur regret et de leur surprise face à la décision de la Ligue, rapporte la télévision d'Etat.

"La Syrie regrette et est surprise de la décision arabe de cesser le travail de sa mission d'observation après avoir demandé une prolongation d'un mois de ses travaux", déclare la télévision nationale dans un bulletin d'information urgent.

Les autorités syriennes jugent que cette suspension est un artifice de la Ligue pour influencer le Conseil de sécurité de l'Onu et attirer l'attention étrangère. Elles réaffirment leurs détermination à soutenir la mission et à protéger les observateurs, poursuit la télé.

Les observateurs vont rester sur place en Syrie mais en suspendant toute activité.

"Le secrétaire général a également demandé au chef de la mission de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir la sécurité et l'intégrité des membres de la délégation", a indiqué la Ligue arabe.

Les violences qu'évoque la Ligue pour justifier cette suspension ont trouvé une nouvelle illustration avec la découverte dans la ville de Hama des cadavres de 17 hommes arrêtés par les forces de sécurité et manifestement victimes d'exécutions sommaires, selon l'opposition.

Les combats faisaient également rage dans trois faubourgs de Damas (Sakba, Kafr Batna et Djisrine) tenus par les rebelles mais l'armée cherche à les empêcher de renforcer leurs positions dans ces zones situées à un quart d'heure de la capitale.

Les rebelles ont été confortés par la rumeur d'une série de désertions au sein de l'armée et des activistes ont annoncé que certains déserteurs leur ont livré trois chars.

Un porte-parole de l'Armée libre syrienne (ALS) a dit ne pas connaître le nombre exact des défections mais a estimé qu'elles concernaient une centaine de soldats dans la région.

Sur une vidéo diffusée sur internet par des opposants, censée avoir été filmée dans un faubourg de Damas aux mains des insurgés, on peut voir de la fumée s'élever derrière une mosquée et entendre le crépitement d'intenses fusillades tandis que des habitants crient "Allahou Akbar" (Dieu est le plus grand).

Il était impossible de vérifier l'authenticité de cette vidéo.

Avec Shaimaa Fayed au Caire, Khaled Yacoub Oweis à Amman, Joseph Logan à Dubai, Steve Gutterman à Moscou, Louis Charbonneau aux Nations unies et Simon Cameron-Moore à Istanbul; Benjamin Massot, Bertrand Boucey et Pierre Sérisier pour le service français

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