La Ligue 1 contrainte de laisser partir ses meilleurs joueurs

le
0
CINQ FRANÇAIS ONT REJOINT NEWCASTLE EN UN MOIS
CINQ FRANÇAIS ONT REJOINT NEWCASTLE EN UN MOIS

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - Le marché des transferts s'est soldé cet hiver par un nouvel exode de quelques uns des meilleurs joueurs de Ligue 1 que l'arrivée de David Beckham au Paris Saint-Germain, jeudi, ne suffit pas à masquer.

Les clubs n'ont plus les moyens de retenir leurs joueurs les plus cotés. Quand ils ne les poussent pas vers la sortie.

Pas moins de six internationaux ou ex-internationaux français et quelques étrangers, se sont exilés dans d'autres championnats, le plus souvent la Premier League anglaise.

Certains ont préféré des destinations plus exotiques, comme la Chine pour l'ancien Parisien Guillaume Hoarau, désormais sous contrat au Dalian Aerbin, ou la Russie pour Yann M'Vila, passé de Rennes au Rubin Kazan.

Un club a, plus que tout autre, fait ses courses en France : Newcastle. Les Magpies se sont offerts en un mois cinq Français de Ligue 1, dont trois Bleus de Didier Deschamps, Mathieu Debuchy, Mapou Yanga-Mbiwa, et Moussa Sissoko.

Ces cinq-là ont expliqué leur choix par le prestige du club. Qui pointe pourtant à la 15e place au classement et n'a plus été sacré champion depuis 1927, une époque où le championnat de France n'existait pas encore.

Les profondeurs du classement de la Premier League n'ont pas n'ont plus effrayé l'attaquant Loïc Rémy, qui est passé de l'Olympique de Marseille, pour l'instant troisième de Ligue 1, aux Queens Park Rangers, bons derniers en Angleterre.

Cette transhumance hivernale ne vient pas de nulle part. De nombreux intéressés étaient déjà annoncés sur le départ l'été dernier, mais les transactions n'avaient pu être conclues en temps et en heure.

"CONTEXTE DE CRISE"

"Ce qui se passe cet hiver, c'est la confirmation d'un mouvement qui a été amorcé cet été", explique Philippe Diallo, directeur général de l'Union générale des clubs professionnels de football (UCPF).

"Nous sommes dans un contexte de crise qui se traduit dans les recettes de billetterie ou du sponsoring, et les clubs ont l'obligation d'assainir leurs finances", poursuit-il.

Autrement dit, une grande partie des clubs français, y compris les plus grands, ont tenté de se délester de certains de leurs joueurs les mieux rémunérés - souvent les meilleurs -, qui pèsent le plus lourdement sur leurs comptes.

Jean-Michel Aulas et Vincent Labrune, respectivement présidents de Lyon et de Marseille, ont répété à longueur d'interviews qu'ils étaient vendeurs. Afin d'alléger leur masse salariale.

Ces deux clubs, les plus riches de France avant l'avènement du Paris Saint-Germain, ont vu leur chiffre d'affaires s'éroder au fil des années pour s'établir à 135,7 millions pour l'OM en 2011-1012 - contre 150,4 la saison précédente -, et 131,9 pour Lyon - contre 132,8 millions - selon le rapport annuel du cabinet Deloitte dévoilé la semaine dernière.

L'air du temps est plutôt à l'austérité. Une attitude valable pour quasiment tout le football hexagonal qui a affiché, Ligue 2 comprise, des pertes de 107 millions d'euros sur la saison 2011-2012, soit 42 millions de plus qu'en 2010-2011.

NBA DU FOOTBALL

Le défenseur Massadio Haïdara, international Espoirs passé de Nancy à Newcastle ou Loïc Rémy ont ainsi été chaudement invités par leurs dirigeants à accepter les offres qui leur étaient proposées, comme ils l'ont raconté dans la presse.

En Ligue 1, seul le Paris Saint-Germain, adossé à la puissance financière du fonds d'investissement qatari QSI, est à l'abri de ce genre de considérations et peut faire son marché sans trop regarder à la dépense.

"Un joueur comme Guillaume Hoarau aurait pu rendre service à un club français comme Lille, mais pour pouvoir acheter, il faut avoir vendu", explique Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges.

La fuite des talents n'est pas une nouveauté pour la France, deuxième exportateur de joueurs au monde derrière le Brésil, dont le modèle traditionnel repose sur la formation et la revente de jeunes prometteurs avec l'étiquette "made in France".

Mais le nombre de "Frenchies" à l'étranger a eu tendance à augmenter l'année dernière. Ils étaient 269 fin 2012, contre 245 un an plus tôt, selon les données recueillies par l'Observatoire du football professionnel de Neufchâtel, en Suisse.

Un gros contingent prend la direction de l'Angleterre qui présente un double avantage pour les expatriés : un niveau de jeu plus élevé, avec la perspective de jouer contre des écuries du calibre de Manchester United ou Chelsea et un salaire moyen qui était en 2008 trois fois supérieur à celui de la Ligue 1.

Sans compter une fiscalité plus avantageuse.

"La Premier League est devenue la NBA du football, c'est impossible de rivaliser pour les Français", dit Raffaele Poli, directeur de l'Observatoire du football. D'autant que les droits TV en Angleterre ont explosé l'année dernière.

"Ça va obliger les clubs à continuer à miser sur la ligne des jeunes, à faire apparaître encore de nouveaux talents, à les former et à les valoriser. C'est un modèle que d'autres pays européens devraient suivre", selon Raffaele Poli.

Edité par Grégory Blachier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant